Il y a comme un problème...

13 février 2017

Clap de fin

Hé bien voilà, ainsi que je l'avais indiqué il y a quelques semaines de cela, il existait une possibilité que ce blog s'arrête prochainement, suite à une offre de collaboration rejoignant un peu ce que je fais ici. Celle-ci vient de se concrétiser ; je me vois donc dans l'obligation, plus morale que contractuelle il est vrai, de terminer, aujourd'hui, une histoire qui aura duré près de 300 messages et un quasi-quinquennat.

J'avais commencé en 2012 en alertant sur les risques d'une élection de François Hollande, sa personnalité ne pouvant donner le change à incarner le chef de l'Etat d'une République aux contours, au demeurant, très monarchiques, et sa méthodologie de gouvernance ne pouvant correspondre à l'autorité et à la prise de décision qui incombent au président de la France. Au moment de vous quitter, je dirai qu'il serait tout aussi déraisonnable pour la nation française, au risque de tomber de Caribe en Scylla, de succomber à la Macromania d'un côté, à la Marinite de l'autre. Certes le peuple est souverain, et certes il dispose de son libre-arbitre, mais ces deux caractéristiques n'empêchent aucunement de faire les mauvais choix, surtout quand tout est ouvert.

Les électeurs se sont trompés en 2012 en votant pour François Hollande ; d'aucuns diront, à juste titre, qu'ils ont surtout été trompés, avec ses promesses non tenues (mais c'est souvent le lot de ces friandises électorales) et avec des décisions prises à l'inverse des engagements du candidat. Certes, "la petite-fraise-des-bois", chère à Fabius, avait été élue par défaut, pour contrer la réélection de l'épouvantail Sarkozy, mais en réalité ce duel du second tour aurait pu être évité, et donc l'issue néfaste du scrutin, et donc ces cinq années qui n'ont pas seulement été perdues, mais qui ont ouvert ce champ de tous les possibles qu'est devenue la présidentielle 2017. Oui, cela aurait pu être évité si la sagesse populaire l'avait emporté, si les "Hollandais par défaut" et les "Sarko par dépit" du premier tour avaient pris leurs responsabilités en optant pour le recours idéal, cette option centrale alors incarnée par François Bayrou. Manque de clairvoyance étayé par la tyrannie des sondages "qui tuent le supposé 3ème". Ce dernier n'aurait sans doute pas résolu la crise sociale et économique - elle dure depuis trop longtemps, elle est enkystée bien trop profondément dans le corps sociétal pour être réglée à l'homéopathie centriste - mais à tout le moins, ce François-là faisait un constat lucide sur la situation et son raisonnement pour conduire le pays était solide. Autrement dit, une présidence Bayrou n'aurait pas navigué à vue pendant près de trois années dans l'attente d'un retournement de tendance (parce que c'est comme ça que c'était prévu dans les bouquins d'économie de Hollande !). Alors peut-être la France aurait-elle pu profiter à plein de l'alignement favorable des planètes (euro compétitif, prix du pétrole bas, taux d'intérêt quasi-négatifs) pour aborder 2017 sous un ciel plus serein.

En 2012, la France a raté le virage en douceur pour oser la réforme ; en 2017, cette douceur n'est plus d'actualité et pour autant c'est peu de dire que le pays n'est toujours pas préparé à prendre un tournant en épingle à cheveu à grande vitesse. 2017 n'est pas 2012 : le pays ne peut se contenter de rejouer le match en optant pour le pseudo-centre Macron en se disant que cela rattrapera son erreur sur Bayrou. Les choses ont changé, le monde a changé. Vous l'avez noté comme moi, le temps du XXIe siècle est différent de celui du XXe. Tout y va beaucoup plus vite, tout y évolue à grande vitesse.

