Il y a comme un problème...

26 mars 2017

Brèves de comptoir : Le Drian, Macron, Fillon et les autres

Brièvement de passage sur mon blog pour quelques brèves de comptoir, en toute liberté en ce beau dimanche printanier :

Jean-Yves Le Drian rejoint Macron : 

Le quinquennat Hollande aura permis de révéler deux hommes d'Etat, surnageant au milieu de l'indigente cohorte des ministres pâlots, j'en-foutre et autres carriéristes, longue liste d'ambitieux et d'inadaptés à leurs fonctions qui ont pourtant hanté les palais de la République depuis 2012. Je veux parler ici de Bernard Cazeneuve et de Jean-Yves Le Drian.

Le premier finit son cursus - et apparemment sa carrière - politique  à l'hôtel Matignon, après des débuts pourtant effacés quand Ayrault le nomma aux Affaires européennes. L'ascension de ce "pompier de service" des affaires politiciennes ou judiciaires de la Hollandie (affaire Cahuzac, départ de Macron, nommination puis départ de Valls) en dit long sur le désastre de ce quinquennat, où la gouvernance socialiste n'a eu de cesse de privilégier les amis de la promotion Voltaire et de ménager les courants socialistes au détriment de la bonne marche de l'Etat. A l'évidence, François Hollande n'était pas prêt à exercer le pouvoir, lui qui n'a pas su et voulu s'entourer de vrais serviteurs de l'Etat, choisis pour leur compétence et leur efficacité. Quand bien même Cazeneuve n'aura pas révolutionné les pratiques, ni obtenu de résultats extraordinaires aux postes où il a exercé, il aura su être l'incarnation d'une image positive de cette mandature, celle d'un politique au seul service de l'Etat, autrement une exception dans ce quinquennat. Cela en dit long sur la qualité de la "pépinière socialiste" des apparatchiks et de l'aptitude de ceux-ci à exercer correctement les plus hautes charges.  

Le second, membre historique du cercle présidentiel, est apparu à ce point unique et indispensable à sa fonction, hôtel de Brienne, qu'il a pu cumuler, sans vergogne (et sans susciter l'ire politico-médiatique), fonction ministérielle et présidence de Région durant deux années, contrevenant ainsi à la règle pourtant édictée par Hollande lui-même. Cette réalité témoigne de cette tare génétique du Parti Socialiste à pouvoir présenter des experts crédibles sur les questions de Défense quand il regorge d'esthètes sur les questions d'Education et de Culture ! Dans un environnement guerrier, cette question pose un vrai problème ! Quant à ce cumul, il ne peut que nourrir le manque d'empressement citoyen à participer aux scrutins électoraux, quand il est à ce point évident que la classe politique surfe au quotidien sur les mensonges et sur ses reniements à la parole donnée, de Valls à Fillon, de Rugy à Le Drian donc.

Sans surprise, c'est très naturellement que Le Drian a fait, cette semaine, du Le Drian. Le ministre et président de région Bretagne a indiqué tout à la fois rejoindre la candidature Macron - très faible sur les questions régaliennes, Defense, Diplomatie, Sécurité - et rester socialiste. A cette heure, aucune réaction du camarade premier secrétaire Camba(délis) qui avait promis (autre engagement jamais tenu) l'exclusion aux défecteurs partant marcher avec Macron. Il est bien normal que l'intouchable Le Drian, partisan du "et (ministre) et (élu régional) " pour ses mandats rejoigne un mouvement qui réfute le "ni - ni" pour ce même "et (droite) et (gauche) ". Macron élu, l'indéboulonnable breton campera-t-il dans son ministère pour cinq autres années ?!

Au fait, pas une ligne ou presque pour critiquer ce ministre cumulard qui n'a pas souhaité déménager dans ses pourtant nouveaux quartiers du "Pentagone à la française", à Balard.  Sans doute qu'un vieil hôtel particulier sied plus à sa conception du décorum républicain qu'un édifice moderne, regroupant tous les états-majors militaires et doté des outils électroniques les plus modernes en terme de communication et de confidentialité. Pourquoi s'astreindre soi-même à des économies, affectant pourtant les armées, quand on est intouchable et médiatiquement préservé ? 

 

Macron : E. M.

