La commission du Sénat a rendu son rapport suite à l'enquête ouverte en marge de la première affaire Benalla, alors que des investigations ultérieures, menées par la presse, ont établi que l'affaire dite de la Contrescarpe n'était que la partie émergée d'un iceberg beaucoup plus incriminant pour le pouvoir exécutif. 

     Sans même en avoir pris connaissance, le porte-parole du gouvernement, la tête visiblement plus tournée vers sa candidature pour la mairie de Paris en 2020, a voulu allumer un contre-feu mais d'une façon tellement maladroite qu'il en a été ridicule ! Un ridicule bientôt relayé par la ministre de la Justice, bien plus politicienne que juriste en l'occurrence, ce qui est un comble pour une soit-disant technicienne du droit de profession, puis par le Premier ministre en personne, dans une déclaration totalement hors sol, comment c'est souvent le cas avec ce pouvoir du Nouveau monde, dès qu'il est pris en faute, ce qui arrive avec la régularité d'un métronome ! A croire que l'exécutif est alimenté par la gare Montparnasse, car la communication est toujours à contretemps, avec un ou deux trains de retard depuis le début de la séquence Benalla / Gilets jaunes ! Si l'on est de nature optimiste, on trouvera amusante, la présente défense de cet exécutif à la rue ; mais si l'on est simplement réaliste, on dira qu'elle est affligeante : se raccrocher à un argumentaire posant le principe de la séparation des pouvoirs ne tient absolument pas la route, y compris à une vitesse réduite à 80 km/h, M. Philippe ! Il n'y a pas de défense possible, car les faits, rien que les faits, et encore peut-on penser que tous les faits ne sont pas encore connus, sont impitoyables de clarté !

    Et d'ailleurs, parlons-en de cette sacro-sainte séparation des pouvoirs, avec un Premier ministre qui use de son influence pour mandater directement une perquisition judiciaire dans un journal en ligne, parce que la responsable de sa sécurité personnelle se retrouve doublement impliquée dans les affaires Benalla, du fait de l'utilisation de son appartement et de l'apparition de son conjoint dans le tableau Benalla-Crase. Apparemment la limite entre l'excutif et le judiciaire ne lui parle pas trop, à l'ex-maire du Havre !

     Pas plus qu'à son Président, qui s'était fendu d'un appel à Gérard Larcher courant septembre, afin que le Sénat se montre indulgent dans la poursuite de ses auditions, au moment où Emmanuel Macron, toujours chef de bande, entendait poursuivre son soutien sans faille au soldat méritant Alexandre. Que l'exécutif essaie d'influer sur une commission d'enquête, dûment habilitée par le ministère de la Justice, par l'intermédiaire de la présidence du Sénat, voilà encore qui bafoue l'esprit de cette séparation des pouvoirs ! Bien plus que de simples recommandations en annexe de ladite enquête !

     La vérité, c'est que la France est malade du fonctionnement de ses institutions, et qu'il est grand temps de dépoussiérer la maison en ouvrant les fenêtres en grand !

- Premier constat : l'Elysée est, aujourd'hui, un palais qui n'est pas tenu, puisque toutes les dérives individuelles y sont non seulement possibles, mais tolérées. A se demander si elles ne sont pas encouragées !  On se souvient, sous Hollande, de l'affaire du cireur de chaussures pour Aquilino Morelle ; on se souvient aussi des virées présidentielles en scooter, avec une sécurité quasi nulle, en pleine période d'attentats terroriste ! Avec Macron, on a donc, en moins de dix-huit, mois un porte-flingue magouillant avec des oligarques, titulaire de tous les passe-droit et bénéficiaire de coupables indulgences, renvoyant au Moyen Age,. Et le public est en droit de s'imaginer que la patrouille médiatique n'a attrapé dans son filet que ce qui flottait à la surface, les étrons les plus légers !

