Il y a comme un problème...

28 juin 2017

Election de de Rugy : bonus REM à un ambitieux sans parole

Elire une députée au perchoir de l'Assemblée pour la seule raison qu'elle aurait été une femme n'avait pas de sens. Mais dans une formation politique forte d'une parité exemplaire (48%) sur les bancs du palais Bourbon, il n'aurait pas dû être si compliqué de trouver quelques talents féminins pour assumer, avec assurance et fermeté, la présidence de l'Assemblée.

C'est aux actes que l'on peut juger de la pertinence d'une communication politique. Force est de constater que le mouvement d'Emmanuel Macron a perdu, hier, une belle occasion de renouveler la pratique politicienne dans les faits plus que dans la posture. Faut-il déjà en déduire que cette "révolution", si chère au candidat, tient du seul marketing politique ? Un mois pour juger, c'est un peu court, aussi c'est "en marchant" que nous irons lentement à cette conclusion, en espérant un sursaut de sa part.

Preuve a été faite hier que le procès médiatique de non-renouvellement visant les "vieux" partis, lestés par leur histoire machiste et leurs têtes d'affiche indéboulonables, était sinon injuste, du moins à relativiser, puisqu'un parti "neuf", sans cadre ou courant à satisfaire, n'est pas en mesure de bousculer codes et privilèges.

Qu'une telle occasion ait été perdue, dont acte. Mais que cette élection ait permis à l'ambitieux M. de Rugy d'atteindre son Nirvana parlementaire - en attendant son rêve jupitérien - voilà qui ne redore en rien ni l'institution qu'il va désormais incarner, ni la politique, au sens le plus noble du terme.

Qu'un homme politique doive ses mandats électifs à des jeux d'appareil plus qu'à sa personnalité, le cas n'est pas nouveau. S'il en est déjà à son troisième mandat législatif, ce n'est pas à la fibre écologiste des électeurs de Loire Atlantique qu'il le doit, mais bien à l'alliance du PS avec son allié écologiste (2007, 2012), puis à cette investiture REM obtenue au prix d'un reniement moral d'une belle exemplarité.

Car, faut-il le rappeler, M. de Rugy fut candidat à la primaire de la Belle Alliance Populaire ; il a signé un engagement à soutenir le vainqueur de ladite primaire, et face aux caméras, il a maintes fois renouvelé cette position, quand bien même les journalistes mettaient en relief les profondes divergences du programme des uns et des autres. Quel crédit de moralité peut-on accorder à un personnage politique qui renie parole et signature au lendemain même de sa défaite ? La réponse est aussi simple que brutale : aucun. Que n'aurait-on dit si cela avait été Valls ! Or Valls et Rugy, même exemplarité dans le reniement de la parole donnée, de l'engagement signé. 

Avec MM. Ferrand et de Rugy comme têtes d'affiche REM à l'Assemblée nationale, Emmanuel Macron vient de rater son test d'exemplarité vertueuse. En 2012 il faisait partie intégrante d'une équipe victorieuse qui prônait "le changement maintenant" : on a suffisamment payé pour constater ce qu'il en a été. Il est donc vraisemblable que la "révolution" annoncée et promise n'ait rien d'un rêve et d'une évolution, dans le bon sens pour la France du moins.

 

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23 juin 2017

Politique : le vrai pouvoir est ailleurs

Quel est le point le plus communément partagé par le personnel politique, de quelque bord que ce soit, et même de quelque pays démocratique que ce soit ? L'impuissance.

A l'heure où il est de bon ton de s'enorgueillir d'un "renouvellement" politique sans précédent sur les rangs de l'Assemblée nationale, à l'heure où la trop fameuse "société civile" - où les énarques sont pléthore, soit dit en passant - est censée hanter les couloirs du pouvoir exécutif et législatif, personne ne semble remarquer que, comme la vérité pour Fox Mulder, le vrai pouvoir est ailleurs. Ailleurs qu'au Palais Bourbon, ailleurs qu'au gouvernement.

Sinon, ce serait admettre que tous ceux qui se sont succédés depuis 1973, qui au Parlement, qui à la tête des ministères, qui à l'Elysée ou à Matignon, étaient trop stupides ou trop dogmatiques, insuffisamment formés, définitivement hors du coup pour régler les problèmes qui se posaient au pays au fur et à mesure que ceux-ci se présentaient à eux.

