Il y a comme un problème...

05 mars 2019

Macron et l'Europe : la grenouille qui voulait se faire aussi grosse que le boeuf

     Emmanuel Macron est sur tous les fronts : occupé dans les débats en province à restaurer son image en jouant au comédien ambulant faisant un one-man-show ; dans les médias européens pour lancer sa campagne LREM pour l'élection du 26 mai ; et sans doute parfois à l'Elysée, focalisant sur son plan de marche forcée dans la perspective du scrutin de 2022.

     Comme son ex-meilleur ami Donald Trump, Emmanuel Macron a compris qu'il était bon, mais uniquement en paroles, comme tout bonnimenteur de foire qu'ils sont l'un et l'autre. Excellents, voire irrésistibles dans la conquête du pouvoir, mais totalement nuls dans  son exercice effectif à la tête du pays, notamment parce qu'ils sont largement isolés ou très mal entourés. C'est donc la stratégie de la campagne permanente qu'il a théorisé, après avoir constaté le succès de l'entreprise Trumpienne outre-Atlantique. S'appuyer sur un socle de fidèles adorateurs à hauteur de 25% lui suffira pour emporter la mise de 2022, face à n'importe lequel de ses opposants du moment : Marine Le Pen, toujours plombée par son plafond de verre, Jean-Luc Mélenchon, dynamité par le contre-exemple de Caracas et ses emportements anti-républicains, et les deux arlésiennes de la Droite et de la Gauche de "gouvernement" : le PS est toujours dans les limbes tandis que LR, un parti fantôme sans leader, sans ligne, sans vision et sans stratégie, est pétri de divisions fratricides et de tentations gouvernementales. Emmanuel Macron bétonne donc ses acquis électoraux, continuant son pillage du centre-droit en adoptant une posture d'ordre et  donnant des gages financiers aux bénéficiaires de ses largesses de mondialiste ultra-libéral, les premiers de cordée et autres bobos des grandes agglomérations.

     Depuis la fin 2017, la France n'a plus de président de la République, cette incarnation censée représenter l'ensemble du peuple français. Elle a, à sa tête, un petit chef de clan, qui s'était déjà dévoilé en juillet dernier à la Maison de l'amérique latine ("Qu'ils viennent me chercher !") et qui, d'affaires embarrassantes en arbitrages de gestion en eau de boudin, n'en finit plus de protéger les siens au lieu de chercher à diriger une nation pour assurer le mieux-être du plus grand nombre possible. Pouvait-il en être autrement ? Bien sûr que  non : LREM est un parti sans âme, sans ossature, sans projet en dehors de son chef Jupitérien. Et la philosophie Macronienne n'existe pas, puisqu'en dehors de quelques orientations économiques et financières inspirées par les géants de la Wold Economy, c'est le vide sidéral : pas de politique étrangère indépendante, à l'image de tout ce qui concerne le régalien, plat et insipide ; incantations vaines, voire ridicules au plan européen, pas de ligne directrice, aucune vraie conviction...

     Sauf que Jupiter a dû descendre de son Olympe et que, n'étant plus roi en son royaume, largement jauni par le gilet des manants occupant les chemins du prince, Emmanuel Macron se rêve désormais en président de l'Europe. Avec les intellectuels qui accèdent aux délices du pouvoir (et quels pouvoirs pour un Président de la cinquième République !), la tentation dictatoriale n'est jamais loin. Le Bonaparte d'Amiens peine à dissimuler ses envies napoléoniennes !

     La bête de concours (et non la bête de Somme ! ) est  un prototype de compétition uniquement fait pour la conquête, et qu'importe que ses succès, là où il passe, se doublent de la désolation de la terre brûlée : les derniers fleurons industriels de la France sont là pour en témoigner : comme conseiller de Hollande puis comme ministre de l'Economie, il est clair que l'intérêt national est, pour lui, sans aucun... intérêt et que sa vision stratégique, y compris dans son domaine de prédilection, est largement déficiente (tactique des droits de vote chez "Renault" qui a joué dans la réplique "Ghosn" de Nissan par exemple).

