Il y a comme un problème...

21 novembre 2016

Premiers enseignements de la primaire de la droite

Quels enseignements tirer de ce premier tour de la primaire de la droite ?

En premier lieu que les citoyens ne sont pas coupés la chose politique - même s'ils sont souvent fâchés avec l'appareil politicien  ; et compte tenu de la forte mobilisation populaire, que même les électeurs de droite, dont il se dit pourtant qu'ils n'aiment rien de mieux que de suivre un chef, semblent finalement apprécier de pouvoir dire leur mot sur le choix de leur champion. Pour autant, il serait bon de repenser ce concept qui entretient dans le pays une tension permanente en suscitant des vocations présidentielles qui tendent à focaliser sur des stratégies personnelles au lieu de concentrer les énergies sur l'intérêt général.

Ensuite qu'à la différence de nombre d'élus, les électeurs ne sont pas des girouettes, adorant le lendemain ce qu'ils ont brûlé la veille. Ainsi, Copé et Sarkzoy ont-ils fait les frais de leur tentative de come-back : le premier continue de payer le rocambolesque épisode de la présidence UMP en 2012, le second s'est vu renvoyé à son (premier) retrait de la vie politique, celui qu'il avait promis devant Jean-Jacques Bourdin, puis semblé enteriné jusqu'en 2013, avant de l'enterrer définitivement en 2014 ! Certes, ce peuple de droite peut être reconnaissant à l'ancien chef de l'Etat d'avoir remis de l'ordre dans le parti UMP devenu LR, mais il est clair que, pour une majorité de citoyens, son rôle aurait dû en rester à celui de grand organisateur du parti, placé en retrait d'une compétition qui ne le concernait plus. La droite avait besoin d'un Sarkzoy dans le costume, sinon du faiseur de roi, mais au moins de celui qui le conseille utilement et qui lui fait profiter de son expérience, au lieu de ce Sarko-le-revanchard voulant en découdre avec Hollande et ce million d'électeurs qui l'avait fui en mai 2012 !

Qu'il n'est jamais bon de figurer comme "favori" dans les enquêtes d'opinion au long cours, Alain Juppé ayant gaspillé son avance dans un positionnement tactique qui l'a mis, sinon hors du jeu de la primaire, du moins hors des débats télévisés. Dans un match Juppé-Sarko du second tour dont les médias avaient déjà vendu toutes les places, le maire de Bordeaux profitait largement des intentions de vote TSS, Tous Sauf Sarkozy. Mais malgré ces sondages flatteurs, Juppé n'était pas un choix par adhésion ; c'était d'abord un vote par défaut, présumé "sûr" d'abord pour faire barrage contre Sarko, puis l'emporter au second tour de la présidentielle, quel que soit le candidat en présence. Il aura suffi qu'un challenger donne l'impression de pouvoir s'inviter au duel annoncé pour que les électeurs revisitent très vite leur intentions de vote, en optant pour un choix plus conforme à leurs envies. Il y a dans cette France de la droite une vraie volonté de renverser la table et de mettre en oeuvre des mesures fortes pour changer les choses. La mandature Hollande n'a été qu'une succession de demi-mesures, de pas de côtés et de renoncements sans fin. Or chacun est conscient que la précarité, le chômage récurrent, la peur du déclassement et la remise en ordre du pays ne sauront se contenter de ces mêmes mesurettes qui ont failli depuis trente ans.  

Enfin que les électeurs qui se sont exprimés hier sont moins sensibles au gossip politique que ce que l'on croit. Les temps ont changé ; il y a désormais une exigence populaire pour le "parler vrai" et pour le "faire". Si François Fillon a totalisé près de 45% des votes, c'est non seulement parce qu'il a su présenter une hauteur de vue propre à une stature d'homme d'Etat qui sonnait vraie lors des débats télévisés, mais surtout parce que, malgré l'adversité, il a démontré des convictions fortes, bien ancrées et cohérentes avec son personnage d'homme public. Ses électeurs lui font confiance pour faire ce qu'il a dit, seulement ce qu'il a dit, mais tout ce qu'il a dit. Cette crédibilité s'est trouvée renforcée par le fait que son équipe et ses soutiens ne sont pas des politiques de premier plan, ceux-là ayant opté pour le favori Juppé ou pour le champion présumé Sarkozy. Fillon ne semble rien devoir à personne, ce qui laisse à penser qu'il choisirait ses "collaborateurs" de 2017 pour leurs seules compétences et non pour distribuer les sucettes du ralliement.

