Drôle de présidentielle que le scrutin à venir. Depuis des mois, tous les pronostics, toutes les anticipations sont tombés lamentablement à côté de la plaque. Ce qui est vrai aujourd'hui devient faux le lendemain : la seule chose qui soit assurée, c'est que cette élection sera totalement incertaine jusqu'à la dernière minute des deux tours de scrutin. 

Souvenons-nous : le retour tonitruant de Sarkozy, challenger désigné de Juppé à la primaire, faisait craindre une réédition revancharde de l'élection de 2012 face à Hollande. Puis, au verdict impitoyable de la primaire de la droite a succédé le renoncement, aussi inattendu qu'inédit, du président en exercice à défendre son bilan devant les français. En l'espace de quelques semaines, le paysage politique perdait trois repères de poids et plombait la perspective d'une alternance promise à la droite sans coup férir. Car c'est l'un des charmes, et non des moindres de ces primaires fratricides, que de livrer des armes de destruction massive à ses concurrents - ainsi Juppé attaquant violemment sur la Sécurité sociale et la fonction publique, histoire de remobiliser les gauches en leur livrant des angles de tirs sur le programme Fillon ; ainsi Valls taclant le revenu universel "infinançable et utopiste" de son rival Hamon, pour donner du grain à moudre aux deux M. (Mélenchon et Macron et à la droite, au cas où.. - et ainsi fragiliser le candidat face à l'adversité. L'autre charme de ces doubles primaires, c'est de générer des tas de mécontents au sein même de son propre camp, des mauvais perdants qui se voyaient déjà ministres ou élus députés dans un fauteuil de soie, des opposants sincères au programme tel qu'envisagé et qui se voient bien frondeurs "pour faire avancer le débat" et surtout faire reculer celui qui n'est pas vraiment leur candidat. Au point d'imaginer que ces déçus aillent jusqu'à torpiller leur vaisseau amiral ?! Ce qui aurait été impensable hier ne l'est plus vraiment aujourd'hui, avec l'affaire Pénélope Fillon. Il suffit de remarquer que la défaite, voire le renoncement, de Fillon à ce scrutin ouvrirait un boulevard aux quadras-quinquas du parti, enfin débarrassé de tous les "ex" d'importance, président ou premier ministre. Egalité parfaite sur la ligne de départ à la présidence LR et à la course de 2022 pour les Wauquiez, Le Maire, Kociusko, Estrosi, Bertrand et tous les autres. Se poser la question, c'est admettre qu'il est possible que la torpille soit partie du camp des Républicains. Surtout qu'un quinquennat réussi de Fillon ouvrirait la porte à sa réélection puis à une alternance prévisible : ce serait alors quinze ans de perdus pour les ambitions personnelles de chacun.   

Cette campagne présidentielle sera donc inédite, sinon dans le casting, puisque Mélenchon, Le Pen et peut-être Bayrou figureront, comme d'habitude, sur la liste des prétendants, du moins pour son côté du "tout est possible" car, à cette heure, nul ne peut dire à coup sûr quels seront les deux qualifiés pour le duel du second tour et qui l'emportera en mai prochain. Cette campagne de 90 jours va être intense, surprenante et indécise ; sans doute portera-t-elle aussi les germes d'une refonte du paysage politique français, une clarification indispensable pour affronter les défis de ces prochaines décennies.