    Emmanuel Macron avait fait du sursaut de la politique européenne le fer de lance de son projet politique de 2016/17. Il le clamait haut et fort, devant les drapeaux français et européen, lors de ses transes de meeting de campagne : on allait voir ce qu'on allait voir ! Avec lui, le couple franco-allemand allait casser des briques, la relance de l'Union procurerait richesses et emplois ! Sans doute s'en était-il lui même convaincu. Sauf que dès le premier sommet de juin 2017, le fier-à-bras est revenu à Paris en con vaincu. Vaincu par les réserves d'Angela Merckel d'abord, puis contrarié par l'expression des votes populaires dans certains pays et enfin enlisé par l'immobilisme de la technostructure de Bruxelles qu'il défend pourtant bec et ongle.

     En multipliant sa présence médiatique à l'échelle de l'UE, Emmanuel Macron se veut le hérault d'un européanisme qui, depuis trente ans, a failli à organiser la protection des populations et des industries nationales et européennes, ainsi qu'à donner un cadre de développement politique et social conforme aux ambitions légitimes et aux forces économiques de ce continent. En jouant depuis dix-huit mois sur le registre du héros démocrate contre les vilains populistes, il a intentionnellement instrumentalisé le scrutin à venir, uniquement pour servir les intérêts de LREM en France. Avec son arrogance bien française, il y a fort à parier qu'il nous rejoue simplement le rôle de la Grenouille, dans la fable de La Fontaine. En espérant que les médias européens se montrent aussi charmés et complaisants que ceux qui ont fait son succès en France en 2017.         

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22 février 2019

Affaire Benalla : Grand guignol ou Pieds Nickelés ?

     La commission du Sénat a rendu son rapport suite à l'enquête ouverte en marge de la première affaire Benalla, alors que des investigations ultérieures, menées par la presse, ont établi que l'affaire dite de la Contrescarpe n'était que la partie émergée d'un iceberg beaucoup plus incriminant pour le pouvoir exécutif. 

     Sans même en avoir pris connaissance, le porte-parole du gouvernement, la tête visiblement plus tournée vers sa candidature pour la mairie de Paris en 2020, a voulu allumer un contre-feu mais d'une façon tellement maladroite qu'il en a été ridicule ! Un ridicule bientôt relayé par la ministre de la Justice, bien plus politicienne que juriste en l'occurrence, ce qui est un comble pour une soit-disant technicienne du droit de profession, puis par le Premier ministre en personne, dans une déclaration totalement hors sol, comment c'est souvent le cas avec ce pouvoir du Nouveau monde, dès qu'il est pris en faute, ce qui arrive avec la régularité d'un métronome ! A croire que l'exécutif est alimenté par la gare Montparnasse, car la communication est toujours à contretemps, avec un ou deux trains de retard depuis le début de la séquence Benalla / Gilets jaunes ! Si l'on est de nature optimiste, on trouvera amusante, la présente défense de cet exécutif à la rue ; mais si l'on est simplement réaliste, on dira qu'elle est affligeante : se raccrocher à un argumentaire posant le principe de la séparation des pouvoirs ne tient absolument pas la route, y compris à une vitesse réduite à 80 km/h, M. Philippe ! Il n'y a pas de défense possible, car les faits, rien que les faits, et encore peut-on penser que tous les faits ne sont pas encore connus, sont impitoyables de clarté !

    Et d'ailleurs, parlons-en de cette sacro-sainte séparation des pouvoirs, avec un Premier ministre qui use de son influence pour mandater directement une perquisition judiciaire dans un journal en ligne, parce que la responsable de sa sécurité personnelle se retrouve doublement impliquée dans les affaires Benalla, du fait de l'utilisation de son appartement et de l'apparition de son conjoint dans le tableau Benalla-Crase. Apparemment la limite entre l'excutif et le judiciaire ne lui parle pas trop, à l'ex-maire du Havre !