Macron ne saurait être la solution ; en réalité lui aussi, comme son ex-mentor Hollande, serait un erreur de casting. Non parce qu'il est jeune - ce n'est pas un défaut, même si l'expérience d'élu eput compter ! Non parce qu'il a une formation de haut-fonctionnaire - ce n'est pas une tare, si l'on sait ôter ses oeillères ! Non parce qu'il a été un banquier d'affaires - cela reste une expérience professionnelle tout à fait honorable, pour autant que l'on ne soit affidé à aucun lobby financier ! Non, pour aucune de ces raisons évidentes, mais parce que c'est d'abord un philosophe. Un président de la République, chef des armées d'une puissance nucléaire, doit être un décideur qui tranche, d'autant plus en période trouble comme celle qui s'installe partout à nos portes. Les problèmes de la nation ne sont pas des sujets sur lesquels on peut disserter en prenant des hauteurs philosophiques alors même que la population n'est déjà plus en capacité d'attendre des prises d'initiative sur la question migratoire, sur la sécurité en Europe, sur la question du terrorisme, sur les alliances diplomatiques en écoutant un président discourir sur le sexe des anges. Bien diriger, cela consiste souvent à accepter de prendre la moins mauvaise des solutions ; avec un intellectuel philosophe, la décision se doit d'être nécessairement excellente, d'où un besoin d'attendre, d'où une nécessité de s'élever ; c'est dire le fossé mental qui existe entre ces deux points de vue. Une autre raison qui fait que Macron serait un mauvais choix pour la France : c'est un comédien dans l'âme. Elire un président qui se vivrait alors en éternelle représentation serait tragique, la forme et l'image l'emportant sur le concret.

En face, Marine Le Pen ne saurait être la solution. Si les constats, remontés du terrain, ont souvent été partagés par le plus grand nombre - est-ce à dire qu'ils étaient tous justes ?  - ses solutions sont par trop hasardeuses, voire simplistes, pour engager efficacement le pays dans une phase réformiste apaisée.

Alors qui ? Le "encore-candidat-à-ce-jour" des Républicains est à ce point fragilisé que son programme est devenu otage de sa personnalité aujourd'hui contreversée. Même bien élu, même avec un projet amendé, François Fillon président verrait les opposants vent debout contre lui et contre son gouvernement. Comment gouverner dans ces conditions ? Il n'arrive même pas à faire campagne sans être accompagné par le bruit des casseroles de quelques excités de l'ultra-gauche!!

Le duo Hamon / Mélenchon parachèverait, quant à lui, la catastrophe amorcée par le quinquennat Hollande, avec une majorité hétéroclite tiraillée par les frondes internes face aux réalités de l'exercice du pouvoir.

A la vérité, si ils veulent éviter de reproduire les erreurs électorales du passé sans se jeter dans les abysses de l'aventurisme politique ou se contraindre à un choix impossible de second tour, où l'élu serait, pour le coup, un gagnant par double défaut, alors les français n'ont d'autre choix que d'étudier plus attentivement les offres alternatives, portées par ces "petits" candidats que le microcosme dévalue sans cesse, mais qui, par leur constance, leur expérience de l'adversité et leur contact avec les réalités du terrain, peuvent incarner un vrai renouveau, otage d'aucun lobby.

Pour les électeurs de droite, souverainistes et gaullistes - sans être passéiste -, la solution pourrait être incarnée par Nicolas Dupont-Aignan. Les français majoritaires auront-ils tout loisir d'entendre son projet et de mieux le connaître dans ce délai de 70 jours avant le premier tour de scrutin. Ce n'est pas certain, et c'est encore et toujours le problème...

 

PS : Pour finir, ce petit message personnel que j'adresse à ceux à qui mes observations manqueraient de trop. Libre à vous de me laisser un message sur ce blog, pour me poser une question sur l'actu du moment, je me ferai un plaisir de vous répondre directement.   


11 février 2017

L'absence de centre, un problème pour l'équilibre des forces politiques

Personne ne le relève et c'est bien regrettable : l'une des nouveautés de la campagne 2017 tient au fait que cette élection présidentielle, si particulière à bien des égards, a tué le centre, et cela par deux fois. Par deux fois, car, à l'heure où nous écrivons ce post, François Bayrou n'a toujours pas pris sa décision de se présenter pour ce qui serait sa quatrième participation. Et compte tenu de l'atmosphère actuelle de "dégagisme", concept cher à Jean-Luc Mélenchon, son entrée en campagne à moins de 70 jours du scrutin serait pour le moins suicidaire : "l'homme à la gifle" de 2012 n'a pas le tempérament d'un "blitzkrieger". Si Bayrou renonçait, alors le centre, c'est-à-dire en l'occurrence tous les partis se réclamant du centre dans le paysage politique français, serait bien le grand absent de cette élection majeure dans notre démocratie. 

