Il y a comme un problème...

23 janvier 2019

Macron : le côté obscur de sa stratégie 2019/2022

     Je ne sais s'il y a toujours "quelque chose de pouri au royaume du Danemark", mais en tout état de cause, il y a quelque chose d'extrêmement nocif en France pour la démocratie : l'absence de transparence, mère de tous les vices de la toile.

     Sans doute faut-il être suprêmement intelligent pour développer une stratégie qui vous amène à diriger un pays, et sans doute y a-t-il autour du pouvoir exécutif des cohortes de personnes encore plus douées pour servir ce maître exigeant qu'est le Président Jupitérien!? Pourtant, il semble bien qu'aucun de ces cerveaux magnifiques n'ait encore réalisé que la société française avait changé de millénaire, comme nombre de ses homologues des démocraties européennes, et que la présidence de la République ne pouvait plus faire les choses à la manière de cet Ancien monde, paraît-il révolu.

     Que le pouvoir en place craigne la voix du peuple, cela s'entend ; qu'il estime que ce "bon peuple" est trop stupide de comprendre les enjeux internationaux et l'intérêt fondamental des traités et autres accords politiques ou commerciaux, cela fait mal à mon idée de la démocratie, mais admettons : après tout, parfois les intérêts de la France ne sont pas, à court terme, ceux des français. Le général De Gaulle l'avait bien compris, lui qui, pour coller à une certaine idée qu'il avait de la grandeur et des devoirs de la France, avait pu, à certaines occasions, privilégier le pays à la nation (ou une partie de la nation. Mais que l'exécutif se méfie à ce point de la représentation nationale, au sein de laquelle il dispose pourtant d'une confortable majorité au Parlement ne cesse de m'interpeler. 

     Qu'il s'agisse du fameux Pacte de Marrakech ou du nouveau traité franco-allemand, il est sidérant de constater qu'aucun débat n'a été tenu à l'Assemblée nationale pour discuter du sujet avant que la France n'appose officiellement sa signature. Que cette information au pouvoir législatif ait lieu a posteriori est, en soi, un pied de nez fait au peuple, par l'intermédiaire de ses représentants ! "J'ai décidé seul, j'ai signé seul et maintenant vous pouvez en causer entre vous, mais naturellement vous vous abstiendrez de ne pas ratifier mon accord de manière formelle car cela serait considéré par moi comme un crime de lèse-majesté". Tel est le discours de l'exécutif aujourd'hui, comme il fut celui des présidents précédents, certes, mais les temps ont changé, vraiment changé !

     Aujourd'hui, il y a les réseaux sociaux, aujourd'hui il y a la veille Internet, aujourd'hui il y a des chaînes d'information qui tournent en boucle sur le bout d'os qu'elles ont trouvé à rogner ! Faire mine de laisser les citoyens de côté, directement par une totale absence de communication ad hoc, et indirectement en empêchant tout débat dans les enceintes démocratiques prévues à cet effet, ne peut que faire le lit des fake news, des manipulations et de la désinformation à grande échelle.

     Les rumeurs, les fausses informations, et les informations orientées ont toujours fait partie du jeu sociétal et politique. Sauf que les nouveaux moyens de communication ont amplifié le phénomène, jusqu'à saturer l'information factuelle et discréditer gravement la parole publique, quand, enfin, elle s'exprime sur le sujet.

     Est-ce une stratégie établie sciemment ? Mais alors il est légitime de se demander à quelles fins obscures ! Est-ce simplement un travers de nos gouvernants, convaincus d'avoir raison sur tout, de ne douter jamais de rien ? Est-ce une incapacité à lire le monde d'aujourd'hui, engoncés qu'ils sont dans les certitudes acquises de longue date sur les bancs de leurs écoles pour élite ? Le fait est qu'à chaque fois, le ressenti populaire est désastreux, et que cela met un peu plus en péril le concept même de démocratie représentative.