     Pas plus qu'à son Président, qui s'était fendu d'un appel à Gérard Larcher courant septembre, afin que le Sénat se montre indulgent dans la poursuite de ses auditions, au moment où Emmanuel Macron, toujours chef de bande, entendait poursuivre son soutien sans faille au soldat méritant Alexandre. Que l'exécutif essaie d'influer sur une commission d'enquête, dûment habilitée par le ministère de la Justice, par l'intermédiaire de la présidence du Sénat, voilà encore qui bafoue l'esprit de cette séparation des pouvoirs ! Bien plus que de simples recommandations en annexe de ladite enquête !

     La vérité, c'est que la France est malade du fonctionnement de ses institutions, et qu'il est grand temps de dépoussiérer la maison en ouvrant les fenêtres en grand !

- Premier constat : l'Elysée est, aujourd'hui, un palais qui n'est pas tenu, puisque toutes les dérives individuelles y sont non seulement possibles, mais tolérées. A se demander si elles ne sont pas encouragées !  On se souvient, sous Hollande, de l'affaire du cireur de chaussures pour Aquilino Morelle ; on se souvient aussi des virées présidentielles en scooter, avec une sécurité quasi nulle, en pleine période d'attentats terroriste ! Avec Macron, on a donc, en moins de dix-huit, mois un porte-flingue magouillant avec des oligarques, titulaire de tous les passe-droit et bénéficiaire de coupables indulgences, renvoyant au Moyen Age,. Et le public est en droit de s'imaginer que la patrouille médiatique n'a attrapé dans son filet que ce qui flottait à la surface, les étrons les plus légers !

- Deuxième constat : plus un pouvoir est omnipotent, et moins il admet la contradiction. Il y a du Bonaparte en Macron. Sous la douce parole du "en même temps", se dissimule de plus en plus mal cette volonté de mettre tout le monde sous sa botte autocratique. La réalité, c'est qu'il n'y a pratiquement plus de contre-pouvoir en France, depuis que le quinquennat présidentiel se double du scrutin législatif. La Chambre basse n'est que l'écho de la parole exécutive, et rien, jamais, n'est contrôlé. Or une démocratie digne de ce nom exige tout au contraire que chaque pouvoir institué - exécutif, législatif, judiciaire - soit en mesure de contrôler les autres, non dans le but de s'opposer, mais dans l'impérative mission de s'assurer du respect des règles de droit, seules garantes de la démocratie. Avec les auditions publiques menées par le Sénat, tous les observateurs ont pu constater que la Présidence, en tant qu'institution, avait failli dans les grandes largeurs, et que de hauts responsables avaient été négligents, permissifs ou complices dans une affaire, qui, rappelons-le, aurait dû être définitivement réglée le 2 mai au soir, quand le cabinet d'Emmanuel Macron a été informé de la façon dont un chargé de mission à l'Elysée passait ses journées de repos ! Cette monarchie de fait n'est plus admissible : c'est la mission de l'Assemblée nationale et du Sénat que de contrôler les éventuelles dérives de l'exécutif, en même temps que l'efficience des lois qu'ils votent ; la justice doit être souveraine, et non aux ordres du souverain. Il est hallucinant que le procureur général, récemment nommé par Emmanuel Macron, ait mis sept mois pour décider d'autoriser l'ouverture d'une enquête sur l'abracadabrante histoire de ce coffre-fort qui disparaît dans la nuit, après une perquisition non faite parce que... personne n'avait ouvert la porte ! 