Cela serait reconnaître que la fameuse voie royale incarnée par ces grandes écoles où notre élite républicaine se formate (ENA, Sciences-Po...) ne produit que des billes, en terme de gestion publique ; et compte tenu de la composition de la Macronie au pouvoir aujourd'hui, cela reviendrait à dire qu'il serait illusoire d'attendre quelque effet positif que ce soit durant les cinq années à venir.

Car enfin, la conscience politique de la nation semble dépourvue de toute logique à refuser cette simple évidence que toute personnalité encartée au PS, LR, MoDem etc.. souhaite plus que tout satisfaire ses ambitions et réussir dans la carrière, ce qui, à un moment ou à un autre, est censé profiter à son camp et à son pays. Pour être longue et prospère, une carrière politique se doit d'être jalonnée de petits succès, susceptibles d'augurer quelques réussites sitôt l'échelon suivant gravi.

En théorie, toute personne dépendant du suffrage universel direct pour gagner son pain quotidien, ne peut pas se satisfaire des situations d'échec qui plantent éternellement la société. Parce que la grande lessiveuse électorale existe depuis toujours, parce que le "dégagisme" a déjà frappé dans l'histoire récente, n'en déplaise à Jean-Luc Mélenchon. 

L'intérêt égoïste d'un politicien aux affaires, c'est d'obtenir des résultats probants dans la politique qu'il met en oeuvre ; tout simplement parce qu'il sera le premier bénéficiaire de la réussite collective.

Force est de constater qu'en pratique, ce qui ressort à la fois de la gestion quotidienne des affaires publiques et des réponses apportées pour faire face aux grands défis du moment, c'est avant tout l'impression de la plus parfaite des impuissances à agir sur les évènements et sur les faits.  

De quoi renforcer l'idée que le jeu politique n'est qu'un vaste théâtre d'ombres dans lequel les marionnettes gesticulent d'autant plus fort qu'elles ne savent produire que du vent. Les vrais décideurs sont ailleurs ; les grands mécanismes économiques sont actionnés par d'autres. Le concept n'est pas nouveau : pendant des siècles, le Japon a ainsi été gouverné par des empereurs, régents ou shoguns dits "retirés" qui exerçaient le vrai pouvoir en lieu et place des titulaires officiels de la charge. A la différence de cet exemple où tous les acteurs étaient néanmoins clairement identifiés, le monde du vrai pouvoir est occulte, ce qui fait sa force et mine la démocratie représentative.

Durant son ascension, au cours de sa campagne et désormais à la présidence, Emmanuel Macron s'est fait le chantre du volontarisme ambitieux, de l'optimisme gagnant. Soit parce qu'il possède les codes pour négocier avec ceux qui actionnent les bons leviers ; soit parce que, comme ses pairs de l'Enarchie, lui aussi vit aussi dans l'illusion d'un pouvoir régalien tout puissant.

Par delà la timide reprise économique et cet alignement, encore favorable, des planètes, si cher à François Hollande, les prochains mois seront riches d'enseignement sur le sujet. 

 

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19 juin 2017

La leçon des scrutins 2017

Que retenir de la séquence électorale de l'année 2017 ?

En premier lieu, que l'organisation des primaires, tel qu'importées des Etats-Unis, aboutit à ce phénomène paradoxal qu'un système de sélection, supposé démocratique, aboutit à détourner nombre d'électeurs des urnes. D'ailleurs, les médias s'en font rarement l'écho, mais les élections présidentielles américaines ne mobilisent jamais les foules dans les urnes, en dépit des budgets de propagande mis en oeuvre. En réalité, pour revenir à la France, les primaires ont cette caractéristique de lancer l'élection présidentielle, la "mère des batailles" électorales de la Ve République plus d'une année avant le scrutin officiel, et de révéler au grand jour les fractures internes comme autant d'écuries qui font coexister courants et ambitions personnelles ultimes, Avec la multiplication des vecteurs d'information, avec le jeu de la presse, clairement partisanne ou normalement généraliste, la politique et ses petits jeux tactiques occupent tout l'espace médiatique, bien loin des préoccupations premières, voire primaires, des citoyens, leur donnant ainsi l'impression d'une déconnexion avec le peuple. 

