Le Pacte de Marrakech affole la Twittosphère. La belle affaire... Sauf que, comme toujours, rares sont ceux qui ont vraiment lu ce document, et sans doute encore plus rares sont ceux qui ont compris ce qu'ils ont pu en lire ! Mais tous le commentent, ou du moins éructent-ils sur des commentaires de commentaires de commentaires qui... C'est l'éternelle histoire de l'homme qui a vu l'homme qui a vu l'homme qui a vu le loup (ou l'ours) !

    C'est le mal de notre société connectée à tout, et d'abord à la connerie généralisée ambiante. Dans ces nouveaux cafés du commerce que sont les réseaux sociaux, bien peu de personnes, en vérité, savent vraiment de quoi elles parlent, ce qui ne les empêchent jamais d'avoir un avis (en réalité celui rapporté du voisin du voisin du voisin...) et encore moins de vouloir le partager urbi et orbi. Certes, cela n'est pas nouveau, mais le phénomène s'est largement amplifié avec l'internet et, surtout, il s'est institutionnalisé depuis que la sphère médiatique, dans son acception la plus large, s'est autorisée à tendre, qui son micro, qui son antenne, qui son enquête d'opinion à tout-un-chacun sur tous les sujets du moment. Cette dérive qui veut que "ce que je dis sur l'instant est non seulement fondé, mais pleinement réfléchi et utile à faire autorité dans l'opinion, quand bien même je ne suis ni spécialement informé ni a priori compétent sur le sujet", a pris racine dans les interviews d'artistes dans les années 1970, quand faire la promotion d'un album ou d'un film imposait de répondre aux questions sociétales du moment. Mais que vaut une opinion quand la réponse est induite par la question ? Que vaut une position quand elle ne repose sur aucune fondation intellectuelle ? Notre démocratie se complaît désormais dans la dictature de l'émotionnel et du ressenti, à mille lieues de la réflexion étayée par des faits et par un début de raisonnement. Quand la fake news fait corps à la totale absence de réflexion personnelle couplée à l'adhésion grégaire portée par les réseaux sociaux, le drame n'est plus très loin !   

    Mais revenons donc à ce fameux Pacte dont j'ai eu connaissance en visionnant le JT de France 2 ce jeudi soir. Pour ma part, je n'ai aucune opinion sur ce sujet puisqu'il m'est impossible de m'en faire une idée correcte, et encore moins de me forger une opinion sur un écrit qui véhicule plus de rumeurs que de réelles citations. Il faut dire que l'évocation du sujet par la chaîne publique n'avait pas vraiment pour objet de traiter le dossier en profondeur,mais de démonter une instrumentalisation politique venue du Mouvement National et véhiculée par le gazouillis du petit oiseau bleu. Il n'empêche que ce que j'y ai entendu m'a sidéré : l'intervention de l'expert de service, présenté comme un éminent spécialiste des migrations - ce dont je ne saurai douter un seul instant ! - a été hallucinante. A l'écouter, ce Pacte ne changera rien et ne modifiera en rien les accords actuels, en ce qu'il est un simple "message d'intentions". Soit ! Mais alors pourquoi un président de la République, fort (pré)occupé par ailleurs par la situation sociale explosive en France devrait-il faire le déplacement au Maroc pour signer un papier qui ne sert à rien ?! Et un message d'intentions, cela vaut quand même témoignage d'une acceptation de principe sur un sujet donné, non ?! Alors un devoir d'explication s'imposerait a minima !

Soit cette charte de l'ONU est un vide sidéral qui ne devrait même pas exister, et donc encore moins être cautionné par la France ; soit elle a vocation à servir de base à un "quelque chose" qui, à terme, pourrait déboucher sur.... et alors faudrait-il expliquer autant qu'expliciter ce dont il retourne afin que la nation ait connaissance de ce qui serait susceptible d'advenir dans un futur plus ou moins proche.

C'est en infantilisant les citoyens et en cachant la vérité aux peuples que les gouvernants nourissent la colère et les populismes ! Faut-il avoir fait l'ENA pour ne pas s'en apercevoir ! 

    Les français ne sont pas stupides : quand la majorité d'alors a voté la loi instituant le PACS, les citoyens avaient parfaitement connaissance que la trajectoire amènerait inéluctablement à la GPA, via le Mariage pour tous, la modification des règles d'adoption et une loi sur la PMA. Ce n'est qu'une question de temps, bien plus qu'une question de volonté politique. Qui peut raisonnablement croire qu'un enfant conçu à l'étranger par un couple homosexuel et une mère porteuse serait dénié de tout droit en France, que son père biologique serait durement sanctionné par la loi et que son conjoint n'obtiendrait pas in fine un droit parental reconnu ? C'est exactement ce qui se passe avec la PMA des couples lesbiens et des femmes seules qui vont faire leur traitement en Belgique ou aux Pays-Bas, voire y accouchent avant de revenir en France pour entamer une procédure de légalisation ad hoc. 

     A l'image de ce que fait Trump depuis deux ans, on sait qu'une signature sur un traité n'engage plus personne. Pour autant, elle témoigne d'une certaine volonté et d'une amorce de trajectoire. Il n'est donc pas normal que les dirigeants d'un Etat dit démocratique puissent signer un traité international signifiant, à défaut d'être réellement contraignant de prime abord, et ce sans que la représentation nationale en ait vraiment discuté et sans que les citoyens en aient été, un tant soit, peu informés. A croire que la connerie ambiante ne se limite pas aux seuls dérapages sur les réseaux sociaux !