- Troisième constat : Emmanuel Macron a lui-même déligitimé la fonction présidentielle, en jouant, de manière présomptueuse (ce qui prouve son immaturité politique et caractérielle !) le fier à bras à la Maison de l'Amérique latine en juillet dernier, quand il mettait en avant sa responsabilité première dans l'inertie de son cabinet à se séparer de son chargé de mission. Sa tirade "qu'ils viennent me chercher" a, d'une certaine façon, nourri l'explosion du 17 novembre ; mais surtout, elle donne aujourd'hui tous les droits au peuple, et surtout à ses représentants, de lui demander des comptes dans sa gestion des hommes et de l'exercice du pouvoir au sein de son cabinet. Oui, c'est donc aux sénateurs d'aller "le chercher" pour lui dire son fait dans cette calamiteuse affaire où le Grand guignol du début s'est, au fil des révélations, transformé en album des Pieds nickelés, chacun des protagonistes élyséens préférant la filouterie de la camaraderie à la défense des intérêts de l'Etat.

- Quatrième constat : à l'heure où la parole est donnée aux Français via le grand débat, on voit bien qu'il y a une tentation de l'exécutif à couper la tête du Sénat par procuration, ou à tout le moins, à le priver du pouvoir de nuisance en tant qu'empêcheur de tourner en rond. Avec les conclusions défavorables du rapport d'enquête à son endroit, il y a fort à parier que le monarque se prépare, au détour d'une question référendaire, à venger ce crime de lèse-majesté, en faisant faire le sale boulot par un peuple manipulé, principalement soucieux d'économie budgétaire à bons comptes et de redistribution. Disons-le clairement : la réduction du nombre des sénateurs - et celle des députés - n'a vraiment de sens que si cela permet, à budget quasi constant, de doter les uns et les autres de plus grands pouvoirs de contrôle et d'investigations sur leur propre travail (devoir de vérification du bien fondé des lois votées et obligation d'exercice effectif de contre-pouvoir). Tout autre tripatouillage institutionnel, affectant le pouvoir législatif, se ferait au bénéfice exclusif de la présidence de la République, ce qui serait un véritable désastre pour le bon fonctionnement de la démocratie française. 

- Cinquième constat : former un petit commando pour mener une campagne présidentielle peut assurer la victoire ; cela ne peut suffire à conduire les affaires de la présidence. Tout chef, digne de ce titre, ne peut rester le copain de ceux qui l'ont soutenu ou porté, le chef suprême moins que tout autre. L'homme (ou la femme) doit s'effacer devant le fonction, c'est ce que l'on appelle "endosser le costume". Derrière ses postures, et malgré son talent d'acteur à théâtraliser sa personne, Emmanuel Macron a montré à la fois ses lacunes et ses limites, au plan intérieur quand le président de tous les français n'a eu de cesse de diviser les citoyens en jouant sur les aspects catégoriels ou générationnels avec ses petites phrases assassines ou ses mesures économiques ; au plan international, en s'attaquant nommément à certains de ses homologues accusés de porter la peste brune, notamment, ou en se choisissant ami et ennemi en fonction d'intérêts autres que ceux de l'Etat français. A ce poste de responsabilité, ne pas savoir s'entourer est plus qu'une erreur, c'est une faute ! Et pourtant on ne peut pas dire qu'il manquait de volontaires pour l'aider à sa tâche au sortir des élections de mai-juin 2017 ! Aujourd'hui, c'est tout le contraire : on se demande d'ailleurs comment il va trouver à remplacer les déjà partis et les futurs partants de son équipe rapproché, car personne, à cette heure, ne souhaite s'embarquer sur un navire qui prend l'eau de toutes parts ! Les institutions protègent la présidence, mais il reste trois ans ! P..... trois ans ! 

 

14 février 2019

Affaire Benalla : faillite de la Macronie

     Que nous apprend la succession d'affaires autour de M. Benalla ? Trop de choses en vérité qui devraient légitimement inquiéter les citoyens quant à la Macronie.