Emmanuel Macron a utilisé ses initiales pour créer son mouvement En Marche, un coup de communication qui en dit peut-être long sur la véritable personnalité de ce candidat, se vivant, en meeting, réincarnation messianique plus qu'homme providentiel, stature chère à l'histoire de nos institutions. Prendre des postures christiques pour quelqu'un qui se targue de modestie en reprenant des "idées remontées de la base militante", c'est pour le moins paradoxal. Mais sa candidature cristallise - comme on dit dans les médias - au point que le candidat Hollande-bis est donné vainqueur du premier (et du second) tour. Il serait bon qu'au lieu de se pâmer devant cette "jeunesse", cette "nouveauyé", cet "air frais", ce "charme", ceux qui orientent volontiers la pensée de l'opinion publique éclairent vraiment les citoyens par des observations pertinentes et des questionnements de fond sur le marketing Macron. A défaut de quoi, les électeurs et de droite, et de gauche et du centre, qui auront succombé à cette illusion indéfinissable allant de Robert Hue à Alain Minc, se réveilleront cocus en se disant E. M. (Et Merde). "Cinq ans, p.... ça va être long" ! comme aurait pu dire le Chirac des Guignols de l'info.

 

 Fillon : la droite assassinée

Il peut toujours prétendre que "la bave du crapeaud" médiatico-judiciaire n'atteindra pas "la blanche colombe" de la droite issue de la primaire et que son innocence apparaîtra au grand jour le moment venu, il n'en reste pas moins vrai que François Fillon, en terme de posture de communication et de stratégie politicienne, prive la droite Républicaine de cette alternance qui lui avait été offerte sur un plateau par le quinquennat de la "Fraise des Bois". D'abord, parce qu'il y aura toujours un immense fossé entre ce possible, bien qu'improbable, à savoir son innocence "légale" sur les faits reprochés, et la perception d'amoralité sur les actes dûment engagés. Ensuite, parce que ces affaires, feuilletonnées à des fins partisanes par une presse socialo-macronienne, ont gravement abîmé la personnalité du candidat de la droite, beaucoup moins lisse et vertueuse que son austére apparence le laissait supposer. Des "petits cadeaux" entre amis aux honoraires mirobolants d'une boite de consulting, créée quelques jours à peine avant qu'une loi de moralisation ne soit votée pour empêcher le mélange des genres au Parlement, la barque Fillon de la probité a largement pris l'eau. C'est peu de dire qu'iI y a eu une part d'imposture dans la victoire du "simple collaborateur" dans son match face à Sarkozy : contrairement à ce qui a été dit, c'est moins le "programme Fillon" que la "personnalité Fillon" qui avait été boostée par des électeurs de la primaire, lesquels voulaient en finir avec l'interminable séquence des mises en cause et autres mises en examen de l'ancien président, pourtant leader naturel de la droite. Cette personnalité aurait mieux été décryptée avant le scrutin qu'il n'est pas sûr que Fillon ait été au second tour, ou que Juppé soit renvoyé à Bordeaux en novembre dernier.   

Après la défaite post-2012, Fillon se présentait volontiers comme la victime d'une mafia Copéiste qui l'aurait privé de la présidence de l'UMP ; aujourd'hui, plus personne ne saurait affirmer que Fillon-la-vertu-outragée n'avait pas été au moins aussi coupable que Copé dans cette élection partisane truquée. Avant-hier, bien peu des électeurs de la primaire n'avait accordé foi à la manoeuvre Fillon pour écarter Sarkozy de sa trajectoire élyséenne. via sa sollicitation pour une accélération des procédures judiciaires visant l'ex-président ; aujourd'hui, tout le monde est convaincu que le déjeuner Fillon-Jouyet était bien une tentative de Fillon pour instrumentaliser la "justice hollandaise" à son avantage. Hier, ce père-la-rigueur faisait illusion, non par ce qu'il avait mis en oeuvre durant ses cinq années à Matignon, mais pour sa capacité à (re)présenter une certaine rectitude morale et une gestion saine des fonds publics ; aujourd'hui, il est, à tout le moins, celui qui a commis bien trop d'erreurs de jugement personnel pour apparaître comme un exemple de probité susceptible d'incarner la France.

Puisque la Justice serait mise en suspens le temps de son quinquennat, rien ni personne ne pourrait effacer le doute et le soupçon, tout au long de l'exercice présidentiel, ce qui ne peut qu'amoindrir sa capacité à gouverner et à imposer des réformes socialement difficiles. Quand bien même François Fillon, qualifié pour le second tour de la présidentielle face à Marine Le Pen, serait élu par défaut, sa légitimité à gouverner ne manquerait pas d'être gravement entâchée par une opposition à gauche, à l'extrême-droite mais aussi au sein même des Républicains, laissant présager une fronde de droite équivalente à la fronde socialiste entre 2012 et 2016, surtout dans l'hypothèse d'un quinquennat unique (promesse d'ivrogne, là encore ?!).

