François Hollande n'a pas encore pris ses quartiers au palais de l'Elysée qu'au détour de la presse on découvre un certain nombre de sujets qui font peser quelque inquiétude sur son début de mandature.

Le candidat Hollande s'est positionné en faveur du droit des femmes, et notamment de la partité homme/femme : il se doit donc de montrer l'exemple en composant son premier gouvernement (et de ceux qui suivront), au niveau tant du nombre que de la qualité  des portefeuilles attribués aux femmes de son équipe. Car ce n'est bien évidemment pas la même chose d'obtenir un strapontin dans un obscur ministère détaché ou un poste de ministre d'Etat. Or les bruits de couloirs indiquent pour les postes clés beaucoup de "favoris" masculins et finalement peu de femmes en lice. Avec les périlleux arbitrages entre les courants internes et les exigences d'alliés potentiels très gourmands, cette donnée sexuée place le président Hollande dans une position qui s'apparente à la quadrature du cercle.

Le candidat Hollande s'est aussi prononcé pour la stricte égalité salariale ; et ce n'est effectivement que justice que la paie soit fonction du travail effectué et non du sexe de la personne qui le fait. Sauf que cela signifie très concrètement que les entreprises, et notamment celles qui ont une main d'oeuvre féminine importante, vont devoir supporter une substantielle augmentation de leurs charges ; par voie de conséquence, on peut se demander si celles-ci opteront pour rogner d'autant sur leurs marges ou si elles décideront d'augmenter leurs recettes en proportion, ce qui ouvrirait la voie à une inflation rampante. Et surtout ce serait un caillou supplémentaire dans la chaussure de la compétitivité des entreprises.

Le candidat Hollande a promis un ministère des Droits de la Femme ; cette proposition aux relents de mai 1981 a peut-être du sens pour lui et le combat féministe. Mais le même candidat a aussi promis aux pêcheurs un vrai ministère de la Mer. A combien d'autres communautés ou de corporations a-t-il promis une distinction particulière au niveau ministériel ? Je ne le sais pas. Mais cela tendrait à indiquer que le président Hollande s'apprête à charger la barque de l'Etat, à l'heure où la rigueur budgétaire appliqué à l'Etat lui-même voudrait qu'il en limite les frais de fonctionnement ? Chaque portefeuille identifié, ministère, ministère détaché ou secrétariat d'Etat, a un coût pour la collectivité publique, et ce n'est pas la baisse symbolique de 30% des traitements des ministres qui changeront quelque chose aux frais autrement moins symboliques, liés aux conseillers "techniques", chauffeurs, cuisiniers et autres personnels détachés pour faire tourner le-dit ministère. Surtout qu'il est prévisible que sevrés des ors de la République depuis dix longues années, certains personnages se lâchent sur les budgets de fonctionnement.

On apprend par ailleurs que la future première Dame a viré Julien Dray de la petite fête organisée au QG de campagne du candidat Hollande. L'invitation de M. Dray à l'adresse de DSK pour fêter son anniversaire n'a pas plu à Mme Trierweiler. Virer le trublion de l'entre-deux tour, c'est son droit et c'est son choix. Pour autant, elle est bien placée pour constater que cette "affaire" n'a de facto eu aucune conséquence dommageable pour le candidat Hollande puisqu'il a été élu. Aussi aurait-elle été bien mieux inspirée de faire donner, en la circonstance, quelqu'un de la garde rapprochée de son compagnon au lieu d'intervenir elle-même. Un élu PACA de l'UMP a été tancé moralement pour avoir osé un jeu de mots douteux en comparant son patronyme avec un chien de défense à la consonnance approchante. Le clash avec M. Dray méritait-il  la peine de donner des arguments tendant à prouver que cette comparaison n'était pas si éloignée d'une certaine réalité, avec une première Dame au fort tempérament ?

Toujours la future première Dame à l'honneur  dans les échos de la presse : le tweet d'un journaliste radio, ex-M. Rugby de France 2, la concernant à la marge, a provoqué la fureur de son employeur, RTL, qui a rompu illico son contrat de collaboration. Qu'a-t-il dit pour se faire débarquer séance tenante ? Un "conseil", certes graveleux et dénoncé comme "machiste", à l'intention de ses collègues journalistes de sexe féminin pour éventuellement se retrouver un jour première dame de France. En l'occurrence, de façon grossière certes mais non dénuée de fondement, M. Salviac a voulu, à sa manière, dénoncer un nouveau fait de notre société : la collusion de plus en plus évidente entre le monde médiatique et le monde politique. Combien d'hommes politiques de premier plan ont-ils entretenu des relations privilégiées et intimes avec des femmes évoluant dans la sphère journalistique ? Depuis Anne Sinclair, cela n'arrête pas.  Aussi il n'est pas illégitime de se demander si la France ne va pas désormais être cantonnée aux premières dames issues du monde de la presse ? Ce n'est pas M. Salviac qui s'interroge sur le devenir professionnel de Mme Pulvar par exemple, mais toute la presse magazine et people. Et oui, se pose clairement la question de l'indépendance de la ligne éditoriale d'une émission ou d'un journal quand journaliste ou chroniqueuse partage la vie d'un membre du gouvernement. Virer Salviac témoigne surtout de cette si naturelle complaisance envers le prince qui fait jusqu'à anticiper sa possible "volonté royale" de faire payer un outrecuidant du crime de lèse-majesté. Si, encore, M. Salviac avait lancé un billet d'humeur sur les ondes de ladite radio, mais là on parle d'un tweet !!

Quant à la future première Dame, elle a sûrement ses raisons, fort légitimes et honorables, pour vouloir poursuivre sa carrière. Mais en faisant le choix de se lier avec un candidat potentiel à l'élection présidentielle, la journaliste qu'elle est savait pertinemment qu'il lui serait difficile de cumuler une fonction d'observatrice-témoin de notre société et une quasi fonction étatique si son compagnon était élu. Ce n'est pas comme si elle était médecin, ingénieure ou universitaire. A titre personnel, je ne suis absolument pas attaché à ce rôle de gentille potiche investie dans le caritatif que la société politique et civile entend faire jouer à l'épouse du président ( et un jour viendra, à l'époux de la présidente) de la République. Pour autant, il est inconcevable qu'une première Dame ait, de près ou de loin, l'occasion d'interagir dans le débat politique ou sociétal dans lequel son compagnon ou époux est nécessairement partie prenante.

La présidence Hollande a beaucoup de choses à faire, notamment au niveau européen et international, au moment où la Grèce va faire défaut, compte tenu de l'imbroglio politique dans laquelle elle s'est embarquée depuis le scrutin législatif du 6 mai. Il serait bon qu'il n'accumule pas les erreurs de casting et qu'il n'encourage pas les erreurs de jugement des uns et des autres. Sinon ces cinq années vont sembler bien longues, à lui comme à nous.