En guerre... Cela fait des mois, pour ne pas dire des années que les plus hautes autorités de l'Etat martèlent cette expression sur les ondes et à longueur d'interviews. La France est en guerre... En réalité, elle conduit des opérations de guerre, au Moyen-Orient et en Afrique, et elle est frappée en retour par des actes de terrorisme, sur son sol ou contre ses intérêts et/ou ressortissants. Car cette France "en guerre" ne se vit pas en état de guerre, pour la bonne raison que le gouvernement français lui-même ne se considère finalement pas en guerre, quand bien même M. Le Drian l'a encore répété ce matin lors de sa visite à Lyon. 

La France n'est pas en guerre puisqu'elle n'est toujours pas régie par les lois de la République qui sont censées être applicables... et appliquées en cas de guerre. A la vérité, derrière les postures, les gesticulations et le verbiage politicien qui ne se comprennent que par l'échéance présidentielle à venir, et tout le mic-mac des primaires qui la précède désormais (faisant fi de l'esprit des institutions de la Ve République, soit dit en passant), se cache un point essentiel qui échappe au débat publico-médiatique : notre arsenal juridique et judiciaire est suffisamment outillé - en matière de boite à outils pourtant, le président Hollande devrait savoir ce qu'il en est ! - pour que le personnel politique n'en rajoute pas une couche à chaque attentat ou à chaque fois qu'un micro se tend devant leur bouche. A la vérité, la France n'a pas besoin d'une énième loi (de réaction en retard) pour affronter le terrorisme et les menaces sur son sol, elle a juste besoin que ses gouvernants prennent enfin la mesure de ce qu'ils disent et qu'ils osent enfin mettre en oeuvre les mesures déjà prévues pour faire face à ce fameux état de guerre. Ni plus, ni moins. Or à ce jour, la volonté politique du gouvernement continue de faillir. Il faudra bien un jour que l'on sache pourquoi les actes ne sont pas en adéquation avec les discours officiels : on voit mal quel peut être l'intérêt d'une telle manoeuvre, à part de finir de décrédibiliser le politique vis-à-vis des citoyens-électeurs ?! 

En guerre donc, si le gouvernement le dit, à n'en pas douter, ce doit être vrai. Alors voici une question toute simple - toute bête aussi : comment se fait-il qu'un gouvernement de pays "en guerre" envisage, ne serait-ce qu'une minute, de partir en vacances durant la quinzaine à venir ?! Les forces de l'ordre, les forces militaires de sécurité sont bloquées depuis des mois avec des charges de travail qui s'accumulent et une impossibilité de prendre des temps de repos dignes de ce nom, mais nos décideurs publics peuvent déserter leur charge en plein conflit (donc !). "Ils n'iront pas loin et ils seront joignables à tout instant". La belle affaire ! La politique, même avec de tels énergumènes, c'est 90% de communication et 10% d'action. Puisque l'action est stérile, pour ne pas dire souvent contre-productive, on pourrait s'attendre à ce que la communication soit irréprochable, pour compenser. Que nenni !

Le quinquennat Hollande avait démarré sur les chapeaux de roue, avec des vacances "normales" d'un président, à peine élu, et de son gouvernement, à peine nommé ! C'était les vacances de MM. Bulots et consorts, parce qu'il fallait bien se reposer après une longue campagne électorale de deux ans ! Parce qu'à la vérité, pour le candidat Hollande, l'élection présidentielle, c'était un but, non le commencement d'une action politique. A objectif atteint, repos mérité ! Il n'est donc en rien étonnant que le dernier été de son quinquennat le voit renvoyer ce même signal d'amateurisme je m'en foutiste, par gouvernement interposé. 

Si on est effectivement en guerre, alors l'Etat politique se doit de montrer l'exemple et ne pas évoquer un seul instant l'idée de "congé", synonyme de désertion. Les ministres en exercice, dont nombreux sont ceux qui auront traversé la mandature Hollande dans le plus parfait des anonymats, auront bien le temps de se reposer dans l'opposition pendant les cinq années qui arrivent !

Décidément, ce quinquennat qui se voulait être plus "juste", plus "apaisé" et plus "normal", aura surtout été marqué par une indécence et une indigence rares. Récemment à la télévision, François Hollande a menti une fois encore aux français en disant qu'il s'était préparé à la charge présidentielle. C'est faux : il n'était pas prêt en 2012 et aujourd'hui il est toujours légitime de se poser la question de savoir s'il serait enfin prêt pour 2017 !