A la vérité, pour que vive une vraie alternance, les électeurs de droite seraient bien inspirés de consulter les propositions d'un gaulliste social, Nicolas Dupont-Aignan, ancien proche lui aussi de Philippe Seguin, et sans doute bien plus fidèle à l'élu des Vosges que Fillon, qui trace sa route avec une constance et une transparence qui apportent une fraîcheur bienvenue dans ce climat putride des affaires politico-financières. Son coup médiatique face à TF1 lui a apporté un effet buzz qui pourrait attirer les curiosité demain et les ralliements dans les prochaines semaines. Il reste quatre dimanche avant le verdict de l'isoloir. Rien n'est fait, tout reste possible. 

 

 

    

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13 février 2017

Clap de fin

Hé bien voilà, ainsi que je l'avais indiqué il y a quelques semaines de cela, il existait une possibilité que ce blog s'arrête prochainement, suite à une offre de collaboration rejoignant un peu ce que je fais ici. Celle-ci vient de se concrétiser ; je me vois donc dans l'obligation, plus morale que contractuelle il est vrai, de terminer, aujourd'hui, une histoire qui aura duré près de 300 messages et un quasi-quinquennat.

J'avais commencé en 2012 en alertant sur les risques d'une élection de François Hollande, sa personnalité ne pouvant donner le change à incarner le chef de l'Etat d'une République aux contours, au demeurant, très monarchiques, et sa méthodologie de gouvernance ne pouvant correspondre à l'autorité et à la prise de décision qui incombent au président de la France. Au moment de vous quitter, je dirai qu'il serait tout aussi déraisonnable pour la nation française, au risque de tomber de Caribe en Scylla, de succomber à la Macromania d'un côté, à la Marinite de l'autre. Certes le peuple est souverain, et certes il dispose de son libre-arbitre, mais ces deux caractéristiques n'empêchent aucunement de faire les mauvais choix, surtout quand tout est ouvert.

Les électeurs se sont trompés en 2012 en votant pour François Hollande ; d'aucuns diront, à juste titre, qu'ils ont surtout été trompés, avec ses promesses non tenues (mais c'est souvent le lot de ces friandises électorales) et avec des décisions prises à l'inverse des engagements du candidat. Certes, "la petite-fraise-des-bois", chère à Fabius, avait été élue par défaut, pour contrer la réélection de l'épouvantail Sarkozy, mais en réalité ce duel du second tour aurait pu être évité, et donc l'issue néfaste du scrutin, et donc ces cinq années qui n'ont pas seulement été perdues, mais qui ont ouvert ce champ de tous les possibles qu'est devenue la présidentielle 2017. Oui, cela aurait pu être évité si la sagesse populaire l'avait emporté, si les "Hollandais par défaut" et les "Sarko par dépit" du premier tour avaient pris leurs responsabilités en optant pour le recours idéal, cette option centrale alors incarnée par François Bayrou. Manque de clairvoyance étayé par la tyrannie des sondages "qui tuent le supposé 3ème". Ce dernier n'aurait sans doute pas résolu la crise sociale et économique - elle dure depuis trop longtemps, elle est enkystée bien trop profondément dans le corps sociétal pour être réglée à l'homéopathie centriste - mais à tout le moins, ce François-là faisait un constat lucide sur la situation et son raisonnement pour conduire le pays était solide. Autrement dit, une présidence Bayrou n'aurait pas navigué à vue pendant près de trois années dans l'attente d'un retournement de tendance (parce que c'est comme ça que c'était prévu dans les bouquins d'économie de Hollande !). Alors peut-être la France aurait-elle pu profiter à plein de l'alignement favorable des planètes (euro compétitif, prix du pétrole bas, taux d'intérêt quasi-négatifs) pour aborder 2017 sous un ciel plus serein.

En 2012, la France a raté le virage en douceur pour oser la réforme ; en 2017, cette douceur n'est plus d'actualité et pour autant c'est peu de dire que le pays n'est toujours pas préparé à prendre un tournant en épingle à cheveu à grande vitesse. 2017 n'est pas 2012 : le pays ne peut se contenter de rejouer le match en optant pour le pseudo-centre Macron en se disant que cela rattrapera son erreur sur Bayrou. Les choses ont changé, le monde a changé. Vous l'avez noté comme moi, le temps du XXIe siècle est différent de celui du XXe. Tout y va beaucoup plus vite, tout y évolue à grande vitesse.

