Il y a comme un problème...

15 janvier 2017

Macron, une trajectoire trop lisse qui pose question

Quand j'ai commencé à m'intéresser à cet OPNI (Objet Politique Non Identifié), Emmanuel Macron m'a fait immédiatement penser à ce personnage incarné par Christopher Walken dans l'opus de James Bond intitulé "Dangereusement Votre". Drôle de comparaison me direz-vous ! Sans doute, quoique... Titre prémonitoire ? C'est bien possible...

Macron donne l'impression d'avoir été élevé, formé et formaté uniquement dans la perspective d'être présent au rendez-vous présidentiel de 2017. De là à imaginer que quelque force occulte se cache derrière ce "jeunot" de la politique, il n'y a qu'un pas qu'aucune preuve ne me permet de franchir à ce stade. On peut néanmoins remarquer que son parcours est trop parfait pour que ce soit le seul fruit des circonstances, sa trajectoire trop idéale pour qu'elle n'ai pas été pensée de longue date. Je ne crois pas aux coïncidences, et vous ?

D'aucuns diront que le cas Macron est simplement la rencontre entre une "belle énergie" individuelle et une époque propice à l'émergence d'un renouveau politique, et qu'à ce titre il bénéficie d'un engouement populaire naturellement relayé par les médias. Côté caisse de résonnance médiatique, il est clair qu'Emmanuel Macron est particulièrement bien servi : depuis de longs mois, il est la coqueluche des magazines, people et politiques. Plusieurs raisons à cela : en premier lieu, sa vie personnelle n'est pas banale et son physique "gravure de mode" renforce l'impression "showbiz et star-system" qu'il semble dégager "naturellement". Son parcours professionnel aussi intringue : d'assistant de philosophe à banquier dans une grande banque d'affaires, il attise la curiosité certaine du grand public. Pour les journalistes et commentateurs politiques, c'est surtout une personnalité neuve, sinon innovante, au discours maîtrisé et souvent transgressif. Loin de la langue de bois, ses sorties sur les ouvrières illettrées en Bretagne et récemment les ouvriers alcooliques du Nord apportent une fraîcheur inhabituelle dans le monde du politiquement correct. En se voulant séducteur dans sa relation aux autres, le personnage Macron crée une appétance chez les médias, appétance qui se nourrit en retour par une logique purement mercantile car "Macron fait vendre". Succès d'audience et ventes boostées en kiosque encouragent les pros de l'info à multiplier la mise en avant de la nouvelle 'idole", des jeunes et des matures. Qu'importe si le phénomène médiatique autour de Macron s'auto-alimente sans vraiment se renouveler et que l'on peine à voir la substance sous l'apparence, l'objectif avoué de cette stratégie est d'occuper l'espace pour donner une légitimité à ce parcours qui n'a jamais affronté le suffrage universel.

Pour encore quelques semaines, "En Marche" et son leader charismatique bénéficient d'un climat propice, préservés qu'ils sont des âpres attaques frontales de leurs adversaires. Du côté de François Fillon, de Marine Le Pen et de Jean-Luc Mélenchon, l'électron libre Macron est encore perçu comme un outsider utile à disqualifier ce qu'il reste de la gauche de gouvernement, chacun des trois se voyant, grâce à lui, en bonne position pour accéder au second tour de la présidentielle. Et tous les états-majors, y compris au parti socialiste, ne veulent prendre le risque d'insulter l'avenir : le potentiel de voix derrière Macron pourrait se révéler capital pour emporter la mise en mai prochain. Cette situation évoluera quand les sondages proposeront une mesure fiable de l'ampleur du phénomène Macron dans les intentions de vote pour le premier tour.

Cette clémence s'explique aussi par la stratégie mise en place par l'équipe Macron : proposer des pistes, parler de vision et d'ambitions sans faire le détail de mesures programmatiques ne laisse guère de prise pour des attaques, projet contre projet. En campagne depuis des mois, le candidat Macron n'est pas encore sorti du bois. 