La première mort du Centre, ce fut la primaire organisée par Les Républicains. Quand bien même celle-ci avait perdu sa dénomination initiale "de droite et du centre" pour n'être qu'une compétition interne au parti de Nicolas Sarkozy, l'invité Poisson mis à part, la primaire avait néanmoins réussi à phagocyter les trois partis qui se disputent le centre politique en France. En décidant de soutenir chacun un candidat à la primaire, l'UDI de Jean-Christophe Lagarde, le NC d'Hervé Morin et même le MoDem de François Bayrou se sont plus ou moins sortis du jeu électoral d'avril 2017. Ces ralliements, qui derrière Juppé, qui derrière Le Maire, ne disaient que trop leur volonté de déserter le combat des chefs pour ne constituer qu'une force d'appoint, fut-elle symbolique. Et de fait, leur stratégie a contribué à ne pas offrir aux électeurs du centre une option clairement identifiée centriste pour l'élection qui, par sa mobilisation, est la seule qui compte vraiment en France ; cela en dit long sur la faiblesse de cette famille politique, détruite par des luttes d'ego et par de profondes divergences tactiques. Sans doute les sondages qui prédisaient une large victoire d'Alain Juppé, le plus centriste des Républicains, ont-ils joué un mauvais tour dans cette prise de décision collective, à défaut d'être vraiment collégiale, mais il ne faut pas sous-estimer par ailleurs l'influence des arrangements d'appareil dans la perspective de la répartition des investitures pour les législatives à suivre. Quoi qu'il en soit, avec la victoire de Fillon, le centre, à vrai dire sans candidat, est rentré dans un relatif anonymat qu'une défaite de la droite transformerait en longue traversée du désert, sans réelle présence au Parlement.

Et c'est bien là la seconde mort du Centre, cette incapacité récurrente à exister par lui-même ou à peser désormais dans ce scrutin. Car, et c'est bien le plus grave, cette absence de tout représentant a provoqué un appel d'air qui a favorisé la démarche d'Emmanuel Macron. Or le leader d'En Marche n'est ni centriste de coeur, ni centriste de ralliement. Ce n'est pas parce qu'il se réclame "ni de droite ni de gauche" ou qu'il est considéré "et de droite et de gauche" que le chouchou des médias - c'est normal, un bon comédien fait toujours vendre ! - se situe au centre de l'échiquier politique. Ou alors cela signifierait qu'être centriste en 2017, c'est avoir a priori des idées très libertaires sur les questions sociétales, une position très libérale sur les questions sociales et un corpus économique à géométrie variable mais avec des marqueurs de gauche relativement affirmés. J'ai bien précisé "a priori" puisque plus Macron-le-philosophe parle et moins on saisit l'articulation de son projet et les mesures pratiques qu'il entend mettre en oeuvre. Par mesures pratiques, j'entend bien sûr des solutions nouvelles, susceptibles d'apporter des réponses concrètes aux problèmes que les politiques successives de gauche et de droite et de gauche (Hollande n'étant pas Jospin) n'ont jamais réglés.

Macron peut bien aspirer les électeurs de centre dans les intentions de vote, son mouvement de citoyens est avant tout un tourbillonnement d'enthousiasme et d'idéaux divers et variés qui fédère par centrigugation et au centre duquel on ne trouve que le vide "idéologique". Or le vide n'est pas le centre ; le centre "historique" n'est pas une absence de conviction ; cela ne se résume pas à un milieu incertain et mouvant d'idées éparses et de projets multiples qui ne seraient marqués ni par les valeurs de droite, ni par les supposés de gauche.