Macron ne saurait être la solution ; en réalité lui aussi, comme son ex-mentor Hollande, serait un erreur de casting. Non parce qu'il est jeune - ce n'est pas un défaut, même si l'expérience d'élu eput compter ! Non parce qu'il a une formation de haut-fonctionnaire - ce n'est pas une tare, si l'on sait ôter ses oeillères ! Non parce qu'il a été un banquier d'affaires - cela reste une expérience professionnelle tout à fait honorable, pour autant que l'on ne soit affidé à aucun lobby financier ! Non, pour aucune de ces raisons évidentes, mais parce que c'est d'abord un philosophe. Un président de la République, chef des armées d'une puissance nucléaire, doit être un décideur qui tranche, d'autant plus en période trouble comme celle qui s'installe partout à nos portes. Les problèmes de la nation ne sont pas des sujets sur lesquels on peut disserter en prenant des hauteurs philosophiques alors même que la population n'est déjà plus en capacité d'attendre des prises d'initiative sur la question migratoire, sur la sécurité en Europe, sur la question du terrorisme, sur les alliances diplomatiques en écoutant un président discourir sur le sexe des anges. Bien diriger, cela consiste souvent à accepter de prendre la moins mauvaise des solutions ; avec un intellectuel philosophe, la décision se doit d'être nécessairement excellente, d'où un besoin d'attendre, d'où une nécessité de s'élever ; c'est dire le fossé mental qui existe entre ces deux points de vue. Une autre raison qui fait que Macron serait un mauvais choix pour la France : c'est un comédien dans l'âme. Elire un président qui se vivrait alors en éternelle représentation serait tragique, la forme et l'image l'emportant sur le concret.

En face, Marine Le Pen ne saurait être la solution. Si les constats, remontés du terrain, ont souvent été partagés par le plus grand nombre - est-ce à dire qu'ils étaient tous justes ?  - ses solutions sont par trop hasardeuses, voire simplistes, pour engager efficacement le pays dans une phase réformiste apaisée.

Alors qui ? Le "encore-candidat-à-ce-jour" des Républicains est à ce point fragilisé que son programme est devenu otage de sa personnalité aujourd'hui contreversée. Même bien élu, même avec un projet amendé, François Fillon président verrait les opposants vent debout contre lui et contre son gouvernement. Comment gouverner dans ces conditions ? Il n'arrive même pas à faire campagne sans être accompagné par le bruit des casseroles de quelques excités de l'ultra-gauche!!

Le duo Hamon / Mélenchon parachèverait, quant à lui, la catastrophe amorcée par le quinquennat Hollande, avec une majorité hétéroclite tiraillée par les frondes internes face aux réalités de l'exercice du pouvoir.

A la vérité, si ils veulent éviter de reproduire les erreurs électorales du passé sans se jeter dans les abysses de l'aventurisme politique ou se contraindre à un choix impossible de second tour, où l'élu serait, pour le coup, un gagnant par double défaut, alors les français n'ont d'autre choix que d'étudier plus attentivement les offres alternatives, portées par ces "petits" candidats que le microcosme dévalue sans cesse, mais qui, par leur constance, leur expérience de l'adversité et leur contact avec les réalités du terrain, peuvent incarner un vrai renouveau, otage d'aucun lobby.

Pour les électeurs de droite, souverainistes et gaullistes - sans être passéiste -, la solution pourrait être incarnée par Nicolas Dupont-Aignan. Les français majoritaires auront-ils tout loisir d'entendre son projet et de mieux le connaître dans ce délai de 70 jours avant le premier tour de scrutin. Ce n'est pas certain, et c'est encore et toujours le problème...

 

PS : Pour finir, ce petit message personnel que j'adresse à ceux à qui mes observations manqueraient de trop. Libre à vous de me laisser un message sur ce blog, pour me poser une question sur l'actu du moment, je me ferai un plaisir de vous répondre directement.   

11 février 2017

L'absence de centre, un problème pour l'équilibre des forces politiques

Personne ne le relève et c'est bien regrettable : l'une des nouveautés de la campagne 2017 tient au fait que cette élection présidentielle, si particulière à bien des égards, a tué le centre, et cela par deux fois. Par deux fois, car, à l'heure où nous écrivons ce post, François Bayrou n'a toujours pas pris sa décision de se présenter pour ce qui serait sa quatrième participation. Et compte tenu de l'atmosphère actuelle de "dégagisme", concept cher à Jean-Luc Mélenchon, son entrée en campagne à moins de 70 jours du scrutin serait pour le moins suicidaire : "l'homme à la gifle" de 2012 n'a pas le tempérament d'un "blitzkrieger". Si Bayrou renonçait, alors le centre, c'est-à-dire en l'occurrence tous les partis se réclamant du centre dans le paysage politique français, serait bien le grand absent de cette élection majeure dans notre démocratie. 