Pour autant, c'est vrai, ce spectacle intéresse les français, mais à la longue, il les lasse aussi, car c'est surtout la vanité des postures qui se font jour. Et si nous faisions un bilan de ces primaires citoyennes, nous constaterions qu'aucun vainqueur ne l'a finalement emporté, d'Eva Joly à Ségolène Royal, de François Fillon à Benoît Hamon, à l'exception du candidat improbable Hollande, mais de justesse et alors qu'il profitait d'une unanimité outrancière "Tout sauf Sarko", digne du meilleur barrage républicain érigé face aux Le Pen. La primaire ne fait pas que révéler les divisions internes, elle est l'occasion pour chacun d'évaluer ses forces et de peser sur le vainqueur de son camp, quitte à le "frondériser". Victoire à la Pyrrhus donc, qui fragilise au lieu de rassembler, qui attise au lieu d'apaiser, dans un scrutin à deux tours qui ne peut que nourrir l'effet bloc contre bloc. La primaire est une machine à perdre, un trou noir qui peut aller jusqu'à aspirer le parti qui l'a organisé.

Mais l'abstention record enregistrée lors de ces législatives n'est pas le seul fait de cette longue campagne, débutée avant l'été 2016, qui marquerait une profonde lassitude de l'électorat. Cela marque surtout le signe d'une grande démobilisation de tous ces électeurs de la présidentielle qui, pour diverses raisons, ne se sont pas retrouvés dans ce scrutin.

Il y a d'abord les moins politisés et/ou les plus sensés, estimant que la vox populi de la présidentielle doit être respectée et que le nouveau président doit pouvoir s'appuyer sur une majorité parlementaire stable. Ces "battus" du suffrage du mois d'avril-mai ne veulent pas encourager l'idée de revanche, ou tout choix qui risquerait de voir l'opposition présidentielle disposer du pouvoir législatif et bloquer le fonctionnement normal de nos institutions pendant toute une mandature. L'abstention est le choix assumé de "laisser sa chance" au nouveau président puisqu'il n'y a aucune raison valable pour sanctionner sa gestion ou une absence de résultats, après un seul mois aux affaires. A défaut d'être toujours sage et avisé, au moins le peuple français accepte-t-il la logique du fonctionnement républicain.   

Il y a aussi les vrais déçus de la présidentielle, moins dépités du résultat lui-même que du comportement, du positionnement ou du discours de leur camp durant la campagne et après la défaite du mois de mai, sidérante pour la droite LR, dévastatrice pour le PS, honteuse pour le camp patriote encore traumatisé par le débat de l'entre-deux tours. Effet double lame des primaires, le soutien au candidat désigné, souvent mal vécu sinon forcé, vole en multiples éclats qui impactent les députés sortants. Ici le mécontentement laisse libre cours aux aigreurs nées d'un combat fratricide mal digéré ; là, la colère appelle à une remise en cause de la ligne ou du projet. Les plus dépités ont rejoint d'autres pâturages électoraux, tous les autres ont préféré se réfugier dans une sanction par l'abstention, histoire de punir les cadres d'un parti qui aura manqué à ses devoirs ou ses responsabilités, en rappelant élus et ténors à une certaine réalité : leur statut privilégié n'est pas un dû.

Aussi, et c'est le second enseignement de cette séquence, la victoire de cette République qui marche sur l'eau a-t-elle tout d'une peinture en trompe-l'oeil. Cela ne remet en rien la légitimité du nouvel exécutif, et de ses supplétifs au palais Bourbon, mais il reste néanmoins un constat assez terrible pour toute démocratie qui se veut vivante. Avec un positionnement central, qui a pris et à droite et à gauche de l'échiquier politique, avec une offre programmatique qui n'offrait aucune aspérité clivante tant elle se voulait lisse et pour tout dire éthérée pour ne rebuter aucun ralliement, d'où qu'il vienne, avec un mode de scrutin qui favorise l'émergence d'une dynamique présidentielle, Emmanuel Macron installe sa majorité sur un socle déjà effrité d'un peu plus de sept millions de soutiens issus des urnes du premier tour législatif. Certes, le nouvel hôte de l'Elysée a-t-il parfaitement joué d'un clivage gauche-droite devenu inadapté, non parce qu'il n'a plus de sens aujourd'hui pour les électeurs, mais parce qu'il n'était plus incarné par les deux partis censés le faire vivre : l'attelage Macron fut le révélateur qu'au delà des artifices de façade et du confort à surfer sur leurs prés carrés historiques respectifs, rien de fondamental ne différenciait le gros apport centriste au sein de LR et le courant Hollando-Vallsiste du PS. A défaut de recomposer le paysage politique français, qui dispose toujours d'une droite, d'une gauche et d'un centre et de deux extrêmes, le phénomène Macron a simplement rendu possible la nécessaire clarification des lignes défendues par chaque appareil au sein des deux principaux partis traditionnels de gouvernement. 

