Elire une députée au perchoir de l'Assemblée pour la seule raison qu'elle aurait été une femme n'avait pas de sens. Mais dans une formation politique forte d'une parité exemplaire (48%) sur les bancs du palais Bourbon, il n'aurait pas dû être si compliqué de trouver quelques talents féminins pour assumer, avec assurance et fermeté, la présidence de l'Assemblée.

C'est aux actes que l'on peut juger de la pertinence d'une communication politique. Force est de constater que le mouvement d'Emmanuel Macron a perdu, hier, une belle occasion de renouveler la pratique politicienne dans les faits plus que dans la posture. Faut-il déjà en déduire que cette "révolution", si chère au candidat, tient du seul marketing politique ? Un mois pour juger, c'est un peu court, aussi c'est "en marchant" que nous irons lentement à cette conclusion, en espérant un sursaut de sa part.

Preuve a été faite hier que le procès médiatique de non-renouvellement visant les "vieux" partis, lestés par leur histoire machiste et leurs têtes d'affiche indéboulonables, était sinon injuste, du moins à relativiser, puisqu'un parti "neuf", sans cadre ou courant à satisfaire, n'est pas en mesure de bousculer codes et privilèges.

Qu'une telle occasion ait été perdue, dont acte. Mais que cette élection ait permis à l'ambitieux M. de Rugy d'atteindre son Nirvana parlementaire - en attendant son rêve jupitérien - voilà qui ne redore en rien ni l'institution qu'il va désormais incarner, ni la politique, au sens le plus noble du terme.

Qu'un homme politique doive ses mandats électifs à des jeux d'appareil plus qu'à sa personnalité, le cas n'est pas nouveau. S'il en est déjà à son troisième mandat législatif, ce n'est pas à la fibre écologiste des électeurs de Loire Atlantique qu'il le doit, mais bien à l'alliance du PS avec son allié écologiste (2007, 2012), puis à cette investiture REM obtenue au prix d'un reniement moral d'une belle exemplarité.

Car, faut-il le rappeler, M. de Rugy fut candidat à la primaire de la Belle Alliance Populaire ; il a signé un engagement à soutenir le vainqueur de ladite primaire, et face aux caméras, il a maintes fois renouvelé cette position, quand bien même les journalistes mettaient en relief les profondes divergences du programme des uns et des autres. Quel crédit de moralité peut-on accorder à un personnage politique qui renie parole et signature au lendemain même de sa défaite ? La réponse est aussi simple que brutale : aucun. Que n'aurait-on dit si cela avait été Valls ! Or Valls et Rugy, même exemplarité dans le reniement de la parole donnée, de l'engagement signé. 

Avec MM. Ferrand et de Rugy comme têtes d'affiche REM à l'Assemblée nationale, Emmanuel Macron vient de rater son test d'exemplarité vertueuse. En 2012 il faisait partie intégrante d'une équipe victorieuse qui prônait "le changement maintenant" : on a suffisamment payé pour constater ce qu'il en a été. Il est donc vraisemblable que la "révolution" annoncée et promise n'ait rien d'un rêve et d'une évolution, dans le bon sens pour la France du moins.