En terme d'analyse politique, on peut déjà souligner que le phénomène Macron a largement profité de l'effet des primaires pour tracer son sillon sans affronter de concurrence dans sa cible électorale, le ventre mou de la France qui vote, le centre élargi. Son positionnement "ni droite, ni gauche" lui offre un créneau potentiel allant de Juppé à droite au Valls version 2011. La victoire de François Fillon peut agir de repoussoir pour les sympathisants du centre-droit, dont les partis (Modem-Bayrou, UDI-Lagarde, NC-Morin) ont de facto déserté le paysage politique en intervenant publiquement pour leur champion respectif dans la primaire de la droite. Pour ne pas disparaître totalement, ces mêmes formations sont aujourd'hui plus mobilisées à négocier avec les Républicains des accords pour les législatives qu'à réoccuper le vide désormais accaparé par Macron. Pour "En marche", il ne reste plus qu'à espérer éviter une confrontation directe avec Manuel Valls pour récupérer un gros bataillon d'élus et de sympathisants socialistes, effrayés par une déroute qui serait portée par Benoît Hamon ou Arnaud Montebourg. Dans cette hypothèse de travail, Macron pourait capitaliser jusqu'à 25% de l'électorat centriste, au coude-à-coude avec Fillon et Le Pen, Mélenchon étant pénalisé par la candidature parasite de la gauche socialiste (Hamon/Montebourg). 

Tout peut se passer d'ici l'ouverture de la campagne officielle et le premier tour de scrutin. Surtout que Macron souffre de nombreux points faibles, notamment sa transparence inquiétante en matière de Défense, Sécurité et Politique extérieure. Mais à cette heure, le risque principal d'Emmanuel Macron est de se voir arrivé, avant même d'être réellement parti. Certes Macron suscite l'enthousiasme du public dans ses meetings ; certes il dispose d'un écho favorable auprès d'une population peu ou pas politisée jusque là. Mais rappelons-nous le succès des meetings de Sarkozy lors de la primaire ; rappelons-nous des longues files d'attente pour la dédicace de ses livres ; tout ça pour ça et une disqualification sans appel au premier tour de scrutin. Nous sommes entrés dans l'ère des selfies : pour un quidam, côtoyer une célébrité qui fait le buzz l'assure d'une certaine célébrité au niveau de son réseau social. Alors s'afficher avec une icone médiatique ne fait pas forcément le bulletin de vote. Combien de simples "curieux" lors des meetings de Macron, d'abord intéressés pour dire "oui je l'ai vu en vrai" ? Rien ne dit que l'engouement pour Emmanuel-le-people se transformera dans un soutien au politicien Macron, surtout quand le flou artistique de son projet présidentiel se sera dissipé.  

Mais quelque chose me dit que la fusée Macron nous réserve bien d'autres surprises, que la salle de contrôle - occulte - conserve en réserve de quoi alimenter les prochains étages du lanceur. Parce que les coïncidences, ça n'existe pas.

 

 

 

  

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14 janvier 2017

Politique de Défense : un consensus politique qui masque les vrais enjeux et les vrais défis

Il n'y a rien de pire dans une campagne électorale que le consensus. En effet, celui-ci prive les citoyens d'un débat sur un sujet potentiellement d'importance ; or, cette sorte de pensée unique fait courir le risque de se fourvoyer dans les grandes largeurs. Cela va être le cas avec les questions de Défense. Après l'impréparation d'avant 1914 et l'incurie d'avant 1939, il serait gravissime que le pays soit encore à la rue au moment où l'idée européenne se délite, où l'islam radical joue sa partition califesque et où les super-puissances, USA, Russie et Chine, rebattent entre elles les cartes de la géostratégie mondiale.

Mais la défense française, qu'est-ce que c'est au juste ?