Le choix Hamon à la primaire socialiste indique que la gauche idéaliste n'est pas morte et qu'elle a vocation, demain comme hier, à rejoindre son extrême, tout à la fois plus conservatrice et résolument revendicatrice, pour mener la lutte sociale. La droite, contrainte à l'amolissement par son recentrage dans l'UMP/LR pour faire face à la montée du FN, va se trouver libérée de son aile modérée pour mieux affirmer des valeurs décomplexées. 

Et pour favoriser cette remise à jour perçue comme aussi évidente que nécessaire, l'électorat abstentionniste a bien compris l'intérêt qu'il y avait à ne pas reconduire les sortants, PS-ligne Hollandaise ou LR, fussent-ils méritants ou reconnus, de sorte à éviter que les mêmes freins au changement ne produisent les mêmes effets d'inertie. 

En résume, la séquence 2017 nous confirme que les primaires sont mortifères pour les partis qui l'organisent, révélant les dissensions au grand jour et nourrissant amertume des perdants et fronde des opposants. Elle nous dit la détresse d'une nation qui accepte de donner les clés du camion à une minorité improbable parce que "les autres" n'ont jamais rien fait qu'échouer. Elle nous dit aussi la clairvoyance d'un électorat comprenant la nécessité de produire un électro-choc sur une classe politique assoupie afin de mettre chacun en face de ses responsabilités et de ses convictions. Elle nous apprend enfin que cette recomposition du paysage politique sera moins le fait du tacticien Macron que la volonté d'un électorat qui, par son abstention, s'est refusé à participer un énième fois à une mascarade politicienne.

En revanche, ce que cette séquence ne nous dit pas, c'est si les partis concernés, leurs appareils et leurs ténors, procèderont à ce nettoyage idéologique qui cette vague abstentionniste leur impose, s'ils saisiront l'occasion offerte de clarifier valeurs et projet de société et si, une fois les fondements revisités, ils seront en état de se constituer une équipe dirigeante capable de les incarner, par leurs discours comme par leurs actes. Ce n'est pas gagné, et assurément c'est un problème... 

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16 juin 2017

Marianne : "Levy et Séguéla m'ont tué(r)"

Sur les murs de la démocratie française, ainsi s'exprima la République au moment d'agoniser.

Depuis que le politique, discours comme personnel, a fait le choix électoral de se promouvoir comme un paquet de lessive, à mesure que les publicitaires d'abord, les agences de communication ensuite, ont pris la main du candidat pour en faire un produit d'image, façonné à la seule exigence du marketing, la démocratie a perdu son fondement essentiel, le lien censé exister entre le citoyen et son représentant, et fondé autour d'un projet communément partagé.

La désaffection populaire pour les urnes, révélée par une abstention toujours plus massive, alors même que la colère et l'inquiétude sont prégnantes en force partout sur nos territoires, s'explique avant tout par ce fossé qui s'est creusé, élection après élection, entre une caste en panne de solutions, obnubilée par son propre devenir, et des citoyens désabusés prenant désormais pour acquis que la machine politicienne ne tournait plus que pour elle-même.  

Et il faut bien convenir qu'à grand renfort de slogans, à coups de buzz médiatique finement orchestrés, la communication en politique est passée du statut d'outil de "faire savoir" à une logique auto-centrée de "savoir-faire". Le fond a été dilué dans la forme ; l'image politique s'est vue élevée au rang d'art se suffisant à lui-même, à mesure que le discours politique, se perdant dans les méandres du politiquement correct, a été réduit au gazouillis de petites phrases, ciselées à l'avance dans les officines de communication.