La première mort du Centre, ce fut la primaire organisée par Les Républicains. Quand bien même celle-ci avait perdu sa dénomination initiale "de droite et du centre" pour n'être qu'une compétition interne au parti de Nicolas Sarkozy, l'invité Poisson mis à part, la primaire avait néanmoins réussi à phagocyter les trois partis qui se disputent le centre politique en France. En décidant de soutenir chacun un candidat à la primaire, l'UDI de Jean-Christophe Lagarde, le NC d'Hervé Morin et même le MoDem de François Bayrou se sont plus ou moins sortis du jeu électoral d'avril 2017. Ces ralliements, qui derrière Juppé, qui derrière Le Maire, ne disaient que trop leur volonté de déserter le combat des chefs pour ne constituer qu'une force d'appoint, fut-elle symbolique. Et de fait, leur stratégie a contribué à ne pas offrir aux électeurs du centre une option clairement identifiée centriste pour l'élection qui, par sa mobilisation, est la seule qui compte vraiment en France ; cela en dit long sur la faiblesse de cette famille politique, détruite par des luttes d'ego et par de profondes divergences tactiques. Sans doute les sondages qui prédisaient une large victoire d'Alain Juppé, le plus centriste des Républicains, ont-ils joué un mauvais tour dans cette prise de décision collective, à défaut d'être vraiment collégiale, mais il ne faut pas sous-estimer par ailleurs l'influence des arrangements d'appareil dans la perspective de la répartition des investitures pour les législatives à suivre. Quoi qu'il en soit, avec la victoire de Fillon, le centre, à vrai dire sans candidat, est rentré dans un relatif anonymat qu'une défaite de la droite transformerait en longue traversée du désert, sans réelle présence au Parlement.

Et c'est bien là la seconde mort du Centre, cette incapacité récurrente à exister par lui-même ou à peser désormais dans ce scrutin. Car, et c'est bien le plus grave, cette absence de tout représentant a provoqué un appel d'air qui a favorisé la démarche d'Emmanuel Macron. Or le leader d'En Marche n'est ni centriste de coeur, ni centriste de ralliement. Ce n'est pas parce qu'il se réclame "ni de droite ni de gauche" ou qu'il est considéré "et de droite et de gauche" que le chouchou des médias - c'est normal, un bon comédien fait toujours vendre ! - se situe au centre de l'échiquier politique. Ou alors cela signifierait qu'être centriste en 2017, c'est avoir a priori des idées très libertaires sur les questions sociétales, une position très libérale sur les questions sociales et un corpus économique à géométrie variable mais avec des marqueurs de gauche relativement affirmés. J'ai bien précisé "a priori" puisque plus Macron-le-philosophe parle et moins on saisit l'articulation de son projet et les mesures pratiques qu'il entend mettre en oeuvre. Par mesures pratiques, j'entend bien sûr des solutions nouvelles, susceptibles d'apporter des réponses concrètes aux problèmes que les politiques successives de gauche et de droite et de gauche (Hollande n'étant pas Jospin) n'ont jamais réglés.

Macron peut bien aspirer les électeurs de centre dans les intentions de vote, son mouvement de citoyens est avant tout un tourbillonnement d'enthousiasme et d'idéaux divers et variés qui fédère par centrigugation et au centre duquel on ne trouve que le vide "idéologique". Or le vide n'est pas le centre ; le centre "historique" n'est pas une absence de conviction ; cela ne se résume pas à un milieu incertain et mouvant d'idées éparses et de projets multiples qui ne seraient marqués ni par les valeurs de droite, ni par les supposés de gauche.

Comme ce fut le cas pour François Hollande en 2012 - et l'on a vu le résultat ! - Macron agrège avant tout des rejets, rejet du programme Fillon - et maintenant de sa personnalité -, rejet des deux projets de la gauche "bien à gauche", Hamon et Mélenchon, rejet des droites patriotiques de Le Pen et NDA. Cela ne fait pas de lui un candidat centriste, et encore moins un représentant du Centre.

