La Polynésie française s'enfonce un peu plus chaque jour dans le marasme et la faillite, et cela s'opère dans la plus parfaite indifférence ; à ce stade, on pourrait presque parler d'une vraie complicité de fait de tous les acteurs de ce dossier.

Depuis sa première arrivée au pouvoir en 2004, par une tragique erreur de circonstance dont l'Histoire a le secret, et tout au long des revirements de majorité depuis lors, le gouvernement indépendantiste mené par Oscar Temaru a toujours fait l'éclatante démonstration de son incapacité chronique à s'occuper de la gestion des affaires publiques. Grâce à son amateurisme coupable ou plus vraisemblablement du fait d'une stratégie mûrement réfléchie pour mettre son propre pays en faillite et sa population à genou, le leader du Tavini a entrepris de démonter pièce par pièce le mécano économique et financier que ses prédécesseurs avaient monté depuis les années 1960 et la manne du CEP. En 2012, le but est quasiment atteint : s'il n'est pas encore tout à fait réduit à l'état de cessation de paiement, le pays est désormais entièrement dépendant de la perfusion "solidarité nationale", ce qui est un comble pour une classe politique - tous partis confondus - si âpre à vouloir disposer de l'autonomie la plus large possible. C'est cette largesse institutionnelle qui a finalement permis aux indépendantistes de fracasser cette Polynésie "autonomiste" dans le mur, avec le prompt renfort de tout ce que la classe politique locale compte d'arrivistes et de personnages de peu de foi (un comble là encore dans une société qui affiche un haut degré de religiosité). 

Voici donc un pays économiquement moribond, structurellement en défaut de paiement permanent puisque l'activité économique ne permet plus de faire entrer impôts et taxes en regard des besoins minimums de la population et d'une fonction publique locale aussi pléthorique que gourmande en fonds publics. Autant dire que le gouvernement est à la ramasse et qu'aucune banque digne de ce nom, ayant conservé un certain sens des responsabilités vis-à-vis de ses actionnaires et clients, n'entend prêter le moindre franc à une administration qui dilapide les fonds publics plus rapidement qu'un ivrogne ne descend une bouteille d'Hinano.

Dans cette situation, le gouvernement s'est d'abord retourné vers une caisse, la CPS - antenne locale de sécurité sociale - gérée convenablement, puisque la force indépendantiste n'a pas pu totalement faire main basse dessus ... pour le moment. Refus de celle-ci de sombrer dans cette banqueroute organisée, et ce malgré toutes les pressions, souvent indignes d'une démocratie.

Alors le génial ministre aux abois, qui est un pur produit de la nomenklatura syndicalo-politique polynésienne, a mis en oeuvre son plan B, en faisant appel à un compagnon d'idéologie, fort opportunément nommé à un siège stratégique à cette fin, en l'occurrence le directeur du monopole local de téléphonie mobile, une filiale de l'Office des Postes et Télécommunications. En d'autres termes, voilà un gouvernement qui, pour payer ses fonctionnaires et honorer quelques traites de fonctionnement, "tape" une société, qui, pour être "d'économie mixte", n'en demeure pas moins une structure économique dont l'objectif est de faire des profits tout en participant au développement du pays. Qu'une société puisse consentir un prêt à un gouvernement, voilà qui est bien étrange. Imagine-t-on le futur président de la République demander de l'argent à L'Oréal, Renault ou EADS pour combler les déficits publics ?

Que le "patron" de Tikiphone soit un ami fidèle du président Temaru ne change rien à l'affaire, c'est un fait qu'un "manager" est redevable devant les tiers concernés de sa gestion, au plan civil comme au plan pénal. En droit des sociétés, lorsque vous êtes le gérant majoritaire d'une société, même familiale, et quand bien même tout l'argent investi dans l'affaire sort de facto de votre poche, vous ne pouvez pas vous comporter comme si les fonds de votre société vous appartenait. Votre société a une existence légale qui lui est propre et vous avez envers elle des devoirs, dont le premier est de la sauvegarder de toute banqueroute . Puiser dans la caisse pour aider un ami, cela s'appelle un détournement de bien social et c'est puni par la loi. Demandez à DSK le pourquoi de ces soucis du Carlton ; en profitant des largesses de ses amis qui ont payé des prostituées avec la trésorerie de sociétés privées, il est passible d'un délit de recel d'abus de biens sociaux. On en profite pas impunément des fonds d'une société, même mixte : M. Emile Vernaudon est en prison pour avoir pris certaines libertés avec cette règle de droit. 

Alors j'aimerais beaucoup que l'on m'explique pourquoi les devoirs et obligations qui sont opposables, aux plans civil comme pénal, à tous les managers d'entreprises en France et en Polynésie française, y compris à ceux qui sont actionnaires à 100% de leur société, ne s'appliquent pas au responsable d'une SEM, lequel n'a pas mis un franc dans ladite société. Priver son entreprise de cinq milliards de fonds de réserve à l'heure où son monopole sur les télécommunications est censé tomber en Polynésie, ce qui veut dire normalement apparition de nouveaux acteurs, donc concurrence sur les tarifs et donc baisse prévisible des recettes, n'est-ce pas là une faute avérée de gestion ? L'on me rétorquera qu'il s'agit là d'un prêt qui génère des intérêts ; certes, sauf qu'avec l'exemple grec, on voit très bien ce qu'il peut advenir de la dette d'un Etat souscrite auprès de prêteurs "privés" : pour parler trivialement, ceux-ci ont été contraints de s'asseoir sur 50% du montant total de l'argent prêté. Et qui osera me dire ici que la situation de la Polynésie, sinon aujourd'hui, du moins avec l'avenir qui lui est promis par ce même gouvernement, sera plus enviable que celle que traverse la Grèce actuellement.

Faut-il être dirigeant bien rémunéré d'une SEM pour être, de fait, au dessus des lois et règles qui s'appliquent aux autres managers, y compris ceux qui ne se prélèvent quasiment rien en salaire pour permettre à leur société de survivre en période de crise ?!  N'y a-t-il donc personne dans ce Pays ultra-marin pour remettre de l'ordre dans cette gabegie organisée et ce suicide collectif programmé ?