- Deuxième constat : plus un pouvoir est omnipotent, et moins il admet la contradiction. Il y a du Bonaparte en Macron. Sous la douce parole du "en même temps", se dissimule de plus en plus mal cette volonté de mettre tout le monde sous sa botte autocratique. La réalité, c'est qu'il n'y a pratiquement plus de contre-pouvoir en France, depuis que le quinquennat présidentiel se double du scrutin législatif. La Chambre basse n'est que l'écho de la parole exécutive, et rien, jamais, n'est contrôlé. Or une démocratie digne de ce nom exige tout au contraire que chaque pouvoir institué - exécutif, législatif, judiciaire - soit en mesure de contrôler les autres, non dans le but de s'opposer, mais dans l'impérative mission de s'assurer du respect des règles de droit, seules garantes de la démocratie. Avec les auditions publiques menées par le Sénat, tous les observateurs ont pu constater que la Présidence, en tant qu'institution, avait failli dans les grandes largeurs, et que de hauts responsables avaient été négligents, permissifs ou complices dans une affaire, qui, rappelons-le, aurait dû être définitivement réglée le 2 mai au soir, quand le cabinet d'Emmanuel Macron a été informé de la façon dont un chargé de mission à l'Elysée passait ses journées de repos ! Cette monarchie de fait n'est plus admissible : c'est la mission de l'Assemblée nationale et du Sénat que de contrôler les éventuelles dérives de l'exécutif, en même temps que l'efficience des lois qu'ils votent ; la justice doit être souveraine, et non aux ordres du souverain. Il est hallucinant que le procureur général, récemment nommé par Emmanuel Macron, ait mis sept mois pour décider d'autoriser l'ouverture d'une enquête sur l'abracadabrante histoire de ce coffre-fort qui disparaît dans la nuit, après une perquisition non faite parce que... personne n'avait ouvert la porte ! 

- Troisième constat : Emmanuel Macron a lui-même déligitimé la fonction présidentielle, en jouant, de manière présomptueuse (ce qui prouve son immaturité politique et caractérielle !) le fier à bras à la Maison de l'Amérique latine en juillet dernier, quand il mettait en avant sa responsabilité première dans l'inertie de son cabinet à se séparer de son chargé de mission. Sa tirade "qu'ils viennent me chercher" a, d'une certaine façon, nourri l'explosion du 17 novembre ; mais surtout, elle donne aujourd'hui tous les droits au peuple, et surtout à ses représentants, de lui demander des comptes dans sa gestion des hommes et de l'exercice du pouvoir au sein de son cabinet. Oui, c'est donc aux sénateurs d'aller "le chercher" pour lui dire son fait dans cette calamiteuse affaire où le Grand guignol du début s'est, au fil des révélations, transformé en album des Pieds nickelés, chacun des protagonistes élyséens préférant la filouterie de la camaraderie à la défense des intérêts de l'Etat.

- Quatrième constat : à l'heure où la parole est donnée aux Français via le grand débat, on voit bien qu'il y a une tentation de l'exécutif à couper la tête du Sénat par procuration, ou à tout le moins, à le priver du pouvoir de nuisance en tant qu'empêcheur de tourner en rond. Avec les conclusions défavorables du rapport d'enquête à son endroit, il y a fort à parier que le monarque se prépare, au détour d'une question référendaire, à venger ce crime de lèse-majesté, en faisant faire le sale boulot par un peuple manipulé, principalement soucieux d'économie budgétaire à bons comptes et de redistribution. Disons-le clairement : la réduction du nombre des sénateurs - et celle des députés - n'a vraiment de sens que si cela permet, à budget quasi constant, de doter les uns et les autres de plus grands pouvoirs de contrôle et d'investigations sur leur propre travail (devoir de vérification du bien fondé des lois votées et obligation d'exercice effectif de contre-pouvoir). Tout autre tripatouillage institutionnel, affectant le pouvoir législatif, se ferait au bénéfice exclusif de la présidence de la République, ce qui serait un véritable désastre pour le bon fonctionnement de la démocratie française. 

- Cinquième constat : former un petit commando pour mener une campagne présidentielle peut assurer la victoire ; cela ne peut suffire à conduire les affaires de la présidence. Tout chef, digne de ce titre, ne peut rester le copain de ceux qui l'ont soutenu ou porté, le chef suprême moins que tout autre. L'homme (ou la femme) doit s'effacer devant le fonction, c'est ce que l'on appelle "endosser le costume". Derrière ses postures, et malgré son talent d'acteur à théâtraliser sa personne, Emmanuel Macron a montré à la fois ses lacunes et ses limites, au plan intérieur quand le président de tous les français n'a eu de cesse de diviser les citoyens en jouant sur les aspects catégoriels ou générationnels avec ses petites phrases assassines ou ses mesures économiques ; au plan international, en s'attaquant nommément à certains de ses homologues accusés de porter la peste brune, notamment, ou en se choisissant ami et ennemi en fonction d'intérêts autres que ceux de l'Etat français. A ce poste de responsabilité, ne pas savoir s'entourer est plus qu'une erreur, c'est une faute ! Et pourtant on ne peut pas dire qu'il manquait de volontaires pour l'aider à sa tâche au sortir des élections de mai-juin 2017 ! Aujourd'hui, c'est tout le contraire : on se demande d'ailleurs comment il va trouver à remplacer les déjà partis et les futurs partants de son équipe rapproché, car personne, à cette heure, ne souhaite s'embarquer sur un navire qui prend l'eau de toutes parts ! Les institutions protègent la présidence, mais il reste trois ans ! P..... trois ans !