C'est d'abord un concept basé sur la sanctuarisation du territoire national (on devrait d'ailleurs dire du territoire métropolitain pour être plus juste, compte tenu du désengagement graduel des forces dans les départements et pays ultra-marins) avec sa composante nucléaire stratégique. C'est ce qu'il est commun de nommer la "dissuasion". L'idée est qu'en cas d'invasion du territoire, le bouclier nucléaire se transforme en foudre atomique pour dévaster le camp ennemi. Voulu par De Gaulle il y a près de 60 ans, l'usage potentiel de l'arme atomique adhérait à la fois au souci d'indépendance nationale chère au général et à la menace d'alors, sous la forme d'une confrontation Est-Ouest, Pacte de Varsovie - OTAN. Depuis, beaucoup d'eau est passée sous les ponts (et au-dessus avec des inondations plus fréquentes), la menace a largement évolué et nul ne sait si un président de la République française prendrait la responsabilité d'engager le feu nucléaire - tactique ou stratégique - pour contrer une attaque classique. Quand on voit les polémiques politico-médiatiques qui s'engagent quand une frappe aérienne "chirurgicale" provoque quelques pertes collatérales, il est facile d'imaginer l'hystérie qu'il y aurait à évoquer l'éventualité d'une destruction massive "préventive". Or cette dissuasion a un coût non négligeable pour les finances publiques et dans le budget global de Défense. Ce sujet devrait être posé, ne serait-ce que pour actualiser la doctrine d'emploi de l'arme atomique ; ce n'est pas le cas.

Plus généralement, la Défense, c'est tout ce qui concourt à la protection militaire de la nation et de ses intérêts, en tous lieux et en tous temps. On aborde là un domaine à géométrie variable, où le subjectif et l'histoire le disputent à l'objectivité dans l'assignation des missions. En cela, c'est une façon de défendre des priorités économiques - notamment en ce qui concerne ses sources d'approvisionnement en matières premières - tout en donnant un certain poids à sa politique diplomatique (quand il y a une ligne bien définie, ce qui n'est plus guère le cas depuis des années !). On aborde là la question des forces de projection extérieure et l'entretien de bases militaires permanentes dans des Etats tiers, sur le continent africain. Vestige d'un passé colonial pour les uns, indispensable élément de coopération pour les autres, cette présence devrait a minima faire l'objet d'une réflexion car elle donne matière à alimenter les rumeurs de conspiration dans des régimes démocratiques toujours fragiles, voire contestés par une opposition politico-religieuse active. Quant à la capacité de projection des forces, la doctrine mériterait d'être consolidée par une mise à disposition de moyens adaptés, en personnel et en matériel, ce qui n'est toujours pas le cas dans une armée trop habituée à satisfaire sa hiérarchie par sa débrouillardise sur le terrain. Bien connue des soldats en opération, le concept de "bite et de couteau" a la vie dure. 

Mais la Défense française, c'est surtout une relation incestueuse avec le complexe militaro-industriel national/local pour lequel elle sert à la fois de vitrine, de banc d'essai et de débouché plus ou moins naturel. On touche là aux questions économiques, à l'équilibre de notre balance commerciale et à la préservation de l'emploi dans un pays socialement impacté par un chômage de masse endémique. Pour faire simple, la Défense française se rénove, non en fonction de ses besoins objectifs face à une pluralité identifiée de menaces à court, moyen et long terme, mais en raison d'arbitrages subjectifs reposant sur deux piliers principaux : contenter des états-majors qui jouent à fond la compétition en interne pour se voir offrir des joujous dernier cri au détriment de la stratégie globale de défense ; satisfaire actionnaires et industriels en offrant, quoi qu'il en coûte, des débouchés à leur production.