     En premier lieu, voilà un pouvoir exécutif prêt à tout pour soutenir les copains, quand bien même ils s'avèrent se comporter en coquin. Emmanuel Macron lui-même, ce chef de bande tel qu'il s'est illustré face à ses groupies parlementaires en lançant son célèbre "qu'il vienne me chercher", ou son premier cercle de "Mormons", a pris le parti de couvrir les agissements bourrés de testostérone de son petit protégé body-buildé. En effet, il est plus qu'évident que les faits dits de la Contrescarpe ont été remontés à l'Elysée dès le mois de mai et il aura néanmoins fallu attendre une publication du Monde au mois de juillet pour que les mesures "officielles" d'éloignement soient enfin prises... à regret. Entre temps, il n'y a pas eu de véritables sanctions (qui ne reverrait pas d'une mise à pied de quinze jours.. payée !! Sauf que chez moi cela s'appelle des congés supplémentaires !) ; et le chargé de mission, "cantonné aux charges administratives de bureau" s'est même payé le luxe de faire le beau avec le trophée de la Coupe du monde. Le soutien aux copains s'est encore illustré avec l'initiative du Premier ministre de diligenter une perquisition dans les locaux de Médiapart, en enfreignant le fondement régissant la séparation des pouvoirs. A l'heure où la tendance législative est à donner de plus en plus de pouvoirs aux bras armés du Président, via la haute administration préfectorale, cela peut faire peur !

     Avec ces interrogations qui s'accumulent, c'est le temps judiciaire qui s'allonge, pour peu que la justice se saisisse effectivement des dossiers médiatiques en cours et enquête sur les ramifications possibles. Il y a fort à parier que M. Benalla n'ait rien à craindre d'un tribunal durant les prochaines années, les lenteurs de la loi étant bien connues, surtout quand elles servent le pouvoir en place ! Et quand les choses se tasseront, quand l'actualité aura trouvé d'autres affaires à déballer (et il n'en manque pas !), plus rien de gênant pour la Macronie n'aura finalement existé. Pourtant, il est clair que, malgré ses précautions oratoires dûment préparées en amont par ses avocats-conseil, M. Benalla a menti devant la commission d'enquête du Sénat et qu'il est donc coupable de parjure, soit une peine potentielle de cinq années d'emprisonnement et soixante-quinze mille euros d'amende. Pourtant, il semble avéré que MM. Benalla et Crasse aient été en contact, malgré le contrôle judiciaire leur enjoignant de rester à distance pour les besoins de l'enquête en cours.

     Mais des zones d'ombre subsistent : où sont passés les armes ? Comment un coffre-fort a-t-il pu disparaître ? Comment se fait-il que la perquisition ait été décalée d'une journée, au seul motif qu'une porte d'entrée était verrouillée ? Voilà un argument qui doit bien faire rire dans les prisons ! Pourquoi ce mic-mac avec les passeports et le téléphone crypté ? Comment se fait-il qu'un conseiller à l'Elysée puisse exercer une activité "libérale" en parallèle ? Comment un salarié d'En Marche, l'ex-gendarme Vincent Crase, peut-il signer de juteux contrats de sécurité avec des oligarques russes sans que personne n'y trouve rien à redire ? M. Castaner, alors en charge du parti n'a rien vu ni rien su... Voilà un ministre de l'Intérieur qui démontre de grandes qualités à tenir la place Beauvau ! Emmanuel Macron aurait été bien inspiré de dire au diplômé d'horticulture de se recycler dans la sécurité. Des contrats libellés en millions d'euros sont bien plus engageants comme reconversion que de traverser la rue pour aller faire le serveur à la brasserie du coin !

     Ce que ces histoires nous racontent en vérité, c'est que la maison France ne saurait être tenue puisque le coeur du pouvoir n'est pas tenu ; c'est que n'importe qui peut devenir un "conseiller du président" pour service rendu lors d'une campagne électorale ; c'est que ce seul titre constitue un blanc-seing permettant de faire tout et n'importe quoi, sans contrôle et sans sanction, si "pas vu, pas pris".par la patrouille journalistique. C'est que dans ce mode de fonctionnement monarchique, où la lettre de cachet n'est jamais loin, les petites mains du ministère de la Défense sont passées au tamis de la Sécurité Défense quand les très proches du président ne font l'objet d'aucune enquête sérieuse, et surtout d'aucun suivi de contrôle durant leur temps de mission.    