Comme ce fut le cas pour François Hollande en 2012 - et l'on a vu le résultat ! - Macron agrège avant tout des rejets, rejet du programme Fillon - et maintenant de sa personnalité -, rejet des deux projets de la gauche "bien à gauche", Hamon et Mélenchon, rejet des droites patriotiques de Le Pen et NDA. Cela ne fait pas de lui un candidat centriste, et encore moins un représentant du Centre.

On a l'habitude de dire qu'en France, les élections présidentielles se gagnent au centre, pour la droite comme pour la gauche ; pour preuve, les choix de Bayrou, "faiseur de roi", qui ont favorisé Sarkozy en 2007 et Hollande en 2012. Cette année, en cas de duel Le Pen - Macron, le glissement se fera dans le sens inverse : c'est ce centre putatif Macronien qui devra décider de pencher d'un côté ou de l'autre pour l'emporter. Parions alors que cela sera à gauche et rien ne dit, alors, que les électeurs centristes ne se sentiront pas comme les cocus de l'histoire. 

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09 février 2017

La meute médiatique n'apprendra-t-elle jamais rien ?!

La France des banlieues se manifeste à l'occasion de l'incident qui s'est déroulé à Aulnay-sous-bois voici quelques jours, lors de l'interpellation d'un jeune homme, désormais mondialement célèbre sous le seul prénom de Théo. 

Il ne faut pas s'y tromper : derrière les violences qui illuminent les nuits de Paris, de Nantes et d'ailleurs, c'est le réseau des petits caïds de quartier qui s'active afin de préserver son business lucratif d'une pression policière trop appuyée. Les dealers savent pertinemment qu'en mettant la pression, l'Etat et ses préfets ordonneront à la sécurité publique de mettre la pédale douce dans leurs activités au niveau des quartiers pendant un certain temps... Moins de patrouille d'un côté, cela fait moins de tracas pour dealer en paix, et donc plus de bénéfices, de l'autre. A cela, naturellement, vient s'ajouter les casseurs professionnels qui profitent du moindre incident pour faire monter la mayonnaise et éventuellement faire leurs courses dans des magasins repérés à l'avance.

Sur les faits, chacune peut se faire une opinion puisque tout le monde a eu le privilège de visionner à l'envi la scène - confuse - sur les chaînes d'information en continu. En premier lieu, comme toujours, on ne voit que "la fin de l'interpellation musclée" et rien de ce qui l'a précédé. Or, pour qu'un jeune "sans histoire" soit ainsi pris à partie par une patrouille anti-criminalité, il doit bien y avoir une raison. Quelle est-elle ? Mystère. Dans les premiers compte-rendus, les commentaires frisaient le ridicule : "le jeune homme est un modèle, voyez, il joue au football !". Comme si la pratique de ce sport était un quelconque gage d'honnêteté ou de vertu ! Allez sur les stades et vous verrez comment certains "gentlemen" s'expriment, y compris au sein de l'élite d'ailleurs ! On a aussi eu droit à ce détail : "Théo est un référent du quartier". C'est quoi un "référent" ? Un "grand frère" ? Un associatif, bénévole ou rémunéré, faisant le lien entre qui et qui ? J'avoue ne pas avoir compris.

Attention, qu'on se comprenne bien, dans l'histoire, ce jeune homme de 22 ans est assurément une victime, puisqu'il a été blessé au cours de l'interpellation, et blessé plus que sérieusement comme chacun sait. Pour autant, le lynchage médiatique des quatre policiers, la mise à l'index, immédiate et systématique, de la présomption d'innocence, dès qu'il s'agit de la force publique pour laquelle on use et abuse du terme de bavure, ne sont pas justifiables, ni même justifiés à ce stade, puisque seule l'enquête pourra dire le droit. Ils ont été rapides à se tendre, les micros, pour diffuser la version d'une seule des deux parties concernées : beau-frère, soeur et même l'avocat de Théo - le célèbre et très médiatique Dupont Moretti qui saute sur les affaires à la une comme une tique affamée sur un chien gâleux - ont occupé l'espace médiatique en alternance avec l'affaire Fillon. Et le futur ex-président s'est même permis une visite au chevet du blessé pour le réconforter et pour montrer que oui, il était toujours là, le François ! 