Chacun le sait, il ne peut y avoir de commande au profit de l'armée de Terre sans qu'il y ait un geste de fait à la Royale ou à l'armée de l'Air : chaque état-major prêche pour sa paroisse et rue dans les brancarts dès qu'il s'estime lésé par les arbitrages budgétaires d'investissement. Cela serait respectable si cette jalouse défense de pré carré ne produisait pas des effets pervers, comme la commande de matériels coûteux, inadaptés aux missions mais flatteurs pour l'ego de nos généraux et très lucratifs pour les industries concernées. Ainsi du porte-aéronef Charles de Gaulle, dont la commande et l'emploi n'a aucun sens, dès lors qu'il a vocation à rester unique ! Ainsi du char Leclerc et de notre dernier hélicoptère de combat, merveilles technologiques certes, mais inadaptées à leurs théâtres d'emploi. Ainsi du Rafale, avion conçu pour tout faire, ce qui limite de facto ses performances dans les domaines spécifiques d'emploi - suprématie aérienne, attaque au sol.....

Tous les candidats à la présidentielle s'accordent à passer le budget de la Défense à 2% du PIB. Pour autant, aucun n'a une vision stratégique d'emploi des forces et une volonté de recalibrer armées et industries de Défense pour les adapter aux missions, actuelles et prévisibles, de protection de la nation. Comme pour l'Education Nationale, il y a fort à parier que des milliards d'euros seront gaspillés ces prochaines années sans que l'opérationnalité des forces soient renforcée, voire préservée. Dans un monde de plus en plus instable et hostile, c'est une erreur ; ne pas en débattre, une faute. Et un vrai problème qui osbcurcit notre avenir.   

 

  

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La grippe est un virus potentiellement mortel, la connerie aussi

La France fait face à une épidémie de grippe, dont la souche est plus particulièrement active sur les personnes âgées et celles présentant des problèmes respiratoires graves. Cela fait la une des journaux et comme toujours dans notre pays, cela suscite un début de polémique aux contours politico-médiatiques. Mais comme souvent, il s'agit surtout d'une tempête dans un verre d'eau.

Alors oui, les services d'urgence sont actuellement débordés ; mais un passage dans ces services en dehors d'un pic épidémique vous convaincrait que cette situation est, en réalité, le lot quotidien des hôpitaux français, surtout depuis que la médécine générale, dite de ville, n'assume plus aucune prise de risque quant au diagnotic et à la prise en charge de la "bobologie".

Comme les secours en mer ou en haute montagne, comme pour une intervention des pompiers, les Urgences, c'est d'abord pas cher... puisque ça ne coûte rien au patient (sauf du temps perdu à attendre face aux vrais cas prioritaires) - au contraire d'une intervention SOS-Médecin. Les Urgences, c'est aussi bien pratique puisque c'est ouvert 24h/24 week-end compris, avec parking à proximité. Et enfin les Urgences, c'est la solution de facilité, au lieu de galérer à trouver les permanences de garde, quand elles existent.

En fait, les services d'urgence sont au médical ce que les priorités sont au politique, un fourre-tout dans lequel on mélange le principal et l'accessoire jusqu'à vider la mission principale de sa raison d'être. C'est un problème socio-culturel bien plus qu'une question structurelle et ce sujet de fonc mérite bien mieux que des querelles politiciennes et corporatistes, sur fond d'enveloppe budgétaire, de privatisation des soins et d'assurance maladie.

Je me souviens d'une époque pas si lointaine où le médecin de ville vous incisait, vous recousait, vous soulageait des "bobologies" accidentelles ou aigues, rien qu'un petit coup de bistouri ou un point d'aiguille ne pouvait raisonnablement résoudre à moindre frais et à moindre mal. Ce genre de soin se pratique encore de nos jours dans les campagnes reculées. A ce propos, si vous ne l'avez pas encore vu, je vous recommande ce film "Médecin de campagne" avec François Cluzet qui évoque justement le gouffre qui sépare, dans la pratique, le quotidien d'un médecin rural et le travail en cabinet urbain. Car dans les villes, la médecine se pratique souvent à heures fixes, avec des règles d'assurance et un champ d'intervention très restrictif, avec une nécessité accrue de productivité, ou quand, par la force des choses, le patient devient une sorte de client, voire un abonné.

