Affaire Fillon : la question de la source

Ce n'est pas faire injure aux journalistes que de dire ici qu'il n'y a guère de scoop sans délateur, pardon sans informateur. Dans le Pénélopegate, l'une des pistes possibles remonte vers le parti Républicain, et notamment vers Rachida Dati qui est passée maître dans le chantage politique, la menace et l'insulte. Se rappeler qu'elle fut garde des Sceaux et ministre de la Justice peut interroger. En tout cas, c'est un fait qu'elle a semé des tas de petits cailloux, constituant un chemin d'indices pour qui voulait bien se donner la peine de faire des recherches. Toute à sa rancoeur à l'égard de François Fillon, Mme Dati pouvait bien "pourir la campagne" du vainqueur de la primaire, condamnée qu'elle était désormais à siéger à Strasbourg, alors qu'il y a peu, elle se rêvait à la tête d'un ministère régalien sous Sarkozy II, ou a minima sur un confortable siège au Palais Bourbon ; pour autant, elle ne pouvait disposer de tous les éléments révélés par le Volatile. Le seul endroit où un journaliste bien informé peut trouver des détails financiers sur tous les revenus déclarés d'un contribuable-cible, c'est auprès de l'administration du Trésor. Seulement là et uniquement là, car c'est là et seulement là que toutes les informations fiscales sont collationnées, des salaires perçus du Parlement ou des rémunérations provenant d'un employeur privé. Cela revient à dire qu'un fonctionnaire, pardon qu'un haut fonctionnaire de la République, s'est cru en droit de passer outre les règles du secret et de la déontologie pour servir ses intérêts partisans.. Parce que s'il était animé de justice démocratique, il n'aurait pas manqué de livrer toutes les informations fiscales de tous les candidats à la présidence.

Sans doute la presse est légitime à sauvegarder l'anonymat de ses sources, premier rempart à la liberté de l'information. Pour autant, nous sommes là, très probablement, face à un délit passible de poursuites pénales pour le fonctionnaire en question. Il faudra donc que les parlementaires posent à plat le problème de ces fuites émanant d'officiers en charge d'une mission de service public, astreints au devoir de réserve et à la non-divulgation de documents confidentiels. Ou alors dans un souci de parfaite équité - ce qui devrait être la règle en République - tout doit être mis sur la place publique, des revenus et des petits secrets de tous les prétendants à l'Elysée. Cela aurait peut-être l'avantage de réduire le nombre de ces prétendants et ainsi faciliter l'organisation de débats télévisés.

 

Affaire Fillon : le dérapage médiatique

Hier matin se tenait une réunion de crise au siège LR. François Fillon souhaitait s'adresser aux parlementaires de la droite afin de recueillir leur soutien durant la prochaine quinzaine, partant du principe qu'une décision du pôle financier serait prise entre-temps. M. Fillon continue de penser que l'impact de l'affaire sur le corps électoral de la droite sera largement atténué au premier tour de scrutin, dès lors que la charge d'emploi fictif n'est pas retenue par la Justice. En cela il commet sans doute une erreur d'appréciation car les chiffres publiés ont agi comme un électro-choc sur l'opinion et modifié le regard que nombre d'électeurs de droite portait sur la personnalité de François Fillon. Quoi qu'il en soit, la réunion se tenait à huis clos, en d'autres termes car l'expression date un peu, en dehors de la présence de tout média. Et cela n'a pas manqué, sitôt la réunion terminée, les chaînes d'information disposaient de photos et d'un enregistrement audio de l'intervention. 