On a l'habitude de dire qu'en France, les élections présidentielles se gagnent au centre, pour la droite comme pour la gauche ; pour preuve, les choix de Bayrou, "faiseur de roi", qui ont favorisé Sarkozy en 2007 et Hollande en 2012. Cette année, en cas de duel Le Pen - Macron, le glissement se fera dans le sens inverse : c'est ce centre putatif Macronien qui devra décider de pencher d'un côté ou de l'autre pour l'emporter. Parions alors que cela sera à gauche et rien ne dit, alors, que les électeurs centristes ne se sentiront pas comme les cocus de l'histoire. 

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09 février 2017

La meute médiatique n'apprendra-t-elle jamais rien ?!

La France des banlieues se manifeste à l'occasion de l'incident qui s'est déroulé à Aulnay-sous-bois voici quelques jours, lors de l'interpellation d'un jeune homme, désormais mondialement célèbre sous le seul prénom de Théo. 

Il ne faut pas s'y tromper : derrière les violences qui illuminent les nuits de Paris, de Nantes et d'ailleurs, c'est le réseau des petits caïds de quartier qui s'active afin de préserver son business lucratif d'une pression policière trop appuyée. Les dealers savent pertinemment qu'en mettant la pression, l'Etat et ses préfets ordonneront à la sécurité publique de mettre la pédale douce dans leurs activités au niveau des quartiers pendant un certain temps... Moins de patrouille d'un côté, cela fait moins de tracas pour dealer en paix, et donc plus de bénéfices, de l'autre. A cela, naturellement, vient s'ajouter les casseurs professionnels qui profitent du moindre incident pour faire monter la mayonnaise et éventuellement faire leurs courses dans des magasins repérés à l'avance.

Sur les faits, chacune peut se faire une opinion puisque tout le monde a eu le privilège de visionner à l'envi la scène - confuse - sur les chaînes d'information en continu. En premier lieu, comme toujours, on ne voit que "la fin de l'interpellation musclée" et rien de ce qui l'a précédé. Or, pour qu'un jeune "sans histoire" soit ainsi pris à partie par une patrouille anti-criminalité, il doit bien y avoir une raison. Quelle est-elle ? Mystère. Dans les premiers compte-rendus, les commentaires frisaient le ridicule : "le jeune homme est un modèle, voyez, il joue au football !". Comme si la pratique de ce sport était un quelconque gage d'honnêteté ou de vertu ! Allez sur les stades et vous verrez comment certains "gentlemen" s'expriment, y compris au sein de l'élite d'ailleurs ! On a aussi eu droit à ce détail : "Théo est un référent du quartier". C'est quoi un "référent" ? Un "grand frère" ? Un associatif, bénévole ou rémunéré, faisant le lien entre qui et qui ? J'avoue ne pas avoir compris.

Attention, qu'on se comprenne bien, dans l'histoire, ce jeune homme de 22 ans est assurément une victime, puisqu'il a été blessé au cours de l'interpellation, et blessé plus que sérieusement comme chacun sait. Pour autant, le lynchage médiatique des quatre policiers, la mise à l'index, immédiate et systématique, de la présomption d'innocence, dès qu'il s'agit de la force publique pour laquelle on use et abuse du terme de bavure, ne sont pas justifiables, ni même justifiés à ce stade, puisque seule l'enquête pourra dire le droit. Ils ont été rapides à se tendre, les micros, pour diffuser la version d'une seule des deux parties concernées : beau-frère, soeur et même l'avocat de Théo - le célèbre et très médiatique Dupont Moretti qui saute sur les affaires à la une comme une tique affamée sur un chien gâleux - ont occupé l'espace médiatique en alternance avec l'affaire Fillon. Et le futur ex-président s'est même permis une visite au chevet du blessé pour le réconforter et pour montrer que oui, il était toujours là, le François ! 

Mais rassurez-moi, il a aussi fait le déplacement auprès des policiers brûlés dans leur véhicule l'an dernier, n'est-ce pas ? Il a toujours pris le temps nécessaire à s'enquérir personnellement de l'état de santé des membres des forces de l'ordre, policiers, gendarmes et militaires, gravement blessés lors de leur mission de service public, n'est-ce pas ? J'avoue pourtant que j'ai un doute... Déléguer un sous-ministre serait plus son style en l'occurrence ! 

Même le défenseur des Droits s'est invité pour rentrer dans la danse procédurale, en voulant se saisir du dossier. Défenseur des Droits, certes c'est utile et indispensable dans une démocratie ; pour autant, on cherche toujours un Promoteur des Devoirs dans cette République qui donne beaucoup - et souvent à crédit - mais qui ne se montre guère exigeante en retour ! 