Mais rassurez-moi, il a aussi fait le déplacement auprès des policiers brûlés dans leur véhicule l'an dernier, n'est-ce pas ? Il a toujours pris le temps nécessaire à s'enquérir personnellement de l'état de santé des membres des forces de l'ordre, policiers, gendarmes et militaires, gravement blessés lors de leur mission de service public, n'est-ce pas ? J'avoue pourtant que j'ai un doute... Déléguer un sous-ministre serait plus son style en l'occurrence ! 

Même le défenseur des Droits s'est invité pour rentrer dans la danse procédurale, en voulant se saisir du dossier. Défenseur des Droits, certes c'est utile et indispensable dans une démocratie ; pour autant, on cherche toujours un Promoteur des Devoirs dans cette République qui donne beaucoup - et souvent à crédit - mais qui ne se montre guère exigeante en retour ! 

Un procès médiatique à charge donc... Quelle que soit l'affaire, le réflexe de la meute est toujours le plus prompt ! Dans ces circonstances, il convient de saluer la victime elle-même qui, depuis son lit d'hôpital a lancé un appel au calme en disant sa foi dans la justice de notre pays !

 

Tout le monde a vu cette vidéo, brève et confuse. Et franchement, il est abusif de prétendre qu'il y a eu "viol en réunion" - comme l'affaire a d'abord éte présentée ! - ou même intentionalité de viol à la seule vue de ces images. Ce que j'y vois, à titre personnel, c'est un usage mal coordonné de la force de la part de l'équipe d'intervention, une lacune dans les techniques d'immobilisation. Ce qu'il reste à espérer, dans cette nation où le tribunal médiatique s'affaire à la manière des Robespierre de la Révolution, c'est que seule la vérité des faits l'emportera et que l'enquête, menée avec célérité et droiture, ne s'occupera qu'à établir les faits objectifs, sans se préoccuper des pressions, d'où qu'elles viennent.

A ce stade, ma conviction est qu'il s'agit donc d'un accident, comprendre d'une mauvaie maîtrise d'une matraque de la part du fonctionnaire de police, dont les conséquences sont certes dramatiques mais sans intentionalité criminelle. Quant à la justification de l'interpellation elle-même et du recours à la force, les images ne pouvant en aucun cas attester de la légitimité de l'une et de l'autre, personne ne saurait être en mesure d'avancer le moindre avis éclairé sur ce point en dehors des enquêteurs. 

Les médias ont une responsabilité sociétale, d'information certes, d'explication, c'est souhaitable, et de pondération, ce qui manque cruellement dans cette concurrence à faire le buzz. Il serait bon qu'ils en prennent conscience et qu'ils évitent de jeter de l'huile sur les braises d'une République malade de la crise économique mais surtout de trente années de petits renoncements et de grandes lâchetés qui ont fait le lit de la déliquessence de notre nation. Il est regrettable qu'à chaque prétendue affaire, ils contribuent à alimenter  ce malaise ambiant qui clive la société comme pour mieux installer le désordre. C'est un problème, comme est un problème le fait que, seule parmi les politiques à s'être exprimés sur le sujet, Marine Le Pen ait d'abord avancé son soutien aux forces de l'ordre et à la présomption de non-culpabilité des policiers mis en cause. Et ça, c'est un problème encore plus préoccupant de laisser le FN en seul défenseur des forces de l'ordre !  

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Désormais une chose est sûre : on ne sait jamais tout, alors autant dire qu'on ne sait rien

Connaissez-vous ce texte magnifique, interprété par Jean Gabin, qui s'intitulait "Je sais" ? C'est le point de vue d'un vieil homme se retournant sur son passé et qui constate qu'à chaque étape de sa vie, il avait eu la certitude de savoir tout sur tout, mais qu'en fin de compte et avec le recul, il s'était rendu compte qu'il n'avait jamais rien su de rien en réalité. Et cela se terminait par cette morale empreinte de grande sagesse : dans la vie, la seule chose que l'on sache vraiment, c'est que l'on ne sait rien en vérité. Encore faut-il le comprendre, et l'accepter.