     Commentateurs éclairés (si tant est qu'ils aient vraiment lu les textes en question, et non une fiche de lecture) et masse médiatique, donneuse de leçon à trop vouloir se montrer pédagogue, auront beau vous dire que ces traités sont symboliques, qu'ils ne changeront rien à la présente situation et que les éventuelles avancées sont positives pour le pays et son avenir, le citoyen lamba, pour ne pas parler du français déjà excédé, gardera en lui l'impression que si tel était le cas, il n'y aurait eu aucune raison de ne pas en avoir débattu en toute transparence, de ne pas en avoir parlé, de ne pas avoir communiqué en amont de la signature présidentielle. Le peuple a le bon sens chevillé au corps (électoral ?) ; à l'évidence, ce n'est pas le cas de cet exécutif-ci.

     Si l'intention de Macron, l'européiste fédéral, était de donner des armes à sa meilleure ennemie populiste du Rassemblement national, il ne s'y prendrait pas autrement. Manifestement il joue déjà la présidentielle de 2022 : fort de son socle centriste, plus de droite que de gauche, il doit estimer qu'il sera, quoi qu'il arrive au second tour et que, comme en 2017, le scrutin repassera les plats et qu'il battra à nouveau Marine Le Pen sans coup férir. Il se peut que son rêve personnel se transforme en cauchemar pour la France. Et là, c'est un gros problème !

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22 janvier 2019

La révolte des classes moyennes : la financiarisation en accusation

     La crise des Gilets jaunes a révélé au grand jour le malaise des classes moyennes, celles qui, habituellement, ne s'expriment jamais dans la rue et ne font pas de vague, pour reprendre un hashtag récent. Les petits retraités, comme on dit, et les femmes en charge d'un foyer monoparental, ainsi que les professionnels précarisés par la mondialisation et par le problème des travailleurs détachés, sont sortis de leur réserve naturelle, à force de désespérance et d'un profond sentiment d'injustice. Même s'il y en a, les cortèges du samedi ne sont pas constitués par des réserves de chômeurs. Cette crise qui,malgré sa durée, malgré les gênes occasionnées, malgré les violences et la casse, trouve un écho favorable dans un noyau dur, estimé autour de 20% des citoyens, et une sympathie, à hauteur de 30 autres pour cent, est celle de cette France qui bosse ( ou a bossé durement) et qui n'y arrive pas ! La désindexation des retraites et des prestations sociales a aspiré "les modestes, les gens de peu" vers le bas, tandis que l'accroissement des taxes et l'inflation n'en finissaient plus de gréver leur maigre budget. Cette révolte est un cri, celui d'une dignité que la financiarisation de l'économie a piétiné sans vergogne.

     Au moment où Oxfam et Attac sortent leurs rapports sur ces inégalités qui se creusent entre les plus riches et les plus pauvres dans le monde et en France, il n'est pas inutile de réfléchir à une plus juste répartition de la richesse produite. Car que nous révèlent ces rapports, sinon que la grande crise financière de 2008, causée par la rapacité sans fin de banques, principalement américaines, a été largement épongée par le petit peuple, au prix d'un surendettement budgétaire national, qu'il lui faut aujourd'hui rembourser, en même temps qu'elle contribuait in fine à rendre les grands financiers et les acteurs majeurs de la nouvelle économie encore plus riches !? 

     La redistribution ne fonctionne pas, pas plus que le fameux ruissellement théorisé par Emmanuel Macron dans sa philosophie du premier de cordée. Au contraire, preuve est faite que ce système se nourrit de la précarisation des classes moyennes, des délocalisations et de la distribution de dividendes indécents, justifiés à l'aune des intéressements immédiats à deux chiffres. 

     Lancés dans une compétition biaisée par les quasi-monopoles et les grands groupes mondialisés, les Etats sont piégés, et leurs gouvernements impuissants à remettre la politique au centre décisionnaire. Rendez-vous compte que Google pourra traîner des Etats européens devant les tribunaux américains dont on sait pertinemment qu'ils n'ont d'indépendants que l'appellation, alors que le gouvernement d'un Etat démocratique est incapable de le sanctionner autrement que symboliquement !