 

Une dernière remarque pour terminer : 

Face à l'ampleur des écarts, il aurait été opportun qu'Alain Juppé reconnaisse la volonté quasi majoritaire exprimée par le peuple de droite, et qu'après la déclaration de Nicolas Sarkozy, il renonce de lui-même à ce second tour qui n'apportera rien au débat, sauf risquer de fracturer cette dynamique qui s'est levée à l'amorce de la course présidentielle de 2017.    

  

Posté par phoenix_rd à 10:45 - - Commentaires [0] - Permalien [#]
Tags : , , , , , ,


20 novembre 2016

Les enseignements de la candidature Macron

Faut-il être masochiste, ou bien avoir une très haute estime de soi, ou encore être dévoré d'une ambition démesurée pour prétendre à la magistrature suprême à l'aube des échéances de 2017 ? Sans doute un peu des trois, avec, comme dirait le César de Pagnol, des tiers à proportions variables selon les individus. Car enfin, vouloir être président d'une République en danger, sinon en déclin, à ce moment si particulier de notre histoire où chacun sent notre nation à la croisée des chemins, cela ne saurait constituer une sinécure, mais plutôt un long chemin de croix. Il reste à espérer que le vainqueur de mai 2017 sera effectivement le mieux armé pour nous orienter sur le meilleur des chemins possibles. 

Depuis quarante ans, la France s'est laissée enfermer dans une crise économique qui n'a eu de cesse de creuser les différences comme les déficits, de précipiter ses citoyens, les uns dans les affres du chômage, les autres dans la précarité sociale, et de diluer les valeurs républicaines dans les petites lâchetés du renoncement. Tous les pouvoirs qui se sont succédés ont été incapables de régler les situations difficiles ou d'anticiper les défis qui allaient survenir immanquablement. Dans un pays qui, à tous les étages, a cultivé le mot d'ordre "surtout pas de vague" jusqu'à la nausée, alors que, d'évidence, la mer grossissait sur tous les fronts sociaux, se sont installés les sentiments d'impuissance et d'abandon, faisant le lit du populisme ambiant. 

Et pourtant, on ne compte plus les prétendants à remplacer François Hollande dans quelques mois. Cinq d'entre eux seront éliminés dès ce soir, après les résultats de cette primaire de la droite... sans le centre. Pour deux quadras, cette épreuve constituait une mise en jambe, sorte de galop d'essai pour prendre date avec les français dans la perspective de 2022. Pour les autres, espérons qu'il s'agisse de leur chant du cygne, car il est qu'urgent de faire de la politique autrement !

A gauche aussi, les ambitions se bousculent au portillon de la primaire, et plus encore en dehors de celle-ci. Ainsi, la candidature d'Emmanuel Macron est-elle intéressante à plusieurs titres.

C'est d'abord un festival de premières : première fois qu'un trentenaire se lance dans cette course en pouvant espérer bien plus qu'un succès d'estime, si l'on se fie aux premiers sondages : le tabou de l'âge et de l'inexpérience supposée va-t-il être levé ?  Première fois qu'un politique se frotte au suffrage suprême sans jamais avoir affronté les urnes auparavant : le poncif qui veut que l'on doive avoir été maire, député puis ministre avant de diriger notre pays va-t-il être contredit ?  Première fois qu'un conseiller personnel du président, devenu ministre d'importance, ose concurrencer directement son mentor, puisqu'il ne fait aucun doute que François Hollande ambitionne de défendre lui-même son bilan : dans la France de 2016, un jeune élève peut-il enfin s'affirmer contre son maître - dépassé ou ayant failli -  sans payer le prix de Brutus ?