 

Affaire Fillon :

Avec l'épisode 3 de l'affaire Fillon paru dans le Volatile, lequel journal, en d'autre temps, avait déjà torpillé une candidature de droite à la présidentielle, favorisant ainsi activement l'arrivée de la gauche au pouvoir (Mitterrand, 1981), il devient difficile de savoir. Selon l'hebdomadaire satirique, Pénélope Fillon aurait reçu 45.000 euros en guise d'indemnités de licenciement payées par le Parlement. Ceci plus cela, il n'y aurait plus de quoi fouetter son chat - une pratique stupide et condamnable, soit dit en passant ! Le trouble vient que cette révélation survient alors que, depuis quelques jours, les français n'ignorent plus rien du travail d'attaché parlementaire. De nombreux reportages, pléthore d'interviews des intéresses ont permis de mieux connaître le statut et les fonctions, diverses et variées, de ces assistants de la vie politique institutionnelle. Or, justement qu'a-t-on appris de la condition de ces forçats du Parlement ? Notamment trois choses :

- qu'ils touchent en moyenne 2.500 euros mensuels, une somme payée par le comptable du Parlement sur l'enveloppe consentie à chaque parlementaire (autour de 9.500 euros),

- qu'ils sont affectés, par contrat de droit privé, à des tâches décidées uniquement par leur employeur, en l'occurrence et uniquement le parlementaire,

- et qu'ils sont des travailleurs précaires, sorte d'intermittents du spectacle politique, puisqu'ils sont renvoyés automatiquement et sans aucune indemnité, notamment si leur parlementaire n'est pas réélu ou qu'il ne se représente pas. Ce statut mal fagoté et l'absence d'indemnités font d'ailleurs l'objet de négociations entre les institutions et l'association des attachés parlementaires.     

Et c'est là que l'on s'y perd : pourquoi le comptable du Parlement aurait décaissé une somme additionnelle au titre d'indemnités, qui, si elles sont prévues dans le contrat de travail, devraient être réglées par l'allocation mensuelle du parlementaire ? Si il était d'usage que le Parlement paie de telles indemnités - quel qu'en soit le montant - pourquoi tous les parlementaires n'en ont-ils pas fait profiter ceux de leurs attachés qui ont été licenciés ? Autant se quitter dans le meilleur des termes si on veut éviter des fuites malveillantes, non ?  Surtout si ça ne coûte rien au parlementaire ! Et pourquoi la question de cette indemnité est-elle justement sur la table des négociations avec le Parlement, prouvant de fait que le comptable de l'institution n'est ni en droit, ni en devoir d'acquitter ces surplus ?

Et si dysfonctionnement il y a eu en l'espèce sur le cas Pénélope Fillon, à qui la véritable faute ? A l'employeur - François Fillon - qui aurait fait la demande de paiement pour solde de tout compte, ou au service comptabilité qui aurait validé une telle procédure non réglementaire ? Comment se fait-il que les journalistes ayant enquêté sur le cas des attachés parlementaires ne soulèvent pas le hiatus ? Ou alors c'est que leurs reportages, et les informations rapportées, ne sont que du pipeau ? A l'évidence, le public ne sait que ce que l'on veut bien qu'il sache ; autant dire qu'on ne saura jamais le vrai du faux dans toute cette histoire à épisodes. Mais sans doute n'est-ce pas la vérité qui est recherchée ici, juste un moyen d'interagir avec une campagne électorale à des fins qui, elles, resteront dans l'ombre... du sacro-saint secret des sources journalistiques !  

 

Affaire Sarkozy / Bygmalion :

Avec la demande de renvoi de Nicolas Sarkozy devant le tribunal correctionnel dans l'affaire Bygmalion, on entre aussi dans ce savoir de l'ignorance, ou l'ignorance du savoir, allez savoir !?