     L'affaire Benalla est un feuilleton désastreux qui serait risible si elle ne portait pas en elle les fondements d'une crise institutionnelle, en vérité. Elle démontre qu'il ne suffit pas de mener victorieusement une action commando, sponsorisée par de puissants et richissimes amis, pour prendre le pouvoir, sous couvert d'une élection démocratique, pour s'avérer digne du poste obtenu. Bulle éphémère portée par un engouement médiatique aussi organisé qu'intéressé, l'ex-ministre de l'Economie n'avait ni la préparation, ni le vécu, ni l'expérience, ni la personnalité, ni la garde rapprochée, ni l'équipe pour devenir président sous la Cinquième république. C'est la seconde erreur de casting après François Hollande. D'ailleurs, en matière régalienne, Emmanuel Macron achève le travail de sape entamé par son ex-mentor Hollande : Défense engluée dans le piège africain et suiviste sur les autres théâtres d'opération ; Affaires étrangères mises aux abonnés absents sur le standard téléphonique américain ;  Sécurité et Justice en liquéfaction à force de surcharge et de mauvaise gestion des effectifs. 

     Mais le pire dans tout ça, c'est qu'il ne semble y avoir personne pour relever le gant ! 

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08 février 2019

Huawei - Vénézuela : un nouvel ordre se met en place, sans l'Europe et avec la bénédiction des pantins de Bruxelles

     Que nous disent "l'affaire Huawei" et la question venezuelienne de la marche du monde ? En premier lieu, que la lecture du droit et le travail de la justice sont devenus des outils servant uniquement les intérêts politiques et économiques, y compris dans certains Etats dit démocratiques. C'était une chose évidente de longue date pour ce qui concerne les dictatures et les régimes autoritaires (il paraît qu'il y a une nuance). Avec l'instrumentalisation par le FBI et les tribunaux américains d'un haut cadre d'Alstom (Energie) il y a quelques années quand General Electric lorgnait sur la branche Energie du fleuron français et, tout récemment, avec le mandat d'extadition lancé par les Etats-Unis contre la fille du fondateur de Huawei, elle-même cadre dirigeante du groupe de télécommunication chinois, il est patent désormais que Washington s'arroge le droit d'utiliser les mêmes méthodes d'intimidation et de coercition pour essayer de maintenir ainsi son leadership menacé par la concurrence mondiale : apparemment les gros bras de son armée, ses lois iniques imposées urbi et orbi et le dollar - roi ne suffisaient pas !

     Le deuxième enseignement tient à ce que la France de Macron verse dans la tentation de Venise, concernant la tenue de sa politique étrangère. L'absence d'une ligne cohérente fondée sur le concept de l'indépendance nationale renvoie, en effet, à l'idée de ne plus rien faire et de se consacrer uniquement à d'autres tâches, en préférant s'aligner, sur le fond comme sur la forme, sur les décisions américaines. Il est hallucinant de constater à quelle vitesse le président de la République s'est empressé d'adopter le style Trump en tweetant ses positions sur le Venezuela il y a quelques jours, ou en montant sa guerre électorale contre les dirigeants des pays européens (Pologne, Hongrie, Italie)  qui lui déplaisent à titre personnel et qui sont susceptibles de nuire à son grand dessein européiste, mort-né hors du soutien de l'Allemagne. Que les populistes ne soient pas sa tasse de thé, la chose est compréhensible ; mais qu'il ait pris le pli de les insulter en gazouillant avec adresse et donc une belle part d'hypocrisie, montre à quel point l'énarque philosophe n'était pas préparé aux dossiers régaliens, comme certains observateurs - dont votre serviteur - l'avaient indiqué durant la campagne de 2017. En jouant le jeu de la provocation avec ses homologues étrangers à l'instar de ce qu'il a fait avec les Jojo, les Gaulois et les fainéants qui ne se donnent pas la peine de traverser la rue pour trouver du boulot, Macron a semé les graines du comportement - inacceptable par ailleurs - des leaders italiens, bien heureux de leur puching ball de substitution puisque Merckel sort progressivement du jeu !

