Que nous apprend la succession d'affaires autour de M. Benalla ? Trop de choses en vérité qui devraient légitimement inquiéter les citoyens quant à la Macronie.

     En premier lieu, voilà un pouvoir exécutif prêt à tout pour soutenir les copains, quand bien même ils s'avèrent se comporter en coquin. Emmanuel Macron lui-même, ce chef de bande tel qu'il s'est illustré face à ses groupies parlementaires en lançant son célèbre "qu'il vienne me chercher", ou son premier cercle de "Mormons", a pris le parti de couvrir les agissements bourrés de testostérone de son petit protégé body-buildé. En effet, il est plus qu'évident que les faits dits de la Contrescarpe ont été remontés à l'Elysée dès le mois de mai et il aura néanmoins fallu attendre une publication du Monde au mois de juillet pour que les mesures "officielles" d'éloignement soient enfin prises... à regret. Entre temps, il n'y a pas eu de véritables sanctions (qui ne reverrait pas d'une mise à pied de quinze jours.. payée !! Sauf que chez moi cela s'appelle des congés supplémentaires !) ; et le chargé de mission, "cantonné aux charges administratives de bureau" s'est même payé le luxe de faire le beau avec le trophée de la Coupe du monde. Le soutien aux copains s'est encore illustré avec l'initiative du Premier ministre de diligenter une perquisition dans les locaux de Médiapart, en enfreignant le fondement régissant la séparation des pouvoirs. A l'heure où la tendance législative est à donner de plus en plus de pouvoirs aux bras armés du Président, via la haute administration préfectorale, cela peut faire peur !

     Avec ces interrogations qui s'accumulent, c'est le temps judiciaire qui s'allonge, pour peu que la justice se saisisse effectivement des dossiers médiatiques en cours et enquête sur les ramifications possibles. Il y a fort à parier que M. Benalla n'ait rien à craindre d'un tribunal durant les prochaines années, les lenteurs de la loi étant bien connues, surtout quand elles servent le pouvoir en place ! Et quand les choses se tasseront, quand l'actualité aura trouvé d'autres affaires à déballer (et il n'en manque pas !), plus rien de gênant pour la Macronie n'aura finalement existé. Pourtant, il est clair que, malgré ses précautions oratoires dûment préparées en amont par ses avocats-conseil, M. Benalla a menti devant la commission d'enquête du Sénat et qu'il est donc coupable de parjure, soit une peine potentielle de cinq années d'emprisonnement et soixante-quinze mille euros d'amende. Pourtant, il semble avéré que MM. Benalla et Crasse aient été en contact, malgré le contrôle judiciaire leur enjoignant de rester à distance pour les besoins de l'enquête en cours.

     Mais des zones d'ombre subsistent : où sont passés les armes ? Comment un coffre-fort a-t-il pu disparaître ? Comment se fait-il que la perquisition ait été décalée d'une journée, au seul motif qu'une porte d'entrée était verrouillée ? Voilà un argument qui doit bien faire rire dans les prisons ! Pourquoi ce mic-mac avec les passeports et le téléphone crypté ? Comment se fait-il qu'un conseiller à l'Elysée puisse exercer une activité "libérale" en parallèle ? Comment un salarié d'En Marche, l'ex-gendarme Vincent Crase, peut-il signer de juteux contrats de sécurité avec des oligarques russes sans que personne n'y trouve rien à redire ? M. Castaner, alors en charge du parti n'a rien vu ni rien su... Voilà un ministre de l'Intérieur qui démontre de grandes qualités à tenir la place Beauvau ! Emmanuel Macron aurait été bien inspiré de dire au diplômé d'horticulture de se recycler dans la sécurité. Des contrats libellés en millions d'euros sont bien plus engageants comme reconversion que de traverser la rue pour aller faire le serveur à la brasserie du coin !

     Ce que ces histoires nous racontent en vérité, c'est que la maison France ne saurait être tenue puisque le coeur du pouvoir n'est pas tenu ; c'est que n'importe qui peut devenir un "conseiller du président" pour service rendu lors d'une campagne électorale ; c'est que ce seul titre constitue un blanc-seing permettant de faire tout et n'importe quoi, sans contrôle et sans sanction, si "pas vu, pas pris".par la patrouille journalistique. C'est que dans ce mode de fonctionnement monarchique, où la lettre de cachet n'est jamais loin, les petites mains du ministère de la Défense sont passées au tamis de la Sécurité Défense quand les très proches du président ne font l'objet d'aucune enquête sérieuse, et surtout d'aucun suivi de contrôle durant leur temps de mission.    

     L'affaire Benalla est un feuilleton désastreux qui serait risible si elle ne portait pas en elle les fondements d'une crise institutionnelle, en vérité. Elle démontre qu'il ne suffit pas de mener victorieusement une action commando, sponsorisée par de puissants et richissimes amis, pour prendre le pouvoir, sous couvert d'une élection démocratique, pour s'avérer digne du poste obtenu. Bulle éphémère portée par un engouement médiatique aussi organisé qu'intéressé, l'ex-ministre de l'Economie n'avait ni la préparation, ni le vécu, ni l'expérience, ni la personnalité, ni la garde rapprochée, ni l'équipe pour devenir président sous la Cinquième république. C'est la seconde erreur de casting après François Hollande. D'ailleurs, en matière régalienne, Emmanuel Macron achève le travail de sape entamé par son ex-mentor Hollande : Défense engluée dans le piège africain et suiviste sur les autres théâtres d'opération ; Affaires étrangères mises aux abonnés absents sur le standard téléphonique américain ;  Sécurité et Justice en liquéfaction à force de surcharge et de mauvaise gestion des effectifs. 

     Mais le pire dans tout ça, c'est qu'il ne semble y avoir personne pour relever le gant !