     Les révoltes grondent de partout en Europe, elles vont éclater. Puisque personne ne semble se soucier de les protéger de ce monde qui accorde des primes aux destructeurs d'emploi et aux profiteurs de subventions, les classes moyennes n'ont d'autre choix que de se lever et de renverser la table. Alors forcément, cela fait le jeu des populismes, des nationalismes et du repli sur soi, mais à qui la faute ?

     Pourtant, une solution pourrait être envisagée : instaurer une fiscalité sociétale et environnementale couplée à la fiscalité des entreprises, avec un système de bonus-malus afin de récompenser les acteurs économiques vertueux et sanctionner au portefeuille les déviants et les profiteurs. Avec un taux ramené à une moyenne européenne - autour de 20-22% - cette fiscalité thématique prendrait en compte tout ce qui, aujourd'hui, concourt à la désindustrialisation massive des économies européennes ou au rapatriement des emplois sur le sol national, ainsi qu'aux efforts liés à l'environnement. Toutes les entreprises ayant un siège ou une filiale en France seraient comptables des subventions reçues et des transferts financiers ou des restructurations amenant à des licenciements massifs, des délocalisations partielles ou des fermetures de site : remboursement immédiat de toutes les aides perçues sur les cinq dernières années ; dépollution obligatoire des sites industriels gelés, laissés dans un état de quasi abandon alors que leurs effets nocifs se feront ressentir pendant des années ! Les sanctions et les menaces ne manquent pas, de même que les encouragements à se montrer socialement et écologiquement responsable !

     Il faut bien se rendre compte qu'une délocalisation vers un pays en voie de développement ou à fiscalité quasi nulle, ce n'est pas seulement du chômage direct et induit pour le pays perdant, mais c'est aussi, par exemple, une empreinte carbone beaucoup plus élevée pour les produits réimportés plus importante ! On pourrait aussi interdire d'importation tous les services et produits émanant des sociétés les plus problématiques, au titre de la sécurité (économique) nationale, à l'instar de ce que pratiquent allègrement les Etats-Unis d'Amérique. Ces derniers le font sans vergogne sous ce prétexte fallacieux ! Qu'attend-on pour rendre la monnaie de leur pièce à ce géant grevé de dettes qui protègent ses monopoles malgré la loi anti-trust ? 

     Sans un signal fort envoyé aux partenaires européens et au Monde, ici et maintenant, la France sera irrémédiablement condamnée au déclassement et sa classe moyenne renvoyée à la pauvreté. Le pays fournira, encore pour un temps, les grands noms amércains et mondiaux de la nouvelle économie et des secteurs de recherche en ingénieurs éduqués et formés, quasi gratuitement, dans les universités et grandes écoles du pays, avant que le système éducatif global (>11% du budget national) ne soit plus finançable. Et puis il finira en gigantesque Disneyland pour touristes en mal de châteaux, de musées et d'histoires vivantes des terroirs. Est-ce la vision Macronienne pour notre pays ? A priori oui, vu l'enthousiasme suscité par le record de touristes enregistré en 2018 et les attentes pour 2020 (100 millions de visiteurs). Petit bémol : sont comptabilisés dans cette statistique des personnes qui ne font que transiter dans le pays, lors de grandes transhumances estivales, depuis la Belgique vers le Maghreb ou depuis le nord de l'Europe vers l'Espagne, l'Italie notamment. Et si l'on prend aussi en compte les chauffeurs routiers de l'Europe centrale qui sillonnent nos routes tous les jours !

 

Avant de finir, j'aimerais bien que quelqu'un m'explique, car il y a une chose que je n'ai jamais comprise : en France la recherche médicale est financée pour partie par un appel aux dons, largement médiatisé à grands renforts de chaînes publiques, qu'il s'agisse des recherches sur le cancer, le sida, les maladies génétiques etc... Mais que se passe-t-il quand une recherche aboutit, quand une équipe ainsi financée trouve un traitement ? Est-il distribué à prix coûtant aux malades ayant contribué à son financement, à défaut de l'être à tous les citoyens ? Qu'il s'agisse de l'argent public et de l'argent du public, il ne semble y avoir aucun "retour sur investissement", pour ce que j'en sais ! En revanche, les laboratoires n'hésitent pas à faire payer à la Sécurité sociale des tarifs extravagants pour ces traitements, des prix qu'ils justifient par le coût de ces mêmes recherches, auxquelles ils sont peu ou prou associés ! 