     Le troisième point à relever est que l'Europe est totalement absente de la grande redistribution du pouvoir politico-économique à l'échelle mondiale, et ce n'est pas la décision d'empêcher le mariage Alstom-Siemens (Transport) par la Commission de Bruxelles qui ira à l'encontre de cette autre évidence : au plan économique comme au plan stratégique, l'Europe est devenue, en quelques années, le paillasson du monde ! C'est donc en spectateur que le premier marché économique mondial regarde la lutte que se livre le tenant du titre, affaibli, et son challenger asiatique, qui pose patiemment ses pions à la manière du jeu de go, sur fond de hautes technologies de l'information, de l'Intelligence Artificielle, bref sur tout ce qui constitue la troisième révolution industrielle, celle portée par le numérique. Quant au Vénézuela, certes le pays est assis sur de l'or, or et noir d'ailleurs, mais l'affrontement médiatique sur fond de détresse sociale et de tragédie humanitaire, tient moins à ces richesses inexploitées qu'à un grand poker où la Chine, prenant pied en Amérique du sud, négociera un jour son retrait pour assurer sa main-mise sur la mer du Japon et toute la façade orientale du Pacifique.  

     Le quatrième enseignement prête à sourire : il est en effet amusant de constater que les Etats-Unis, secondés par leurs affidés anglo-saxons, britanniques, néo-zélandais et australiens, crie à l'espionnage et au vol de données dans l'affaire Huawei, alors que cela fait des décennies que les services fédéraux spécialisés de la NSA et d'officines plus confidentielles, mais tout aussi pointues et efficaces au point de vue de l'intrusion technologique. Pour ne rien dire des accords existants entre Apple, Google et tous les acteurs de l'Internet et des télécoms qui souhaitent travailler aux Etats-Unis, ou avec le dollar ! Ne soyons pas naïfs !  Evidemment que tous les pays désireux de jouer dans la cour des grands se renseignent et espionnent leurs amis, voisins et concurrents, tout autant que leurs ennemis, tous avec leurs moyens... qui n'ont rien à voir avec ceux engagés par l'oncle Sam ! Faut-il rappeler que le différentiel de budget militaire entre les deux prétendants, Etats-Unis et Chine, est de l'ordre de 7 pour 1 au profit de Washington. Le renseignement n'est plus uniquement militaire ou diplomatique depuis des dizaines d'années ; les cibles sont stratégiques, financières et économiques ! Tout ce qui passe par les réseaux satellitaires est "écouté" ou retranscrit ; les cables sous-marins intercontinentaux ont des dérivations. En réalité, la seule différence entre les Etats-Unis et la Chine, c'est que Washington s'est fait prendre la main dans le sac, alors que les preuves techniques impliquant la Chine manquent encore dans le dossier de l'accusateur américain. Ce n'est qu'un question de temps, assurément, mais franchement, celui qui aboie n'est certainement pas le mieux placé pour jouer les vierges effarouchées !

     Le dernier enseignement réside dans le fait que l'absence de l'Europe, ou d'un petit groupe de pays européens fortement engagés, sur de grands projets concurrentiels face aux géants américains et chinois sur la question de la grande révolution numérique en cours, entraîne inéluctablement la fin de la vision occidentale dans la gestion des affaires du monde. La technocratie bruxelloise aura réussi ce tour de force de rendre le premier espace économique du monde à la remorque des défis du vingt-et-unième siècle. 