Le candidat Sarkozy de 2012 est accusé d'avoir été le principal bénéficiaire du jeu de trésorerie de cette fameuse société oeuvrant dans la double facturation. Bénéficiaire de la mise à disposition d'outils de propagande lors de sa campagne, c'est une évidence. Bénéficiaire certes, mais pour quel bénéfice en définitive, puisqu'il a été sanctionné dans les urnes et par le Conseil Constitutionnel ? Et que savait-il vraiment des montages financiers et du dépassement effectif du plafond de campagne ? Mystère. La charge de la preuve étant du ressort des enquêteurs, il aurait été plus opportun de signifier un autre libellé pour ce renvoi au tribunal.

Par ailleurs, les comptes de campagne ont déjà été invalidés par le Conseil Constitutionnel : les comptes définitifs, tels que constatés a posteriori par la Haute juridiction après enquête, ont été clos sur un dépassement de quelques centaines de milliers d'euros et le candidat Sarkozy, ainsi que son parti l'UMP, ont été condamnés au non-remboursement des frais de campagne, à hauteur de 21 millions d'euros (environ, à ces niveaux je ne chipote jamais les chiffres !) et à une pénalité financière déjà acquittée par Sarkozy.

Ce renvoi est donc surprenant puisqu'il entendrait faire rejuger par une instance juridictionnelle inférieure un délinquant - puisqu'il y a présomption de délit - dans une même affaire, à savoir le financement abusif de sa campagne. Cette incongruité n'a d'ailleurs pas échappé, semble-t-il, au second juge en charge de l'instruction puisqu'il n'aurait pas signé le procès-verbal de renvoi, aux dires de l'avocat de Sarkozy. Vous me direz que Nicolas Sarkozy en son temps militait pour la double peine et qu'il n'a donc que ce qu'il mérite. Allez savoir....   

08 février 2017

L'effet pervers de la multiplication des sondages

Lors de chaque scrutin à la magistrature suprême de notre République, il est coutume de rappeler qu'une élection présidentielle est "la rencontre d'un homme et d'un peuple". Sans refaire l'Histoire, le vote au suffrage universel voulu par le général De Gaulle était un ajout institutionnel destiné à soigner le corps politique français des turpitudes qui avaient émaillé la vie politique de la IVe République, à une époque peu glorieuse où une infime poignée de parlementaires faisaient et défaisaient les majorités à des fins personnelles, micro-partisannes ou financières.

Certes, cette rencontre de deux destins, individuel pour le candidat et collectif pour la nation, présentait deux écueils qui ont vite remis les appareils partisans sur les rails de la tambouille interne. D'abord les parrainages, une procédure qui nécessite un réseau d'élus locaux, souvent encartés ; ensuite la propagande électorale, cette possibilité pratique de faire campagne qui implique tout autant des moyens humains pour les opérations militantes (tractage, collage d'affiches,organisation de meeting), et des moyens financiers, le sempiternel nerf de la guerre. Faut-il le souligner ? Tout le monde n'est pas Donald Trump (à bien moindre échelle Emmanuel Macron) pour se payer sa campagne en dehors de tout appareil constitué !

Entre parenthèses, concernant le président américain, il est difficile d'imaginer que ce bussinessman est altruiste au point d'avoir dépensé des millions sortis de sa poche lors de la campagne des primaires républicaines sans espérer reconstituer son matelas avec intérêts durant son mandat. Ce n'est sans doute pas une histoire de braguette qui le fera tomber, mais un délit d'initiés, c'est envisageable avant le mid-term.

Mais revenons au propos principal : le soutien affiché d'un parti ne pouvait que mettre à mal l'esprit même de cette élection. Toutefois, le paysage politique d'alors, plus morcelé et varié qu'aujourd'hui, offrait toujours l'illusion que l'élu n'était pas issu d'un seul camp, mais d'un groupe de partis regroupés autour de sa personne dans une alliance majoritaire de soutien au Parlement (RPR-UDF, Union de la Gauche PS-PC...).

Pourtant la belle histoire de cette rencontre, qu'aurait pu chanter Michel Fugain en d'autres temps, ne pouvait continuer en l'état, victime directe d'un outil médiatique dont De Gaulle n'avait pas anticipé l'influence sur les "veaux" : le sondage politique.