 

 

 

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21 janvier 2019

Le nouveau tour de piste d'un artiste

     Il y est finalement revenu, sur les planches, cet éternel comédien d'Amiens qui restera, sans doute à jamais, le plus jeune président de la Cinquième République. Revoilà le showman dans sa prestation favorite, seul face à une foule... mais pas n'importe laquelle, une foule choisie qu'il sait pouvoir apprivoiser, parce que, c'est indéniable, l'homme a du talent !.

     Durant la campagne de 2016/2017, celui qui avait un problème pour poser sa voix dans des arènes surdimensionnées faisait néanmoins le spectacle, à guichet fermé, dans une salle qui n'attendait, qui n'espérait finalement qu'une chose : être conquise et emballée par ce produit marketing si bien emballé que les médias en oubliaient totalement son étroite implication dans le quinquennat finissant ! Et c'est peu de dire que la fougue et l'énergie de cet inépuisable "jeune homme de la politique" produisait l'effet escompté. Ses paroles étaient belles et flatteuses, ses élans d'enthousiasme, communicatifs ! La vague était lancée et nous savons ce qu'il advint, du fait des circonstances politico-judiciaires de son principal adversaire.

     Après dix-huit mois d'une présidence qui se voulait Jupitérienne, au cours desquels les couacs made in Hollande (François, pas le pays !) furent remplacés par ses petites phrases assassines et des erreurs de management, graves et répétées au coeur du pouvoir élyséen (c'est fou le nombre de communicants qui se seront succédés auprès du Président durant cette courte période !), le comédien Macron refait chauffer la salle pour un second tour de piste, avec un public policé, sinon poli, à défaut d'être totalement partisan de l'homme ou de son programme.

     En ce mois de janvier 2019 comme en janvier 2017, le chef de file LREM, en route pour une élection, présidentielle hier, européenne demain, adopte les postures qui ont fait son succès : il "écoute", il "prend des notes", il tombe la chemise (en Occitanie il ne pouvait pas ne pas rendre un hommage au groupe local qui "tombait, tombait la chemise"! voici des annees aux premières places du top 50 !) et surtout il parle. Il parle avec ce ton consensuel qu'il affectionne ; il parle encore, en se voulant pédagogue ; il parle toujours, quitte à s'emmêler parfois dans ce "en même temps" qui se veut rassembleur mais qui, à l'usage de sa gouvernance, a creusé les divisions dans la société.

     Je ne doute pas que cette communication léchée de reconquête produise son effet, dans les sondages d'opinion et au sein d'un électorat de droite modérée. Manifestement, les pistes déjà tracées, alors même que les débats citoyens ont à peine démarré, sont faites pour séduire les partisans des Juppé, Raffarin et consorts, puisqu'elles reprennent tout ou partie de mesures ou de propositions UMP/LR (défiscalisation des heures supplémentaires, quotas d'immigration, loi anti-casseur...). 

     Mais une question se pose : qui a empêché l'habile troubadour de 2016/2017 de mettre en musique les belles paroles de son livre "Révolution" et de ses discours où il prônait l'horizontalité, l'écoute du peuple, la gouvernance au ras des préoccupations des français ?  Jamais cet homme-là n'aurait été la cible de la vindicte ad hominem des Gilets jaunes ! Mais surtout quelle raison y aurait-il à croire aujourd'hui ce même discours à l'identique que Jupiter a enterré sur l'esplanade du Louvre dès son entrée en fonction ?

     Même très talentueux, un artiste qui use des mêmes ficelles trop souvent et d'une manière trop évidente finit par lasser son public. A une époque où le zapping est la façon coutumière de consommer le divertissement, y compris politique, la pari de communication de Macron est périlleux, pour la poursuite de son mandat bien sûr, mais surtout pour la paix sociale des temps à venir.

