Le dimanche 26 juin 2016, le département de la Loire-Atlantique tenait une votation, comme disent les Suisses. La question portait sur la construction du trop fameux aéroport de Notre-Dame des Landes, un projet vieux de 50 ans devenu l'un des symboles de notre société en déliquessence, politique autant que sociétale.

"Ni pour, ni contre bien au contraire" - comme aurait pu dire un personnage de Coluche, ce libre-penseur décapant qui manque terriblement de relève à une époque qui, pourtant, nous livre au quotidien des exemples d'absurdité - je ne me prononcerai pas sur le fond du dossier, même si il est légitime de penser qu'une idée vieille d'un demi-siècle, fut-elle régulièrement actualisée, peut perdre de son sens. Par ailleurs, on peut se poser la question de la pertinence d'un référendum local circonscrit à un seul département, quand le projet se veut relever du développement "du grand Ouest" et que l'aéroport sera situé à un jet de pierre de deux autres départements, l'Ille-et-Vilaine et le Morbihan.

Quoi qu'il en soit, le sujet du jour porte en réalité sur le concept de référendum lui-même.

Autant on peut comprendre qu'un référendum portant sur un sujet abscons ou très éloigné des préoccupations ne fasse guère recette auprès des électeurs, autant il est difficile d'admettre que la question du 26 juin n'intéresse finalement que 51% des inscrits sur les listes électorales départementales, et moins de 75% sur la commune d'implantation !

Dans leur posture ou dans leur programme, les politiciens de tous bords prônent de plus en plus le recours à la procédure référendaire. Force est de constater, à la vue de cette votation, qu'il s'agit là d'une fausse bonne idée, puisqu'en France, même un vrai sujet local, avec ses implications multiples et ses désagréments potentiels, à la une de l'actualité depuis des années qui plus est, ne mobilise qu'un électeur sur deux, et encore grâce à des procurations. Cela est révélateur du fait que, comme toujours, nombreux sont les français qui préfèrent jouer les Ponce Pilate, ce qui leur donne le droit - croient-ils - de râler ensuite à n'en plus finir après coup. Le français est râleur, c'est un lieu commun que de l'énoncer. Et pourtant il se refuse le droit à la parole - par le vote citoyen - quand on lui demande son avis. Encore un paradoxe qui fait la richesse de notre patrimoine d'exceptions culturelles.

Non seulement le référendum manque de représentativité démocratique, en raison de ces taux d'abstention importants, mais il s'avère dangereux à l'usage car ses résultats - généralement proche du 50/50 - instaurent un clivage qui hystérise les perdants et crée les conditions d'une rupture au sein de la société. A cet égard, le Brexit est un exemple édifiant, comme c'est souvent le cas sur les sujets européen ou constitutionnel : au Royaume-Uni, le monde des grandes villes s'est opposé à celui des campagnes, comme les jeunes générations, plutôt pro-Europe, face aux seniors nostalgiques d'une grandeur perdue.

Recourir au référendum, c'est toujours prendre le risque de couper une société en deux, pendant la campagne et surtout après les résultats. A la différence d'une élection partisanne, où le vaincu accepte le jeu de l'opposition, constructive ou non, le référendum génère un sentiment de frustration et de mécontentement, voire de révolte, parce que personne n'accepte de gaieté de coeur de perdre certes, mais surtout d'avoir tort pour longtemps ! Le référendum, c'est une guerre civile qui avance masquée en instaurant des fossés qui ne peuvent que se creuser avec le temps, surtout quand les fractures traversent le monde partisan et le corps social, jusqu'à créer des esprits communautaires.

Qu'ils mobilise ou non, le référendum est un exercice démocratique qui vire au populisme et à la démagogie, deux principes de campagne qui constituent un pied de nez à l'expression d'un débat, puis d'un vote, éclairés.      

La refondation du débat politique ne devrait pas poser le recours au référendum comme l'alpha et l'omega de la démarche décisionnaire. D'utilité finalement limitée, le recours au référendum fait d'abord la preuve que le responsable politique qui y recourt ne se sent pas légitime, ce qui serait un comble pour quelqu'un fraîchement élu sur un programme qui annoncerait clairement la couleur. De là à dire que le référendum devient pour le politicien un moyen de se défausser à bon compte et de fuir ses responsabilités d'homme d'Etat, il n'y a qu'un pas que je franchis allégrement car c'est la réalité. Dans le monde d'aujourd'hui, on fuit ses devoirs comme ses responsabilités pour préserver sa carrière ou ses intérêts. Et c'est bien là le problème...