Mais revenons au sujet de la grippe tel qu'il est traité dans les médias : la grippe est une infection mortelle, moins directement que par l'affaiblissement du système immunitaire qu'elle provoque, mais dans notre société, il est désormais comme "interdit de mourir", même quand on a 90 ans ! On parle de "mort évitable", de "sur-mortalité intolérable", de "crise sanitaire grave". Mais de qui se moque-t-on ? La seule chose qui soit sûre dans le phénomène de la vie, c'est la mort ! La mort n'est pas une erreur ou une faute, c'est un processus inéluctable qui, dans un monde parfait, interviendra à un âge avancé de la vie. Que l'on soit révolté par la mort des enfants, des jeunes et autres populations dans "la force de l'âge", cela a du sens ; mais là, franchement !! Faut-il le rappeler ? Comme pour toutes les parties du corps humain, avec l'âge, le système immunitaire fonctionne de moins en moins bien, avec moins de réactivité et d'efficacité au point d'ailleurs que les vaccinations anti-grippales par exemple ne garantissent une réelle protection qu'à moins de 45% des séniors à partir de 80 ans ! Arrêtons donc de pousser des cris d'orfraie quand un centenaire décède d'une maladie comme la grippe ! C'est toujours triste pour la famille et les proches, d'accord, mais cela n'est pas un sujet médical, sanitaire, social ou politique ! 

La question de la vaccination est d'ailleurs fort amusante : les professionnels de santé, médecins, infirmiers... présentent un taux de vaccination contre le virus de la grippe bien inférieur à 50%. Ils sont pourtant les premiers vecteurs potentiels du virus, et, en tous les cas, les premiers exposés ; cela ne les empêche pas de militer pour la vaccination. Cela rappelle ce vieux (?) cliché du médecin face à son patient, lui faisant la leçon sur la dangerosité du tabac, avant d'aller se griller une cigarette ! Les français se vaccineraient sans doute plus si le bon exemple était donné par ceux d'en haut. En France, sur ce sujet comme sur bien d'autres, c'est très rarement le cas, et c'est bien là le problème.

 

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13 janvier 2017

Donald Trump, ou la nouvelle guerre civile américaine

C'est la guerre. Les Etats-Unis d'Amérique sont en guerre et nous ne le savions pas encore. Une guerre ouverte, loin de ce Moyen-Orient agité où ils sont engagés sur deux fronts, en Irak et en Syrie. Une guerre interne, comme Washington sait en avoir le secret. L'affaire Trump, "sex-tape à Moscou", serait risible en l'état, si elle ne traduisait pas les dysfonctionnements qui ne vont pas manquer de s'opérer tout au long de la présidence du milliardaire new-yorkais. Et il faudra s'y habituer à la manière des BD pour enfants comme "Martine à..." ou "Caroline à " des années 60/70 : il y aura régulièrement des "Donald contre...", "Donald face à..."... Mais au fait, comment peut-on devenir président de la première puissance mondiale avec le prénom du célèbre canard de Walt Disney ?!

Plus sérieusement, dans son ascension vers le pouvoir suprême, Donald Trump  a joué outrageusement la carte du "seul contre tous", seul contre le parti Républicain, seul contre les médias, seul contre l'intelligentsia et le monde de la culture, seul contre l'establishment, seul contre les institutions en place. Il n'est, dès lors, pas étonnant qu'il subisse le contre-coup de sa tactique, avant même d'avoir été officiellement investi. A se demander d'ailleurs, comme la question se posât avec l'élection d'Obama en 2008, s'il va vraiment pouvoir faire ses quatre années à la Maison Blanche.