C'est ensuite le type même de candidature, qui, d'incongrue à improbable, s'est progressivement imposée comme allant de soi, bien soutenue, voire servie, par des médias complaisants. En effet, la créature politique Macron est autant le fruit d'un apprentissage manoeuvrier réussi à l'école de la Hollandie que le jouet de rédactions désireuses de créer le buzz pour combler le trou à gauche, après le désastre annoncé de la présente mandature. Logiquement, Manuel Valls eût été le représentant naturel du courant social-libéral du PS et pourtant Macron a su s'imposer sur ce créneau. Cela tient sans doute au fait que, même si il s'appuie sur un courant du parti, le chef du gouvernement manque de ces relais qui ont su susciter des appétits chez son concurrent, à savoir une certaine presse de gauche, les milieux bobos parisiens et surtout de riches amis du monde de la finance et du business qui voient en Macron un acteur bien plus malléable et intéressant qu'un ancien maire de banlieue difficile, adepte des coups de menton et de l'ordre républicain.

C'est enfin le signe d'une renaissance de l'esprit constitutionnel voulu originellement par le général De Gaulle. Après Mélenchon et sa France des insoumis, on assiste à l'émergence d'une personnalité qui se met en marche à la rencontre du peuple à l'occasion d'un scrutin présidentiel à venir. Même si, par la force des choses, il avait été forcé de composer avec le système des partis politiques, son illustre aîné avait su mesurer, à l'aune des blocages institutionnels de la quatrième république, le danger de ces appareils partisans, qui consacrent toute leur énergie à la conquête du pouvoir et qui alimentent toutes les ambitions néfastes lors de son exercice, au détriment du travail d'équipe en faveur de l'intérêt général. C'est peu de dire que la notion d'un homme providentiel, issu de la sélection intra-parti politique, a fait long feu dans l'opinion publique. L'appareil des partis de gouvernement est perçu comme une maffia qui se préoccupe plus de faire et défaire des carrières que de réfléchir à des solutions pour résoudre les problèmes du pays. Comment expliquer autrement la récurrente impréparation de ceux qui accèdent au pouvoir et l'inanité de leurs actions gouvernementales ?

La candidature Macron, c'est donc un pied-de-nez à la notion de ces primaires qui polluent désormais le débat public en exacerbant les ambitions personnelles à l'intérieur d'un même parti et en le gavant de petites phrases. Quand, par le jeu des alliances et des stratégies, le chef d'un courant largement minoritaire peut espérer faire main basse sur le parti, chacun s'active à créer sa propre chapelle identitaire ; à force de divisions pour mieux distinguer les individualités, le parti se délite et ne fonctionne que pour assurer une illusoire survie sous perfusion. Alors que sans les primaires, les porteurs d'une vraie différence seraient plus enclins à prendre leur envol, comme Nicolas Dupont Aignan a su le faire en son temps avec le RPR. 

Dans ce contexte, qui que soit le vainqueur au soir du 27 novembre, le candidat issu de la primaire à droite aura fort à faire pour apparaître légitime dans son propre camp et, malgré le bilan négatif de la gauche de gouvernement, rien n'est fait pour qu'il s'assure d'une place au second tour en mai 2017, et moins encore d'une victoire ! Cela devrait inciter les uns et les autres à faire preuve de plus d'humilité et à mettre leurs ambitions au service d'une certaine idée de la France, et non d'une très grande idée d'eux-mêmes. 

 

Posté par phoenix_rd à 10:39 - - Commentaires [0] - Permalien [#]
Tags : , , , , ,

16 novembre 2016

Primaires à la française : un erreur dangereuse pour la démocratie

La machine à perdre de la droite et du centre amorce sa dernière ligne droite. A la veille du dernier débat et à quatre jour du premier tour, c'est un mécanisme infernal qui va fracasser la perspective d'une alternance salvatrice. Et ça, c'est un vrai problème, pour la démocratie et pour la nation française.