Si la fuite a été orchestrée par le camp Fillon, dans le cadre de sa stratégie de défense - ou de contre-attaque en l'occurrence, il n'y a rien à commenter. C'est le petit jeu politique du faux "off-record", comme on dit en bon français. Mais si ce n'est pas le cas, cela constituerait un nouvel élément de la guerre intestine au sein des LR. Cela démontrerait que les primaires sont avant tout une machine à faire perdre puisqu'elles suscitent une exacerbation des passions politiques portées par des ambitions personnelles et des luttes internes sur la base des courants d'idées. J'y reviendrai encore et toujours : l'organisation de primaires, ouvertes qui plus est, est un non-sens absolu dans le fonctionnement de nos institutions politiques. Et excepté le cas exceptionnel de François Hollande en 2012 idéalement servi par le TSS (Tout Sauf Sarko), toutes les primaires ont vu leur vainqueur défait à l'élection présidentielle : Jospin (2002), Royal (2007), Hamon (2017 oops je m'avance là - lol). 

Quand la parole échangée dans le domaine privé ressort sur la place publique, hors de son contexte, parfois coupée au montage, souvent condensée pour privilégier le buzz, le débat démocratique n'est en rien servi. Sous des airs de transparence, on assiste en réalité à des opérations de "maskirovka" comme au meilleur temps de l'Union Soviétique, entre désinformation, masquage et coup tordu. Faudra-t-il s'étonner si demain, en France, la participation au scrutin est à l'égal des Etats-Unis, moins d'un électeur sur deux ?! Peut-on encore parler de gouvernement du peuple par le peuple ?

Quant aux médias qui mobilisent leurs ressources et les temps d'antenne à ce seul sujet de l'affaire Fillon depuis une semaine déjà, ils contribuent à alimenter cette désaffection grandissante en nourrissant à l'envi le "tous pourris" des populistes. Et ce sont les mêmes qui viendront jouer les pleureuses et les outrées, une fois qu'elles auront contribué à la victoire FN, en 2017 sinon en 2022. Le rendez-vous est déjà pris.

 

Démocratie ? Qui ose encore parler de démocratie ?

Le 1er février, un candidat à l'élection présidentielle présentait son programme. Et vous n'en avez rien su. Tandis que les comptes-rendus autour de l'affaire Fillon se succédaient, tandis que les mass-médias reprenaient chacune des bonnes paroles d'Emmanuel Macron prononcées sur Inter, ce candidat, Nicolas Dupont-Aignan, n'a pas eu la faveur des journaux. Parce que, comme Fillon il y a 9 mois, comme Hamon il y a 3 mois, ce candidat n'est censé représenter que lui-même. Sauf que ce n'est ni aux journalistes, ni aux salles de rédaction, ni aux propriétaires de journaux de décider qui a le droit de voir sa parole diffusée, ou pas. L'élection présidentielle est censée constituer le rendez-vous entre une personnalité politique et le peuple français. Où est l'équité, où réside la force de notre démocratie si des pouvoirs - médiatiques, économiques - s'arrogent le droit de dénaturer le suffrage en instaurant une sorte de suffrage censitaire - par l'accès aux moyens d'information - marquée par une pré-sélection a priori des "bons" candidats au détriment des autres. 

Tous ceux qui sont en mesure de réunir les conditions d'être officiellement candidat (parrainages, équipe de campagne...) devraient pouvoir accéder aux mêmes médias, aux mêmes programmes politiques, à la même caisse de résonnance parce que seuls les électeurs sont en droit de faire un choix en la matière. Et c'est la raison pour laquelle il ne devrait y avoir aucun débat d'organisé si c'est pour pratiquer un ostracisme envers les candidats "mineurs", mineurs comme le furent les deux vainqueurs des récentes primaires. Et comme il serait inconcevable qu'il y ait eu 3 débats multi-diffusés pour des primaires partisannes, à droite comme à gauche, et aucun débat pour l'élection présidentielle elle-même, il est plus qu'urgent que les radio-télévisions françaises planchent sur l'organisation de vrais débats entre tous les candidats, pour que respire notre démocratie. 

Et profitons de cette brève pour rendre justice au seul journaliste qui provoque encore le débat et ose donner la parole à tous, car il est un démocrate dans l'âme, je veux parler de Jean-Jacques Bourdin officiant sur RMC et BFMTV.