Car c'est une chose de se mettre à dos la presse et les intellectuels - nous avons connu ça en France sous le quinquennat Sarkozy - c'est un tout autre problème que d'avoir contre soi le monde des grandes agences fédérales du renseignement et de la sécurité, CIA, NSA et FBI notamment. Depuis le règne de M. Hoover, alias monsieur dossiers compromettants, tous les hôtes de la Maison Blanche, de même que tous ceux qui rêvent d'une grande carrière politique, savent qu'il est contre-productif de s'aliéner ce cinquième pouvoir occulte. Si celui-ci ne fait pas les rois, il peut exercer un terrible et désatreux pouvoir de nuisance, voire être suspecté de mesures radicales à l'encontre d''un empêcheur de tourner en rond.

La fuite orchestrée de cette "note confidentielle" n'est qu'un coup de semonce de la part de ces grands chefs du renseignement qui veulent ainsi marquer leurs prérogatives, défendre leur pré carré et tancer cet outrecuidant qui ose publiquement affirmer ne pas prendre pour argent comptant la teneur des informations collectées par leurs agents. Déjà Donald Trump avait agacé ce petit (enfin pas si petit que ça en l'occurrence !) monde du secret américain en rompant avec le cérémonial des briefings quotidiens du petit matin, partant du principe que "s'il n'y a rien de nouveau, il n'y a pas besoin de redire ce que l'on sait déjà". Il n'y a pas à dire, une logique de businessman dans le monde des grandes oreilles et des barbouzes, cela crée d'emblée une certaine incompréhension. Un tel manque de respect pour l'institution du secret, suivi d'un semi-désaveu "tweetanesque" relatif à l'implication de la Russie dans les cyber-attaques du camp démocrate, il n'en fallait pas davantage pour déclencher les représailles sous la forme d'une rumeur collectée par un ex-agent britannique selon des sources restées anonymes.

Pour comprendre ce qui se passe en coulisse, il faut d'abord se rendre compte que Donald Trump ne fait pas partie du sérail. Certes, il est un membre de l'establishment américain, mais côté entrepreunarial et new-yorkais, bien loin de Washington et des grands cabinets d'avocat pourvoyeurs de membres du congrès et de gouverneurs. Certes, les nominations pour constituer son équipe démontrent qu'il s'entoure de ceux qui ont leur place réservée autour de ces "tables qu'il disait vouloir renverser", notamment quelques milliardaires comme lui, mais il s'adjoint aussi des iconoclastes, vu du Capitole et des grandes institutions fédérales, qu'il s'agisse de membres de sa famille ou des professionnel en rupture avec leur corps d'origine. En cela, Donald Trump donne l'impression qu'il ne fera pas l'effort que d'aucuns attendent de lui de se ranger dans le moule présidentiel, c'est-à-dire d'intégrer dans son pool tous ceux qui, normalement, hantent les postes-clés de l'administration, qu'elle soit républicaine ou démocrate. Avec Trump, il se pourrait que certaines vieilles fraternités universitaires, certains cercles d'initiés habitués à faire la pluie et le beau temps dans la capitale fédérale, aient un accès plus restreint aux manettes du pouvoir. Et cela dérange.

Ainsi, les directeurs des grandes agences fédérales admettent volontiers qu'un de leurs pairs les remplacent, comme c'est la coutume en cas d'alternance politique ; en revanche ils ne peuvent accepter de céder leur place à un non-initié, ce qui leur pend au nez, compte tenu de la défiance (légitime) du président élu face à ces hauts fonctionnaires fédéraux qui n'ont jamais soutenu sa candidature, quand ils ne l'ont pas ouvertement combattue ! 

Paria issu d'une branche peu respectable de l'establishment américain, Donald Trump est un acteur de sa propre télé-réalité et un afficionado des réseaux sociaux ; on comprend alors qu'il hérisse le monde secret du renseignement et que les quatre prochaines années risquent d'être fort longues pour tout le monde. Et c'est bien là le problème.  