Quelques chiffres pour fixer le propos : lors du scrutin de 2012, ce ne sont pas moins de 80% des inscrits sur les listes électorales qui se sont déplacés, soit 36 millions de citoyens. Au premier tour, Hollande et Mélanchon cumulaient 14 millions de suffrage, Le Pen 6, Sakozy 10 et Bayrou 3. A la louche, les forces politiques alors en présence donnaient donc un gros tiers à la gauche de gouvernement, un bon tiers à la droite et un petit tiers aux candidatures dites "mineures", parmi lesquelles émergeait le roc FN. Aujourd'hui, à l'aune du résultat des scrutins intermédiaires qui ont émaillé le mandat présidentiel de François Hollande, nul ne doute que la donne a fondamentalement changé, dès lors qu'il est communément admis qu'à elle seule, Marine Le Pen approchera cette proportion du "tiers exprimé" au soir du 27 avril 2017. Avec un tripartisme s'imposant dans des institutions élaborées pour la confrontation limitée à deux blocs, la représentativité de notre démocratie était déjà malade. Avec le remède "participatif" concocté sous la forme de "primaires" par des appareils partisans autistes et décrédibilisés, le malade voit son état s'aggraver. 

La publicité faite autour du trublion Trump - et dans une moindre mesure autour du parcours de Sanders - a permis aux français de suivre en direct les douze mois des primaires américaines. Et ainsi de relativiser la pâle copie : le gadget promu par le parti socialiste depuis 2002 - et surtout 2007 - tel que repris par la droite aujourd'hui, ne correspond ni à notre vécu citoyen, ni à ce qui fonde l'esprit de notre constitution. La primaire américaine est à la politique française ce que Halloween est à la fête de la Toussaint, une importation factice basée sur du mauvais marketing. 

Si l'on se réfère à la période 2011-2012, rappelons-nous que le candidat à la candidature Hollande aura assuré sa qualification présidentielle avec un petit million de votants à la primaire socialiste (1er tour) - moins de 10% du potentiel électoral d'avril 2012. Premier enseignement : la primaire citoyenne ne mobilise pas... le citoyen. Et malgré les nombreux ralliements de l'entre-deux tours, ses 40% du 1er tour n'ont accouché que d'une petite victoire (56%), révélatrice des dissensions, exprimées et à venir au sein de son propre camp. Quel est l'intérêt de fragiliser dans son propre camp notre futur "monarque républicain" avant même son élection ? 

Cette "primaire de la droite et du centre" souhaite une mobilisation équivalente, autour des 2.5 millions d'électeurs, tout en espérant le chiffre fou des 4 millions, en guise de démonstration de force. En toute hypothèse, ces quatre millions de votants représenteraient encore moins du quart des exprimés de 2012 en faveur du duo ennemi Sarko-Bayrou, et selon toute probabilité, le vainqueur du premier tour plafonnera à 35%.

Avec une primaire à l'échelle française, on dispose donc surtout d'une photographie de la division qui appuie là où ça fait mal à notre démocratie : le "fan club" de celui qui sera sans doute le prochain président de la République se limite en réalité à un petit million d'électeurs originels. Dans le même temps, les courants partisans se trouvent figés, négociant les sucettes honorifiques ou attendant de devenir incontournables, comme l'a joué Manuel Valls avec ses 6% de rupture !

Par son carriérisme forcené, le personnel politique français n'est simplement pas configuré pour les primaires. En France, ce n'est pas une tare de se ramasser deux ou trois fois au scrutin suprême : au contraire, il y flotte un parfum de légitimité, comme une prime à l'obstination fort des exemples Mitterrand et Chirac. Aux Etats-Unis, rares sont ceux qui, comme Hillary Clinton, jouent deux fois la compétition de la primaire, et aucun n'a essayé de remettre le couvert après avoir été battu à l'échéance de novembre !   

Les primaires à la française accentuent les dissensions personnelles, plus encore que les ambitions, et elles amplifient à l'excès les petites divergences dans les courants de pensée au sein d'une famille politique. Elles créent une instabilité non seulement pendant la campagne, mais aussi après la victoire. En 2007, Ségolène Royal s'est vue torpillée par les éléphants socialistes ; après mai 2012, Aubry a joué contre la ligne Hollande. Demain, le perdant du 27 novembre - et ses partisans - opteront pour un retrait de façade, tout en misant sur l'idée de recours en cas de blocage.