Le génie publicitaire a progressivement renversé l'échelle des valeurs, l'emballage devenant plus important que le contenu, l'apparence étant prioritaire sur l'essence. Il capitalise sur la marque, il simplifie à l'extrême la complexité des enjeux, il préfère oublier la nécessaire pédagogie à conduire des débats éclairant sur la gestion des affaires publiques pour mieux miser sur l'accessoire et le futile.

A avoir trop longtemps vendu le politique comme une lessive, faut-il s'étonner que le consommateur-électeur se détourne désormais d'un produit qui, non seulement ne répond jamais au cahier des charges mis en avant dans la pub' (la fameuse blancheur "qui lave plus blanc que blanc"), mais, au final, ne lui apporte aucune satisfaction ?!

D'une comedia dell'arte sur fond de joutes parlementaires, la politique "version communicant" a versé dans le soap opera, ce programme conçu pour et par les régies publicitaires, et elle finira en mauvais programme de TV-réalité, avec notamment la complicité de Paris-Match ou VSD. Le paradoxe, c'est que cette politique-là ne fait même pas recette, contrairement à la soupe télévisuelle indigente à laquelle elle s'assimile. 

Car la réalité des chiffres est implacable, qui met en relief la mort de notre démocratie représentative. A la présidentielle 2017, à l'heure du "choix par adhésion", le candidat Macron avait totalisé un peu moins de 8.7 millions de suffrages, soit 24% des exprimés avec un taux de participation légèrement inférieur à 78%. Au premier tour des législatives, avec un taux d'abstention supérieur à 51%, l'ensemble des "mules" de la République en Marche n'a réuni que 7.3 millions de voix, soit une perte sèche de 1.4 million d'électeurs en un mois !

Et pourtant,  jamais un candidat, ni son parti n'auront autant bénéficié d'un tel soutien complaisant, d'une telle unanimité de la part de l'univers médiatique ; jamais l'effet d'emballage n'aura été à ce point mis en avant dans la scénographie millimétrée de son parcours vers la présidence ; jamais la com' n'aura été si présente dans l'ascension de "l'inconnue" Macron dans l'équation politique française. Mais en dépit de ce matraquage des esprits, couplé à l'indicible faiblesse de ses opposants, le "phénomène d'image Macron" est loin, très loin d'avoir suscité un réel engouement. Le meilleur des "savoir-faire" ne fait plus illusion : les citoyens, désabusés ou instruits du fait marketing, ne se font plus attraper si facilement par les illusionnistes Lévy, Séguéla et consorts. Et puisque le "faire savoir" politique est en panne de projets, de visions engageantes pour l'avenir, et même de discours construits par autre chose que des postures ou des ambitions personnelles, c'est la démocratie qui se voit privé d'expression et de représentativité. 

La politique n'est pas un produit de consommation. A l'avoir trop cru, ses acteurs ont dynamité les fondements du vivre ensemble national. Et ça, c'est un problème... 

 

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14 juin 2017

Un triomphe électoral qui ne saurait masquer les vrais défis de la présidence Macron

Derrière la victoire d'Emmanuel Macron à la présidentielle et son triomphe concrétisé dans les urnes législatives de dimanche prochain se cache un terrifiant défi que le nouveau président ne peut et ne doit pas perdre, au risque de précipiter la France dans des abimes de guerre civile, à l'horizon 2022.

Après un mois intense de mises en situation diverses pour démontrer combien le costume élyséen - jupitérien, pourrait-on dire aussi - lui sied à merveille, tout un chacun constate qu'Emmanuel Macron se plaît beaucoup dans cette fonction qu'il a intériorisée autant qu'il l'a théorisée. Le risque majeur, non pour lui-même mais pour le devenir du pays, est qu'il s'y complaise de trop, au point d'en oublier les fondements de son succès foudroyant et ses devoirs élémentaires, envers son électorat naturellement, mais surtout vis-à-vis de cette nation plurielle - celle des villes mais aussi des champs - qu'il représente désormais et dont il est le premier garant de l'unité.