 

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12 janvier 2017

Un nom d'assurance-vie, symbole d'une mort assurée de l'enseignement français

Prédicat... Quand mon oreille distraite a perçu ce mot au journal télévisé de France 2 ce mercredi soir, j'ai d'abord pensé que s'ouvrait la page économique, avec la présentation d'un nouveau support d'assurance-vie. Puis j'ai saisi qu'il s'agissait en réalité d'un sujet sur l'école, et plus précisément d'une énième réforme de la grammaire à l'intention des classes du primaire. 

Disons-le tout net : je n'ai pas tout compris et je veux bien croire que je n'ai sans doute pas saisi toute la quintessence de cette modification qui renvoie donc le COD, complément d'objet direct, à une étude ultérieure, en l'occurrence en classe de 5ème. Mais cela dit en passant par quelqu'un qui aime respecter une certaine logique : soit le COD a une raison d'être, une fonction grammaticale répondant par construction à une logique (justement !) dans la compréhension d'une phrase, et je ne vois pas pourquoi son enseignement serait ainsi décalé dans le temps ; soit cette "antiquité" ne sert effectivement plus à rien (mais pourquoi maintenant et pas avant ?!), et alors je ne vois pas la raison pour laquelle il faudrait revenir dessus après quelques années d'apprentissage de la langue française : si on a pu faire sans du cours préparatoire à la sixième, à quoi bon en parler après ?! Qu'il est grand le mystère généré par nos illustres pédagogues contemporains !

Par ailleurs, j'aurais aimé que l'inventeur de cette innovation explique comment les élèves allaient maintenant se débrouiller, sans cette notion de COD, quand il s'agira pour eux d'accorder les participes passés, selon la bonne vieille règle avec l'auxiliaire avoir : "si le COD est placé devant le verbe, le participe s'accorde en genre et nombre avec lui". A moins que la réforme du prédicat ait aussi supprimé les accords verbaux ?!

Dans une société où la réflexion humaine tend désormais à se limiter aux 140 signes de Twitter et où le QI a déjà baissé de 4 points en quelques années, il ne faut sans doute plus s'étonner de rien. Mais quand même !

Le français est une langue vivante ; il est normal qu'elle évolue dans le temps et avec elle les méthodes de son apprentissage. Il n'y a rien de mal à vouloir introduire des simplifications, mais pas au prix d'un appauvrissement. Car elle reste le seul vecteur commun, par lequel les citoyens communiquent et s'informent : elle est donc le socle essentiel de notre perception et de notre compréhension du monde. Son enseignement se doit donc d'être rigoureux et exhaustif. Cette obsession à vouloir acculturer la jeunesse à un ersatz vernaculaire limité, en compliquant hier l'accès aux langues mortes pour couper la langue française de ses racines, en cherchant aujourd'hui à supprimer les difficultés d'apprentissage, témoigne d'une volonté de nivellement par le bas de l'enseignement.    

Chacun en a fait l'expérience : apprendre pontuellement une récitation prend du temps ; en apprendre une toute les semaines demande de moins en moins d'effort à mesure que les semaines passent. Car le cerveau est un muscle, qui a besoin d'être sollicité, activé, soumis à des exercices, et cela dès le plus jeune âge. Supprimer des règles, simplifier l'apprentissage à l'excès, se contenter d'une base minimale au lieu de chercher à tendre vers l'excellence dans la complexité, tout cela ne rend pas service aux jeunes générations. Bien au contraire, ce ronronnement intellectuel minimal éteint chez eux le goût de l'effort, la compréhension des règles, l'exigence d'une certaine discipline, tout ce que par ailleurs l'école en tant que structure est censée apporter dans la formation du jeune citoyen, par delà les apprentissages basiques et culturels.    

Et les parents, inquiets de ces dérives pédago-idéologiques, en ont pris conscience de ce danger, eux qui sont de plus en plus nombreux à faire le choix d'une école plus rigoureuse, plus exigeante que l'enseignement public en inscrivant leurs enfants dans le secteur privé. 

 

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