 

Sous couvert d'une plus grande participation citoyenne à la vie politique, les primaires à la française ne font que fragiliser un pouvoir politique, qu'il soit partisan ou gouvernemental, déjà largement discrédité par l'absence de résultats socio-économiques et mis à mal par le temps court des réseaux sociaux et des médias. Voilà pourquoi les candidatures libres, de Macron à Mélenchon et Le Pen, peuvent créer une sacrée surprise au 27 avril prochain.

Posté par phoenix_rd à 08:28 - - Commentaires [0] - Permalien [#]
Tags : , , , , , , ,

11 novembre 2016

Sondages au ban des accusés : les raisons d'une déroute

Qualité des sondages et professionnalisme des sondeurs sont sur la sellette depuis le Brexit, et plus encore depuis la victoire "surprise", comprendre par là non pronostiquée, de Donald Trump à la Maison blanche. Il paraît évident que les méthodes traditionnelles d'interrogation de l'opinion ont été incapables de recueillir des données fiables dans les deux cas, et il n'est pas inutile de chercher à comprendre pourquoi.

La première raison tient à la qualité du panel des sondés, cet "échantillon représentatif" censé traduire les positions d'une population prise dans sa globalité. La lisibilité des clivages, qu'ils soient d'ordre politique, catégoriel, économique, générationnel ou ethnique, devient de plus en plus floue à mesure que la société s'individualise. La notion même de groupe représentatif a largement perdu de son sens. Certes, les techniques de sondage se sont affinées pour réduire les marges d'erreur ; mais les supports qu'elles utilisent - Internet, téléphonie mobile... - font justement l'impasse sur des populations laissées pour compte, qui, dès lors qu'elles se mobilisent en nombre, sont susceptibles de retourner les résultats "prévisibles". Par ailleurs, l'inflation de ces enquêtes porte les germes d'une lassitude, d'une exaspération face à ce qui apparaît comme un vote à venir "couru d'avance". Dans sa redondance eu égard à la pléthore des instituts et à la fréquence des publications, le sondage fonctionne de facto comme un outil de marketing au service d'un vote "favori", celui du candidat qui arrive en tête ; à sa façon il concourt à façonner une pensée unique,"avérée" car confortée par lui-même. 

On aborde là la deuxième raison : les sondés, blasés, lassés ou sans opinion tranchée, répondent souvent par rapport aux sondages précédents. Ils leur font écho plus qu'ils ne livrent leur sentiment véritable. Ils disent ce que l'interlocuteur veut entendre, ou à tout le moins, il veut "répondre juste". Cela est d'autant plus vrai quand les questions dirigées induisent des réponses par facilité. Prenons l'exemple de la primaire de la droite. "Pour qui voteriez-vous au premier tour ?" Une question claire, simple qui peut se compléter par une information sur le degré de certitude sur ledit vote. La réponse toutefois sera immédiatement retoquée par la question suivante ; "Qui ralliera votre suffrage,de Juppé ou de Sarkozy, au second tour ?" Cette question, anticipée avant même les résultats du premier tour, induit que les jeux sont déjà faits, que votre première réponse n'avait en réalité aucun intérêt et que, si vous aviez opté pour un autre finaliste, vous êtes donc un perdant qui s'ignorait. Mais la fois suivante, on ne vous y reprendra plus, et vous aurez "juste", avec Juppé ou Sarkozy naturellement !

En cela, le sondage se fait l'instrument d'une dictature de la pensée - ou du choix - unique. Et puisque tout le monde - sondages, analystes et commentateurs - dit que Juppé va gagner, hé bien à la question "Qui voyez-vous gagner la primaire ?", le sondé, soucieux de répondre correctement, bêlera le nom du favori désigné, tel le mouton de Panurge,