 

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19 janvier 2019

Débat : la note orientée de Bercy est un mauvais signal

     N'étant pas en France actuellement, je ne suis pas en mesure d'apprécier par moi-même l'organisation locale du grand débat national et la qualité des échanges qui s'y tiennent. Mais grâce aux échos relayés par la presse, je pense m'en faire une première idée, pas trop éloignée de sa réalité, vue des terroirs.

     Si l'expression est effectivement libre, il faut bien voir que la bonne tenue des discussions tient d'abord à la qualité de l'animation : faire circuler le micro n'est pas chose aisée, canaliser les trop longs monologues ou les saillies politiciennes encore moins. Heureusement, la noble administration de Bercy a accouché d'un document - enfin plusieurs pour être exact, mais je n'ai pu avoir un aperçu que d'un seul - qui prouve la très grande efficacité des services du ministère de l'Economie,  et la jolie perversité dont elle a su faire preuve pour orienter le débat dans le sens esquissé par les gouvernances Sarkozy et Hollande et totalement assumé par la présidence Macron.

     Une première remarque : le document dont il est ici question est la feuille pédagogique éclairant les dépenses de l'Etat, la subtile réponse de Bercy à cette bretonne, chef de file des Gilets jaunes qui se demandait dans une vidéo postée sur les réseaux sociaux : "où va notre pognon, M. le Président ?" A première vue, les personnes qui viennent au débat ont un peu de mal à comprendre cette accumulation de chiffres, mais reconnaissons que le ministère aurait pu faire beaucoup plus compliqué, en l'occurrence. La présentation synthétique, rapportée à la somme de mille euros présente l'avantage d'éviter de parler en milliards à des personnes qui ont déjà du mal à s'imaginer la vie à hauteur de quelques dizaines de milliers d'euros !

     Une deuxième remarque : cette efficacité de Bercy à sortir les chiffres pour poser les débats ne peut que nous faire regretter ses manquements chroniques à piloter avec clairvoyance la politique économique - et donc industrielle - de la France : personne ne pourra contester l'extrême gravité des manquements de l'Etat, enregistrés ces dernières années, sur les dossiers de fusion et/ou de reprise de fleurons industriels nationaux et de grandes entreprises en difficulté, structurelle ou conjoncturelle. La soudaine accumulation de ces "erreurs" stratégiques, venant d'une administration rassemblant autant de grands cerveaux, pose tellement question que même la justice commence à s'intéresser à certains arbitrages pro-américains, dont deux notamment mettent au centre de l'équation l'ancien secrétaire général puis ministre de François Hollande, un certain Emmanuel Macron, et certains de ses proches collaborateurs d'alors, ou de maintenant. Je me rappelle d'ailleurs fort bien le court échange - tendu - qui opposa, lors du seul débat télévisé des candidats de 2017, le futur président et Nicolas Dupont-Aignan sur les conditions de reprise d'Alsthom, et le mensonge alors proféré sur Emmanuel Macron afin de minimiser son implication réelle dans ce dossier, alors qu'une commission parlementaire finira par démonter son travail de sape dans le dos du président Hollande lui-même, et de ses ministres en charge de la question dès 2012/13,

     Cela étant précisé, revenons au contenu de ladite feuille de route financière. Chacun sait combien un individu, parfaitement équilibré par ailleurs,  peut révéler des tendances schizophréniques (bien qu'en réalité ce terme employé dans le langage courant soit impropre, médicalement parlant). Dans le monde merveilleux du citoyen, il faudrait plus de services publics de proximité, plus d'aides publiques à la personne et moins de taxes. Autant dire que la problématique tient de la quadrature du cercle ! Et même si l'on peut comprendre en réalité un besoin de "mieux" dans les services publics, la nécessité d'une aide "mieux ciblée, "plus spécialisée ou spécifique", il reste que le sentiment de surpression fiscale exige qu'on ouvre les vannes pour purger les circuits, à défaut de quoi la nation pourrait exploser. Or que faut-il comprendre de ce chef d'oeuvre orienté de l'administration gouvernementale ? Qu'il est aussi populiste qu'illusoire de prétendre à réaliser des économies là où les pourcentages sont les plus faibles et que si un coup de rabot y était pourtant envisagé, le copeau d'économie obtenu ne réglerait en rien le problème de fond. 