Or, quelles sont les attentes de la population française ? D'abord, mener les réformes, économiques, structurelles et financières qui sont censées apporter des solutions concrètes aux maux qui rongent le pays depuis une trentaine d'années : chômage endémique affectant peu ou prou 6.6 millions de personne, soit quelque 20% de la population en âge de travailler ; croissance molle, voire anémique ; défaut de compétitivité à l'international et balance commerciale largement déficitaire, le tout sur fond d'insécurité à régler, au plan intérieur et extérieur, d'instabilité mondiale à gérer et de crises transversales, fortes de migrations économiques ou des effets du dérèglement climatique, à accompagner. Mais moins que ces réformes attendues, c'est de résultats, visibles, probants et durables desquels le nouveau président va être tenu comptable très vite. Or, nous le savons, en France le temps législatif est un temps long, que la procédure de gouvernement par ordonnance ne va pas bouleverser fondamentalement.

Pour que les lois en projet porte tous leurs effets, encore faudrait-il qu'elles ne soient retoquées, ni par le Conseil d'Etat, ni par le Conseil Constitutionnel, qu'elles disposent de décrets d'application dès leur promulgation et que la Haute administration joue le jeu insitutionnel, avec célérité et sans états d'âme. Hors d'une réforme express du fonctionnement de l'organe législatif et un partenariat complice entre l'exécutif et son administration, il est probable que, très vite, l'intention d'action l'emporte, encore et toujours, sur l'effectivité des réformes, renvoyant le bénéfice éventuel des premiers effets en toute fin de législature, sinon après 2022.

Par ailleurs, les médias ne l'ont pas vraiment souligné, mais une grande partie des actions volontaristes soutenant le projet du candidat Macron dépend, sinon du bon vouloir des institutions européennes, à tout le moins d'une meilleure coopération au sein du couple franco-allemand et d'une révision en profondeur du mode de fonctionnement d'une Union largement en panne. La "bonne tête" et l'énergie d'Emmanuel Macron ne saurait faire oublier que chacun de ses principaux interlocuteurs, sur la scène européenne, a ses propres échéances électorales à emporter - Angela Merckel dès septembre ! - et ses intérêts nationaux à défendre. Axer l'essentiel de sa politique sur le bon vouloir - aléatoire et  sujet à revirement - de représentants de nations tierces ne peut qu'interroger sur la cohérence du projet global (voire son devenir) et sur la capacité du président français à persuader les grands leaders européens à partager son objectif libéral fédéraliste, selon un tempo compatible avec les nécessités sociales de l'agenda de la France.

Aussi, le vent de dégagisme qui souffle aujourd'hui sur les "incapables alternatifs" du PS et de l'UMP/LR pourrait-il affecter, demain, la République en Marche, en l'absence de résultats tangibles ! Or, la stratégie électorale d'Emmanuel Macron, vidant de toute substance son opposition socialiste et divisant profondément la fronde républicaine, expose tout mauvais bilan de sa présidence à un retour de balancier venu des extrêmes, celui des Insoumis de Mélenchon ou celui des "patriotes" de Le Pen.

Plantée dans le pot-au-noir d'une Union en panne, cette France Macronienne, libérale et européiste, gouvernée au centre pendant cinq ans, coups de barre alternativement à droite puis à gauche, aspirerait dans son échec ces "droite et gauche" de gouvernement, quand bien même celles-ci mettraient à profit les cinq prochaines années pour se reconstruire une identité, être porteuses d'un projet inspirant et dégager en leur sein un présidentiable indiscuté, hors processus mortifère des primaires.

La présidence Macron, forte d'un Parlement dédié entièrement à sa cause - voire à sa personnalité - n'a le droit, ni à l'erreur dans la conduite des affaires et dans le casting de ses gouvernements, ni à l'absence de résultat à l'horizon 2021, au risque de faire le lit d'une colère électorale nourrie de populisme et de rejet total de l'Europe.

Toute marche triomphale a son revers ; il est peu de dire que ce dernier serait à la hauteur de la vague législative qui va s'abattre sur le pays : dévastateur et monstrueux. Mais il impacterait alors, non plus le paysage politique traditionnel, mais la nation et le pays. Là est le problème de Macron, et le notre, collectivement... 

    

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