A la différence de ces réponses "conditionnées", la troisième raison tient à la dissimulation volontaire du vote réel. Parce que, face aux diktats de la bien-pensance et du politiquement correct, celui qui pense voter pour "l'outrancier ou le honni" ne souhaite pas devoir justifier de son choix. Avez-vous remarqué cette tendance forte chez les journalistes d'interroger certains électeurs, du FN notamment, sur le pourquoi de leur vote, un peu comme si ces citoyens-là, des "égarés" sans doute, devaient systématiquement leur présenter une raison "légitime" expliquant leur "déviance" démocratique ! Jamais vous n'entendrez ces mêmes professionnels demander à un citoyen ayant voté pour un parti de gouvernement - donc "légitime" à leurs yeux - de donner ses raisons. Puisque Trump était unanimement salué par la presse américaine - sauf Fox News, média foncièrement Républicain - comme xénophobe, raciste, grossier, misogyne, dangereux etc..., il était clair qu'un électeur de Trump devait au moins répondre lui-même à l'un de ces qualificatifs, puisque "qui se ressemble, s'assemble", comme dit le proverbe. Quel sondé veut-il risquer d'apparaître ainsi, même face à un correspondant inconnu ? Un convaincu ? Assurément. Un hésitant ? Absolument pas. De la même manière, en France, il est probable que lors des sondages des premier et second tour de la présidentielle, certains sondés préfèreront taire leur soutien électoral à Marine Le Pen parce que, même si il n'est plus considéré comme un tabou, le vote frontiste sent encore le souffre.

Malgré des outils de plus en plus élaborés, les sondages peinent désormais à rendre compte des réalités d'un scrutin, assurément parce qu'ils sont d'abord perçus comme des faiseurs d'opinion - au même titre que les mass médias qui les commandent et qui les relaient jusqu'à l'overdose - et non comme le révélateur d'une opinion générale. Le fameux cliché de "la photographie de l'opinion" à un instant T (pour Time !) a subi la révolution Photoshop du politiquement correct ; il n'est pas sûr qu'il retrouve toute sa pertinence dans les prochains mois.

 

  

 

Posté par phoenix_rd à 14:30 - - Commentaires [0] - Permalien [#]
Tags : , , , ,

09 novembre 2016

Trump président ou la révolte des sans-dents, un exemple pour la primaire de la droite ?

Donald Trump vient d'être élu par le peuple américain pour devenir le 45ème président des Etats-Uis d'Amérique. A la surprise des instituts de sondage locaux, à la stupeur du microcosme politico-médiatique de Washington et à l'incompréhension de l'establishment de la côte Est, notamment. A la stupeur aussi de nos experts auto-proclamés qui interviennent dans les débats qui comptent en France, à la télévision, à la radio ou dans les colonnes des magazines et que ce résultat doit renvoyer à leurs chères études, mais surtout à plus d'humilité dans leurs analyses.

Pourtant, cette victoire était non seulement prévisible, mais inéluctable. En effet, il monte au sein de nos démocraties occidentales, fracturées de toutes parts, le souffle de la révolte des sans-grades (des "sans dents" dirait l'autre), des incompris, des négligés, bref de cette majorité silencieuse violentée par les crises à répétition et qui, après des décennies d'inquiétudes, de souffrances, de déclassement et d'écoeurement, a décidé de se faire entendre.

Espagne, Grèce et Italie avant-hier, avec les mouvements "Podemos" et consorts, le Royaume-Uni, dans une certaine mesure, avec le Brexit hier, et donc la Trumpisation de l'Amérique ce matin, toutes ces nations révèlent le grand fossé qui sépare "le peuple", avec son vécu et/ou son ressenti, et "ses élites" qui ne l'incarne, ni ne le comprend plus, si tant est qu'elles l'aient jamais entendu. 

Naturellement par "élite", on pense immédiatement au personnel politique, dont les états-majors partisans sont aussi coupés des réalités du monde des petits, principalement concentrés sur le carriérisme de leurs leaders et sur leurs stratégies électoralistes. On pense aussi à la sphère médiatique, ce quatrième pouvoir qui s'est perdu dans les arcanes politiciennes à force de frayer dans un entre-soi valorisant : "à force de coucher avec l'ennemi, on épouse sa cause", est-il coutume de dire et les exemples abondent de ces journalistes en couple avec des politiciens de premier plan.