     Quel citoyen lambda aurait à coeur de rogner sur les 6% alloués aux services régaliens alors que les problèmes défense-sécurité-justice lui sont parfaitement connus ?! Toucherait-il plus au socle républicain, garant de l'avenir des jeunes générations, que représentent l'Education et la Recherche ? Il aurait forcément plus de facilité à racler sur le budget des Administrations publiques et des Dépenses sectionnelles, mais à y regarder en détail, "les routes, les déchets c'est important mon bon monsieur !"

     Là où de substantielles économies sont possibles, c'est forcément là où on dépense le plus actuellement. Lapalissade était un gentilhomme français, et sa logique est imparable. C'est donc sur le volet "Protection sociale" qui représente 57.5% des dépenses publiques qu'il faut faire porter l'effort de baisse ! Et cela tombe bien puisque nous sommes là dans le créneau ultra-libéral qui sous-tend la philosophie économique de la Macronie : fin progressive de la retraite par répartition au profit de la capitalisation (miam-miam se disent assureurs et fonds de pension, français et américains !) ; désengagement progressif de la part Sécurite sociale sur le remboursement des soins et des médicaments (miam-miam disent encore les gros assureurs et leurs filiales mutualistes !) ; révision de l'allocation chômage sur la base de radiations plus faciles puisqu'il serait anormal qu'un ingénieur valant 3.000 euros sur son ancien poste refuse trois fois un job de magasinier à 1.500 euros situé à 40km de chez lui ! Un diplômé d'horticulture peut bien faire serveur ou débiteur de Kebab au coin de la rue, pour l'hôte de l'Elysée !

    Si l'orientation du débat consiste en réalité à avaliser les projets de l'ultra-libéralisme contenus dans les cartons de Bercy, il n'est pas sûr que le bon peuple qui aura cautionné par sa présence les réunions s'y retrouve vraiment ! Attention à l'atterrissage de ce débat, censé apaiser les tensions ! 

    Redéfinir les missions de l'Etat, ouvrir de nouvelles délégations de service public au privé, suffisamment encadrées pour que le coût global négocié dégage réellement des économies (et non offrir des quasi monopoles à des amis fortunés détenteurs de grands groupes économiques !), adopter un guichet unique pour ce qui est des aides et des allocations aujourd'hui éclatées entre l'Etat et les collectivités locales (région, département, commune), mettre fin aux doublons engendrés par le mille feuille administratif d'une décentralisation recentralisatrice, voilà le type de propositions chiffrées projectives que j'aurais aimé voir en complément du dit document,    

Sans doute faudra-t-il attendre encore un peu !

  

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17 janvier 2019

Brexit et Gilets jaunes : le risque référendaire

     La France est engluée dans une crise de confiance sociale (et donc politique), révélée au grand jour avec le mouvement des Gilets jaunes ; le Royaume-Uni n'en finit plus de jouer les prolongations avec son Brexit. Dans les deux cas, on peine à entrevoir une issue à court terme, tant les deux situations sont à la fois complexes et tendues. Et dans les deux cas, il est question d'un référendum de repli pour solder la crise, tel un lapin miraculeux qui sortirait du chapeau.

     Nombreux sont ceux qui, dans les deux camps opposés du Brexit, et de part et d'autre de la Manche, considèrent qu'un retour aux urnes référendaires serait un déni de démocratie. Réfuter le recours au vote populaire en taxant cette solution d'anti-démocratique a de quoi surprendre, mais l'argument s'entend. En effet, quel signal un Etat enverrait-il à ses citoyens si il faisait revoter à chaque fois que le résultat du scrutin ne lui plaît pas ? Ce serait un désastre, puisque cela traduirait effectivement la négation d'une volonté majoritaire, exprimée dans les urnes, par les gouvernants en place. C'est exactement ce qu'a fait le gouvernement français en tournant le dos au "non" sur le traité de Lisbonne de 2005, avec les conséquences que l'on sait sur le désamour et la crise de confiance entre le peuple et ses élus depuis lors ! Et qu'adviendrait-il si le résultat suivant était inversé ? Faudrait-il jouer une "belle", comme on dit au jeu de pétanque, pour départager définitivement le peuple sur le sujet ? Et quelles devraient être les conséquences politiques si, au contraire, le premier vote était revalidé par une majorité d'électeurs au second ?