Pour être plus exact, il serait injuste de parler du sondage lui-même. Non, ce qui dénature le vote présidentiel en tant que "rencontre", c'est avant tout la profusion, la multiplication des enquêtes d'opinion, qui, si elles ne sont qu'une "image à un instant I" ("T" c'est pour Time et ici on essaie de parler français !) provoquent, par effet de saturation, un réflexe "mouton de Panurge" chez certains électeurs ou conduit à une aberration électorale chez d'autres .Car le sondage induit un effet pervers : le trop fameux "vote utile", tueur de la libre-expression populaire dans les urnes .

Quel citoyen, sain d'esprit, veut vraiment voter pour un "donné perdant d'office" par la caste "médiatico-sondagière" ? Face à l'échec annoncé, il ne peut que chercher à peser plus utilement sur la sélection du second tour, pour éviter un duel le faisant tomber de Caribe en Scylla. Aujourd'hui, du fait de la pression pour le vote utile alimentée par les sondages, le premier tour est devenu l'otage d'un système où le vote d'adhésion pure est largement minoritaire. 

Il n'y a pas de dictature des sondages à proprement parler, mais ceux-ci exercent une influence néfaste qui prive la nation d'un outil de libre expression, le vote  de coeur du premier tour, tel que l'avait voulu les pères de la Constitution.

On vient de le constater avec Fillon, puis avec Hamon : les sondages installent des projections qui sont avant tout virtuelles, non que les études soient biaisées (encore que parfois...), mais ces dernières ne prennent pas assez en compte l'effet "coup de projecteur" qui bénéficierait à un outsider. Par son côté répétitif, le sondage installe et conforte a priori les favoris autant qu'il mésestime les challengers et ignore les "hors système". Ce faisant, il amène au réflexe du vote utile dans une élection majoritaire à deux tours où seuls les deux premiers sont sélectionnés. Or, on a vu ce que peut donner la mise en lumière d'outsiders desquels le microcosme politico-médiatique se moquait. C'est bien pour cela d'ailleurs que les candidats issus des partis de gouvernement bloquent autant qu'il est possible l'accès des "petits" aux médias aux heures de grande écoute.

Imaginons l'espace d'un instant que les sondages soient interdits dès cette minute et jusqu'au scrutin du 23 avril, que plus aucune "tendance" ou "dynamique" ne soit exprimée dans les médias. Alors le citoyen, laissé à sa propre réflexion, ne se soucierait-il pas des courbes des uns et des autres pour dire uniquement son ressenti sur les candidats et leur programme via le bulletin de vote. Pas de calcul trompeur, pas de pression utilitaire. En vérité, rien ne dit, dans une élection qui ressemble de plus en plus à un match de football, version coupe de France, où David peut triompher de Goliath, qu'il n'y aurait pas un engouement inattendu qui se déclarerait alors dans les urnes. En minorant l'effet Panurge ("j'ai pas trop d'idée, alors je vote pour le favori de mon camp") et en ré-accordant la présomption d'égalité des chances, qui peut raisonnablement dire que les certitudes d'hier ne seraient pas effacées au profit d'une autre réalité demain ?

Aujourd'hui, quel électeur de droite se sent tout à fait libre de voter pour un Dupont-Aignan si les sondages l'indiquent à 3% avec un Fillon en danger en 3e position à 1% derrière Macron ? Qui, à gauche, prendrait le risque Mélenchon, pourtant préféré aux autres, s'il est donné à 10% dans les sondages et qu'il manque un petit coup de pouce à Hamon pour se qualifier face à Le Pen ?  Pourtant, l'élection présidentielle est le seul scrutin national où chaque citoyen devrait pouvoir indiquer librement sa meilleure préférence, sa plus grande adéquation avec une personnalité et son projet.

Comment le système politique peut-il perdurer si le vote utile et l'effet Panurge fabriquent des présidents mal élus car non désirés, en réalité, dès le premier tour ! La multiplication des sondages prive l'électeur non politisé de son premier choix en l'enfermant dans une virtualité qu'il intègre comme réalité objective. Ce n'est pas encore une dictature par l'absurde, chaque sondage nourrissant le prochain, mais c'est une vraie privation de la liberté de choix en conscience. C'est tout le problème...

 

    

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