Mais en réalité, cela concerne plus largement tous ceux qui, par leurs fonctions ou par leurs activités, donnent l'impression d'évoluer dans des bulles - de Champagne hors de prix bien - en dehors de cette "réalité vraie" qui percute le quotidien des familles. En acumulant les soutiens du show-business, Hillary Clinton n'a pas compris qu'elle scellait définitvement son sort dans les "swing states". Que sait Beyoncé et ses pailletes des affres du déclassé du middle-west ?   

Se faire le porte-voix des craintes populaires, relayer les aspirations légitimes d'une nation, parler au coeur des gens, voilà ce qui a fait le lit du succès de Trump. Parce qu'il a fait l'effort d'écouter, parce qu'il a pris le temps de discuter, parce qu'il a parlé simple, voire souvent simpliste, il a été choisi dans les urnes par cette majorité du silence qui s'est mobilisée en masse. Pour autant, ce peuple de révoltés face aux élites n'est pas dupe. Sans doute Trump a-t-il rasé gratis durant sa campagne et l'establishment républicain aura tôt fait de limiter les fougues de celui qui a tant secoué l'institution conservatrice. Mais face à ses concurrents de la primaire d'abord, puis face à Hillary Clinton, Trump le milliardaire a réussi ce tour de force à se faire reconnaître par le peuple comme l'un des leurs, et non un énième représentant de la "clique de Washington", corrompue et corruptrice.

On peut aussi remarquer que, si la primaire démocrate n'avait pas été à ce point manipulée par les cadres pro-Clinton, sans doute aurait-on eu un duel Trump-Sanders en ce 8 novembre 2016, signe que la déflagration anti-élite traverse tout le pays.

Dans un contexte franco-français à l'heure des échéances de 2017, l'un des enseignements de cette victoire de Donald Trump tient au fait que rien n'est plus fédérateur pour un peuple délaissé, déclassé, voire méprisé, que de se mobiliser contre le "politiquement correct" vendu par les partis de gouvernement et complaisamment relayé par les médias. Le peuple entend se libérer de tout ce qui est censé parler en son nom ou le représenter. On le voit avec les mouvements de policiers en colère, manifestant hors de toute organisation syndicale. On le voit dans la perte de vitesse des partis politiques qui contraste avec les mouvements citoyens, permis par le développement de l'Internet et des réseaux sociaux. Finie la dictature du "bon" vote ou du vote "utile" pour une part croissante d'électeurs qui se cherchent un porte-drapeau plus qu'une organisation partisanne. Mélenchon et Macron, deux exemples de trajectoires individuelles qui peuvent trouver un relai positif dans l'opinion, puis dans les urnes. Si l'homme providentiel ne fait plus recette, "le solitaire en marche" fait des émules. 

Aurons-nous notre Bernie ou notre Donald lors de la présidentielle de 2017 ? La France, qu'elle soit en marche, insoumise, en colère ou qualifiée d'extrémiste, va-t-elle faire sa révolution de palais ? Rien n'est moins sûr tant ses bouées anti-crise sociales savent anesthésier les mouvements d'humeur dans les urnes. Tant qu'il y a quelque chose à perdre, le conservatisme politico-électoral - de droite comme de gauche - continue de survivre. Pour autant, nous ne sommes pas à l'abri d'une fronde citoyenne. Le résultat de la primaire de la droite sera éclairant sur ce point.

La France de la droite et du centre va-t-elle vraiment s'exprimer ou bien se laisserat-elle gangrénée par le petit jeu de l'entre-soi du microcosme parisien ? Passera-t-elle outre le diktat des sondages et les présentations orientées des médias qui ont déjà fait le match du second tour, avec un "Juppé/Sarkozy" ? Votera-t-elle avec le coeur pour le candidat qu'elle veut porter au pouvoir, ou avec la "raison", en avalisant  le choix du favori désigné par la "caste des experts" ? 

Les français de la droite et du centre auront-ils le courage de choisir le vote d'adhésion plutôt que celui par défaut ? Les américains viennent de leur donner une leçon. On saura très vite s'ils l'ont bien retenue.