     Les partisans du déni de démocratie ont raison sur le fond et dans l'intention ; mais ils ont tort sur le cas d'espèce qu'a été la grande fumisterie du référendum britannique de 2016. Car tout appel au vote populaire afin de trancher une question importante mérite un débat loyal, honnête et argumenté sur la base de faits, établissant clairement les enjeux, les causes et les conséquences du choix à venir. Or c'est peu de dire que les conditions de cette votation n'ont coché aucune des cases de l'honnêteté intellectuelle. La défense de ses convictions n'autorise pas de faire tout et n'importe quoi avec la vérité. Que de mensonges et que de contre-vérités, professées majoritairement par les partisans de la sortie de l'Union européenne, lesquels ont d'ailleurs reconnu, dès le lendemain des résultats, et les libertés prises avec les faits et la réalité, et l'absence de toute stratégie à mettre un programme cohérent en place dans le cadre du "Yes". Dans cette grande démocratie parlementaire, il est quand même hallucinant de constater que c'est une Première ministre partisanne du "Main" ("rester") qui est en charge de mettre en route un Brexit dont elle pense qu'il est une erreur funeste pour son pays ! Où sont-ils aujourd'hui les leaders tonitruants ayant appelé au Brexit ? Hier, Thérésa May a été humiliée par les parlementaires, mais aucun Conservateur Brexiteur, et aucun Travailliste n'entend prendre sa place pour autant !  

     L'exemple du Brexit est édifiant car tel est le grand danger qui guette toute consultation populaire et qui devrait donc nous interroger, en France, à l'heure où l'idée référendaire est dans tous les esprits : prendre une décision à l'aveugle, tolérer les sornettes et les discours éhontément malhonnêtes, intellectuellement et factuellement parlant, voilà ce qui représente en réalité le vrai déni de démocratie ! Sans un vrai débat, ouvert et instruit, le référendum n'est qu'un enfumage à gogo. Et même si les questions sont simples à comprendre et non orientées, la démocratie ne saurait véritablement s'exprimer dans les urnes sans une information complète, vérifiée et attestée par des intervenants indépendants. A l'heure des fake news, des rumeurs infondées et des manipulations d'opinion sur des réseaux sociaux, parfois relayés par la presse, c'est toute la question que posent le recours au référendum et le fonctionnement de la démocratie directe.

 

Petite précision pour finir : 

Vous l'aurez compris, mon propos n'est pas sur le Brexit en tant que tel. C'est un sujet qui n'appelle de ma part ni adhésion ni défiance puisqu'il concerne les habitants du Royaume-Uni. Mais je vous le dis tout net : je n'ai jamais compris pourquoi la France pompidolienne, puis giscardienne, avait encouragé, puis accepté, l'entrée, un pied dedans, un pied dehors, de cette Grande-Bretagne, tête de pont des intérêts américains, et dont la stratégie, en matière politique et économique, a toujours été de freiner des quatre fers le processus d'intégration européenne et de malmener le bon fonctionnement des institutions supranationales. En clair, cet Etat n'avait aucune qualité - et aucune envie réelle - à faire partie de la construction européenne ; un statut à la Norvégienne aurait amplement suffi ! Il faut se rappeler que c'est le gouvernement de Londres qui a exigé de l'Europe l'instauration de ces  règles de libre-échange débridé qui font de l'Union européenne la bonne poire de la mondialisation, en acceptant tout ce qui vient du dehors à bon compte (Etats-Unis, Chine, Inde...) , et en se refusant de négocier, pied à pied, les mêmes avantages en contrepartie sur la base de la philosophie économique anglo-saxonne. Aussi vous comprendrez que le départ britannique ne m'émeut pas plus que ça, même si je n'en ignore pas les conséquences à court et moyen terme pour l'économie française en cas de "No deal".    

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