  

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06 février 2019

Rapprochement Alsthom-Siemens : le non de la Commission tue le ferroviaire européen

     S'il devait y avoir un argument, un seul pour voter le non aux européistes convaincus (quel joli adjectif, si prémonitoire, con et vaincus !) en mai prochain, cela serait "Vestager". En effet la commissaire à la concurrence de la Commission européenne a pesé de toute sa pugnacité afin d'empêcher le rapprochement entre Alsthom et Siemens, branche du transport ferroviaire. L'équipe Juncker entend conclure son merveilleux bilan ainsi, juste histoire de laisser le champ totalement libre au TGV chinois sur les marchés de l'export, hors Union européenne, mais aussi au sein de cette Europe passoire qui n'a de cesse de se présenter pieds et poings liés à la féroce concurrence des sociétés chinoises et moyen orientales, largement subventionnées par leurs Etats respectifs, mais aussi américaines, bien protégées par le bouclier fédéral bâti sur les lois touchant à la sécurité nationale.

     Voici un nouvel exemple de cette Union qui ne saurait fonctionner puisqu'elle s'impose des règles du jeu que ses concurrents n'ont aucune envie et aucun besoin de suivre ! C'est un comportement suicidaire ! La compagnie Emirates taille, sans vergogne, des croupières à l'alliance Air France-KLM ou à Lufthansa sur les vols longs courriers en proposant un rapport qualité / prix imbattable, puisque les pétrodollars émirati épongent les dettes pour assurer l'équilibre financier, année après année. Quel crâne d'oeuf trouve logique qu'une liaison Paris / Mexico assurée par Air France puisse être plus cher que le même vol Emirates, qui effectue un crochet en prenant la direction opposée pour rejoindre son escale obligatoire sur Dubai !! Hallucinant ! Et après, le même technocrate nous parlera de ce diésel honteux, mis dans nos voitures de travailleurs pauvres, qui met en péril le climat et la planète !  Et faire le double de kilomètres avec un avion qui détaxe son kérosène à Paris, ça lui parle, à l'intellectuel !?

     C'est comme pour les autoroutes françaises : attirbuer des concessions au secteur privé, n'est-ce pas assurer des monopoles de fait sur les voies rapides ?! Des rentes d'argent frais racketé aux usagers, sans d'autres choix concurrentiels, sauf à se traîner entre 50 et 80 km/h sur le réseau secondaire ! Non seulement l'affaire fut juteuse pour les sociétés concernées, puisque la valeur de concession a été bradée (au point de se demander si certaines personnalités ou partis politiques n'ont pas bénéficié de quelques commissions occultes !), mais les frais d'entretien avancés par elles pour justifier des augmentations de tarif ne tient pas la route - c'est le cas de le dire. En effet, ces géants du BTP sont à la fois le client et le fournisseur de ce business entre soi, via un jeu de filiales : autrement dit, puisque les marchés privés sont dispensés d'appel d'offres, c'est l'argent de Vinci autoroute qui va dans la poche de Vinci TP quand il s'agit de jeter de nouveaux ponts ou de refaire l'asphalte au meilleur prix pour Vinci Groupe ! CQFD ! Point la peine de négocier durement sur le tarif de l'asphalte au kilomètre puisque c'est l'automobiliste qui paiera la note ! Il suffisait de l'inventer !

     A la vérité, l'Europe n'a réellement fonctionné que lorsqu'il s'est agi de monter des projets industriels de grande envergure, dans l'aéronautique ou dans le spatial par exemple, ou quand il a fallu remettre le secteur de l'énergie et de l'agriculture en route ! Tout n'était pas parfait, mais ces coopérations entre des économies nationales sur des objectifs limités mais accessibles avaient du sens autant qu'elles relevaient de stratégies clairement identifiées. Depuis que la technostructure bruxelloise a pris les commandes du navire Europe, l'Union est une machine à perdre, dicteuse de normes, limitant les synergies, se fourvoyant dans une mondialisation perdante ! D'autres grands projets pourraient voir le jour demain, mais il ne saurait être piloté par une Commission d'administrateurs sans talent ni vision, sauf à tourner à la catastrophe, une fois encore !

     Aujourd'hui la Commission vient de sceller l'avenir du ferroviaire français et européen. Les trains de demain seront chinois et canadiens, qu'on se le dise !