Un procès médiatique à charge donc... Quelle que soit l'affaire, le réflexe de la meute est toujours le plus prompt ! Dans ces circonstances, il convient de saluer la victime elle-même qui, depuis son lit d'hôpital a lancé un appel au calme en disant sa foi dans la justice de notre pays !

 

Tout le monde a vu cette vidéo, brève et confuse. Et franchement, il est abusif de prétendre qu'il y a eu "viol en réunion" - comme l'affaire a d'abord éte présentée ! - ou même intentionalité de viol à la seule vue de ces images. Ce que j'y vois, à titre personnel, c'est un usage mal coordonné de la force de la part de l'équipe d'intervention, une lacune dans les techniques d'immobilisation. Ce qu'il reste à espérer, dans cette nation où le tribunal médiatique s'affaire à la manière des Robespierre de la Révolution, c'est que seule la vérité des faits l'emportera et que l'enquête, menée avec célérité et droiture, ne s'occupera qu'à établir les faits objectifs, sans se préoccuper des pressions, d'où qu'elles viennent.

A ce stade, ma conviction est qu'il s'agit donc d'un accident, comprendre d'une mauvaie maîtrise d'une matraque de la part du fonctionnaire de police, dont les conséquences sont certes dramatiques mais sans intentionalité criminelle. Quant à la justification de l'interpellation elle-même et du recours à la force, les images ne pouvant en aucun cas attester de la légitimité de l'une et de l'autre, personne ne saurait être en mesure d'avancer le moindre avis éclairé sur ce point en dehors des enquêteurs. 

Les médias ont une responsabilité sociétale, d'information certes, d'explication, c'est souhaitable, et de pondération, ce qui manque cruellement dans cette concurrence à faire le buzz. Il serait bon qu'ils en prennent conscience et qu'ils évitent de jeter de l'huile sur les braises d'une République malade de la crise économique mais surtout de trente années de petits renoncements et de grandes lâchetés qui ont fait le lit de la déliquessence de notre nation. Il est regrettable qu'à chaque prétendue affaire, ils contribuent à alimenter  ce malaise ambiant qui clive la société comme pour mieux installer le désordre. C'est un problème, comme est un problème le fait que, seule parmi les politiques à s'être exprimés sur le sujet, Marine Le Pen ait d'abord avancé son soutien aux forces de l'ordre et à la présomption de non-culpabilité des policiers mis en cause. Et ça, c'est un problème encore plus préoccupant de laisser le FN en seul défenseur des forces de l'ordre !  

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Désormais une chose est sûre : on ne sait jamais tout, alors autant dire qu'on ne sait rien

Connaissez-vous ce texte magnifique, interprété par Jean Gabin, qui s'intitulait "Je sais" ? C'est le point de vue d'un vieil homme se retournant sur son passé et qui constate qu'à chaque étape de sa vie, il avait eu la certitude de savoir tout sur tout, mais qu'en fin de compte et avec le recul, il s'était rendu compte qu'il n'avait jamais rien su de rien en réalité. Et cela se terminait par cette morale empreinte de grande sagesse : dans la vie, la seule chose que l'on sache vraiment, c'est que l'on ne sait rien en vérité. Encore faut-il le comprendre, et l'accepter.

 

Affaire Fillon :

Avec l'épisode 3 de l'affaire Fillon paru dans le Volatile, lequel journal, en d'autre temps, avait déjà torpillé une candidature de droite à la présidentielle, favorisant ainsi activement l'arrivée de la gauche au pouvoir (Mitterrand, 1981), il devient difficile de savoir. Selon l'hebdomadaire satirique, Pénélope Fillon aurait reçu 45.000 euros en guise d'indemnités de licenciement payées par le Parlement. Ceci plus cela, il n'y aurait plus de quoi fouetter son chat - une pratique stupide et condamnable, soit dit en passant ! Le trouble vient que cette révélation survient alors que, depuis quelques jours, les français n'ignorent plus rien du travail d'attaché parlementaire. De nombreux reportages, pléthore d'interviews des intéresses ont permis de mieux connaître le statut et les fonctions, diverses et variées, de ces assistants de la vie politique institutionnelle. Or, justement qu'a-t-on appris de la condition de ces forçats du Parlement ? Notamment trois choses :

- qu'ils touchent en moyenne 2.500 euros mensuels, une somme payée par le comptable du Parlement sur l'enveloppe consentie à chaque parlementaire (autour de 9.500 euros),

- qu'ils sont affectés, par contrat de droit privé, à des tâches décidées uniquement par leur employeur, en l'occurrence et uniquement le parlementaire,

- et qu'ils sont des travailleurs précaires, sorte d'intermittents du spectacle politique, puisqu'ils sont renvoyés automatiquement et sans aucune indemnité, notamment si leur parlementaire n'est pas réélu ou qu'il ne se représente pas. Ce statut mal fagoté et l'absence d'indemnités font d'ailleurs l'objet de négociations entre les institutions et l'association des attachés parlementaires.     

