Quel est le point le plus communément partagé par le personnel politique, de quelque bord que ce soit, et même de quelque pays démocratique que ce soit ? L'impuissance.

A l'heure où il est de bon ton de s'enorgueillir d'un "renouvellement" politique sans précédent sur les rangs de l'Assemblée nationale, à l'heure où la trop fameuse "société civile" - où les énarques sont pléthore, soit dit en passant - est censée hanter les couloirs du pouvoir exécutif et législatif, personne ne semble remarquer que, comme la vérité pour Fox Mulder, le vrai pouvoir est ailleurs. Ailleurs qu'au Palais Bourbon, ailleurs qu'au gouvernement.

Sinon, ce serait admettre que tous ceux qui se sont succédés depuis 1973, qui au Parlement, qui à la tête des ministères, qui à l'Elysée ou à Matignon, étaient trop stupides ou trop dogmatiques, insuffisamment formés, définitivement hors du coup pour régler les problèmes qui se posaient au pays au fur et à mesure que ceux-ci se présentaient à eux.

Cela serait reconnaître que la fameuse voie royale incarnée par ces grandes écoles où notre élite républicaine se formate (ENA, Sciences-Po...) ne produit que des billes, en terme de gestion publique ; et compte tenu de la composition de la Macronie au pouvoir aujourd'hui, cela reviendrait à dire qu'il serait illusoire d'attendre quelque effet positif que ce soit durant les cinq années à venir.

Car enfin, la conscience politique de la nation semble dépourvue de toute logique à refuser cette simple évidence que toute personnalité encartée au PS, LR, MoDem etc.. souhaite plus que tout satisfaire ses ambitions et réussir dans la carrière, ce qui, à un moment ou à un autre, est censé profiter à son camp et à son pays. Pour être longue et prospère, une carrière politique se doit d'être jalonnée de petits succès, susceptibles d'augurer quelques réussites sitôt l'échelon suivant gravi.

En théorie, toute personne dépendant du suffrage universel direct pour gagner son pain quotidien, ne peut pas se satisfaire des situations d'échec qui plantent éternellement la société. Parce que la grande lessiveuse électorale existe depuis toujours, parce que le "dégagisme" a déjà frappé dans l'histoire récente, n'en déplaise à Jean-Luc Mélenchon. 

L'intérêt égoïste d'un politicien aux affaires, c'est d'obtenir des résultats probants dans la politique qu'il met en oeuvre ; tout simplement parce qu'il sera le premier bénéficiaire de la réussite collective.

Force est de constater qu'en pratique, ce qui ressort à la fois de la gestion quotidienne des affaires publiques et des réponses apportées pour faire face aux grands défis du moment, c'est avant tout l'impression de la plus parfaite des impuissances à agir sur les évènements et sur les faits.  

De quoi renforcer l'idée que le jeu politique n'est qu'un vaste théâtre d'ombres dans lequel les marionnettes gesticulent d'autant plus fort qu'elles ne savent produire que du vent. Les vrais décideurs sont ailleurs ; les grands mécanismes économiques sont actionnés par d'autres. Le concept n'est pas nouveau : pendant des siècles, le Japon a ainsi été gouverné par des empereurs, régents ou shoguns dits "retirés" qui exerçaient le vrai pouvoir en lieu et place des titulaires officiels de la charge. A la différence de cet exemple où tous les acteurs étaient néanmoins clairement identifiés, le monde du vrai pouvoir est occulte, ce qui fait sa force et mine la démocratie représentative.

Durant son ascension, au cours de sa campagne et désormais à la présidence, Emmanuel Macron s'est fait le chantre du volontarisme ambitieux, de l'optimisme gagnant. Soit parce qu'il possède les codes pour négocier avec ceux qui actionnent les bons leviers ; soit parce que, comme ses pairs de l'Enarchie, lui aussi vit aussi dans l'illusion d'un pouvoir régalien tout puissant.

Par delà la timide reprise économique et cet alignement, encore favorable, des planètes, si cher à François Hollande, les prochains mois seront riches d'enseignement sur le sujet.