Et c'est là que l'on s'y perd : pourquoi le comptable du Parlement aurait décaissé une somme additionnelle au titre d'indemnités, qui, si elles sont prévues dans le contrat de travail, devraient être réglées par l'allocation mensuelle du parlementaire ? Si il était d'usage que le Parlement paie de telles indemnités - quel qu'en soit le montant - pourquoi tous les parlementaires n'en ont-ils pas fait profiter ceux de leurs attachés qui ont été licenciés ? Autant se quitter dans le meilleur des termes si on veut éviter des fuites malveillantes, non ?  Surtout si ça ne coûte rien au parlementaire ! Et pourquoi la question de cette indemnité est-elle justement sur la table des négociations avec le Parlement, prouvant de fait que le comptable de l'institution n'est ni en droit, ni en devoir d'acquitter ces surplus ?

Et si dysfonctionnement il y a eu en l'espèce sur le cas Pénélope Fillon, à qui la véritable faute ? A l'employeur - François Fillon - qui aurait fait la demande de paiement pour solde de tout compte, ou au service comptabilité qui aurait validé une telle procédure non réglementaire ? Comment se fait-il que les journalistes ayant enquêté sur le cas des attachés parlementaires ne soulèvent pas le hiatus ? Ou alors c'est que leurs reportages, et les informations rapportées, ne sont que du pipeau ? A l'évidence, le public ne sait que ce que l'on veut bien qu'il sache ; autant dire qu'on ne saura jamais le vrai du faux dans toute cette histoire à épisodes. Mais sans doute n'est-ce pas la vérité qui est recherchée ici, juste un moyen d'interagir avec une campagne électorale à des fins qui, elles, resteront dans l'ombre... du sacro-saint secret des sources journalistiques !  

 

Affaire Sarkozy / Bygmalion :

Avec la demande de renvoi de Nicolas Sarkozy devant le tribunal correctionnel dans l'affaire Bygmalion, on entre aussi dans ce savoir de l'ignorance, ou l'ignorance du savoir, allez savoir !?

Le candidat Sarkozy de 2012 est accusé d'avoir été le principal bénéficiaire du jeu de trésorerie de cette fameuse société oeuvrant dans la double facturation. Bénéficiaire de la mise à disposition d'outils de propagande lors de sa campagne, c'est une évidence. Bénéficiaire certes, mais pour quel bénéfice en définitive, puisqu'il a été sanctionné dans les urnes et par le Conseil Constitutionnel ? Et que savait-il vraiment des montages financiers et du dépassement effectif du plafond de campagne ? Mystère. La charge de la preuve étant du ressort des enquêteurs, il aurait été plus opportun de signifier un autre libellé pour ce renvoi au tribunal.

Par ailleurs, les comptes de campagne ont déjà été invalidés par le Conseil Constitutionnel : les comptes définitifs, tels que constatés a posteriori par la Haute juridiction après enquête, ont été clos sur un dépassement de quelques centaines de milliers d'euros et le candidat Sarkozy, ainsi que son parti l'UMP, ont été condamnés au non-remboursement des frais de campagne, à hauteur de 21 millions d'euros (environ, à ces niveaux je ne chipote jamais les chiffres !) et à une pénalité financière déjà acquittée par Sarkozy.

Ce renvoi est donc surprenant puisqu'il entendrait faire rejuger par une instance juridictionnelle inférieure un délinquant - puisqu'il y a présomption de délit - dans une même affaire, à savoir le financement abusif de sa campagne. Cette incongruité n'a d'ailleurs pas échappé, semble-t-il, au second juge en charge de l'instruction puisqu'il n'aurait pas signé le procès-verbal de renvoi, aux dires de l'avocat de Sarkozy. Vous me direz que Nicolas Sarkozy en son temps militait pour la double peine et qu'il n'a donc que ce qu'il mérite. Allez savoir....